SU ACIE I
poitrin .) Tout de même, ça me fait quelque chose! ça me donne un coup dans l'estomac !...
II est mort l'an dernier, Denis! et vous ne l'avez seulement point su ! Vous ne l'avez assisté ni quand il est venu au monde, ni quand il en est sorti. Il a vécu de misère avec moi, il est mort de misère malgré moi, et c'est malgré moi aussi que je ne suis point morte avec lui ! Vous ne vous en êtes jamais tourmenté ! Tous les ans, pendant trois ans qu'il a vécu, je vous ai fait écrire une lettre par le curé de notre paroisse, pour vous réclaniePvotre promesse; vous n'avez jamais fait réponse. Depuis une année vous n'avez plus reçu de lettre; vous auriez du comprendre que ça signifiait : la pauvre Claudie a perdu sa consolation et son espérance, elle n'a plus besoin de rien !
DENIS
Dame! daine!... pauvre Claudie!... c'est ta faute aussi, tu aurais dû écrire plus souvent, venir me trouver...
Moi?...
DEMS.
Ou tout au moins... différemment, m'envoyer ton père.
CLAUDIE, t:V C fi rté.
Mon père! un homme comme lui? un ancien soldat? un homme de quatre-vingt-deux ans, qui estfier, qui n*a jamais tendu la main, et qui piochera la terre jusqu'à ce qu'il tombe dessus ! Vous auriez souhaité le voir mendier le pain de sa iille? à vous. Denis, à vous qui l'avezséduiteàràgedequinzeans,etqui ne l'avez détournée de son devoir (fu'en lui faisant toutes les promesses, toutes les prières, toutes les menaces d'un homme qui
SCEISE X.
veut se périr par grande amour et par grande tristesse? Si j'avaisvoulu de vous unepromessede mariage, ne me l'auriez-vous point signée? Est-ce que vous me l'avez pas offert? est-ce que je ne l'ai point refusée? Ah ! je n'étais qu'une enfant, bien simple et bien sotte, et cependant j'avais déjà plus de cœur que vous n'en avez jamais eu, car j'aurais cru vous faire injure en doutant de votre parole ! Et mon père, qui savait tout ça, aurait été vous prier de vous en souvenir ! Non, non, le pauvre vieux, s'il en avait eu la force, il n'aurait été vers vous que pour vous tuer... et sans moi, qui Pai retenu, qui sait s'il n'aurait point fait un malheur !
DENIS
Diable! diable!... et différemment, est-ce qu'il est ici, ton père?
CLAIDIE.
Oh ! n'ayezcrainte, le voilà trop vieux pour se venger, mon pauvre père ! il travaille encore... {Pleurant è)iïkais il s'en va, et bientôt je pourrai m'en aller aussi, car j'aurai tout perdu, et personne n'aura plus besoin de moi,
DENIS
Claudie, voyons, écoute-moi . . . j'ai été oublieux , c'est vrai ; je me suis mal comporté envers loi, c'est encore vrai, et tu as le droit de vouloir me punir en faisant du tort à ma réputation; mais il ne faut pas comme ça donner son cœur à la rancune... Tout peut s'arrange.
Non, Denis ! rien ne peut plus s'arranger, car il y a longtemps que je vous estime plus, et que, par suite, je ne vous aime point.
BENIS
Voyons, Claudie. voyons! si je t'offrais... là, eewl bons éeus...
claudie, h' vt poussant du fjoste.
Malheureux que vous êtes î
DEMS.
Eh bien ! quatre cents francs!.., cinq cents, là !
Taisez-vous donc ! vous m'offririez tout ce que vous ave7, que je regarderais ça comme un affront que vous me faites.
Elle passe à droite.
DEMS.
Ah ! dame ! aussi... tu en veux trop! tu veux que je t'épouse !
Tant que mon pauvre enfant a vécu, j'ai dû le vouloir à cause de lui ! mais à présent, j'aimerais mieux mourir que d'épouser un homme que je méprise.
DEMS.
Ah ! que vous êtes mauvaise, Claudie ! vous voulez vous revenger, je vois ça ! on vous a dit que j'allais me marier avec la bourgeoise de céans, mais ça n'est pas vrai, c'est des propos.
Je ne sais rien de vous. Je ne vous savais seulement pas dans le pays d'ici.
DEMS.
Parole d'honneur, Claudie, que je ne songe point au mariage ! par ainsi lu n'as pas besoin de me décrier, et différemment... ai lu y tentais, je nierais tout, d'abord !
Je m'en rapporte à vous pour savoir mentir !...
On entend la cornemuse.
DEMS.
Chut î fhut: Claudie, pas de querelles devant le