‹ Claudie; drame en trois actes et en proseChapitre 22 sur 60 · SCENE ï · texte numérisé non relu

SCENE ï

Vous êtes une âme grandement bonne, mère Fauveau, et si je veux m'en aller, ne le prenez point comme une méconnaissance de vos amitiés. Vous m'en faites tant, que je voudrais pouvoir mourir à votre service; mais, aussi vrai que j'aime le bon Dieu et vous, je ne peux point rester davantage...

Elle va à la cheminée, embrasse son père, prend un autre

fer et revient à la table.

LA MÈRE

Claudie, je ne vous demande point vos raisons. Peutêtre que j'en ai une doutance, et je ne vous en estime que mieux : peut-être que, dans un peu de temps, je vous dirai que vous faites bien de partir ; mais votre père n'est pas encore en état, et vous ne pouvez point l'emmener avant de vous être pourvue d'ouvrage pour le soutenir.

Mon père est faible, mais il ne paraît point souffrir; et comme je sais qu'il aime beaucoup son endroit, j'ai dans mon idée qu'il a de l'ennui d'en être absent. Je suis quasiment assurée de trouver de l'ouvrage chez nous : on m'emploie aux lessives, on me donne des blouses à faire, je travaille aussi à la terre, qui est plus légère là-bas que par ici. J'aurai plus de peinequ'avant puisque mon père ne peut plus s'occuper. Mais qu'estce que ça me fait d'user ma santé? je durerai toujours bien autant que ce pauvre homme-là, qui n'en a pas pour longtemps, et qui depuis deux mois qu'il est maladecliez vous, n'a pas l'air de pouvoir reprendre ses forces...

Klle va serrer le linge qu'elle a sur la laide dan* le bas de buflVl qui est au-dessous de la croisée. LA MÈRE, SC ItTClHt.

Moi, je le (rouve mieux depuis deux ou trois jours.

et ce matin il m'a parlé plus longtemps et plus raisonnablement qu'il n'avait fait depuis son accident. claudïe, revenant à gauche -près de la mère Fauveau. Il vous a parlé? Et... qu'est-ce qu'il vous disait?

LA MÈRE

Il me demandait si le médecin l'avait condamné, et s'il en avait encore pour longtemps à durer comme ça sans rien faire.

clalme, regardant son père.

Pauvre père ! je. sais bien qu'il regrette de n'être pas mort sur le coup. Mais voyez-vous, quand je devrais le garder comme ça, en misère, le restant de mes jours, je ne plaindrais pas ma peine. Ah ! tout ce que lebonDieu voudra, pourvu que je le conserve ! Vous ne savez pas quel homme c'était, mère Fauveau !...

Elle essuie ses yeux à la dérobée.

la mère, lui prenant la main.

C'est pour cela, ma pauvre Claudie, qu'il vous faut rester encore un peu. Il ne manque de rien ici, et vous pouvez le voir à chaque moment.

CLACDIE.

Je sais qu'il ne sera jamais aussi bien que chez vous, ni moi non plus !

la mère. Eh bien ! alors!...

J'attendrai encore une quinzaine pour vous obéir... Aussi bien, jevous serai utile pour dériver et sécher votre chanvre. Et après ça, malgré vos bontés, je m'en irai, parce que je crois que c'est mon devoir. Allons, je m'en vas chercher la fournée. J'emmènerai mon père jusqu'au cellier. Ça le promènera un peu... Elle s'approche de son père et le fait lever sans quïl fasse de

résistance ni paraître se soucier de ce qu'on veut faire de

lui.

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