‹ Claudie; drame en trois actes et en proseChapitre 25 sur 60 · SCENE H · texte numérisé non relu

SCENE H

Oh î la bonne brave femme de mère que vous êtes !...

11 l'embrasse.

LA MÈRE

Voyez le traître d'enfant! il me flatte pour me fourrer dans sesfolletés! Non, Sylvain, non; je n'ai rien dit, et je ne dirai rien. Tu ne dois point courtiser cette Claudie, parce que tu ne peux point l'épouser.

SYLVAIN

L'épouser ? Et où serait donc l'empêchement? est-ce que nous sommes riches pour que je cherche une dot?... Nous avons nos bras et notre courage au travail, etClaudie apporterait cette dot-là, bien ronde et bien belle !

Là MÈRE.

Mais ton père a son idée contraire, et s'il se doutait de la tienne, il n'aurait pointdc repos que Claudie ne soit hors do chez nous.

sylvaix. Mon père ! mou père entendra la raison !

LA MÈRE

Pas sûr ! depuis qu'il est certain que la bourgeoise a tout de bon du goût pour toi, il est comme fou de contentement, et si on venait lui dire que tu veux épouser Claudie, Claudie la moissonneuse, Claudie la servante, ça lui ferait une mortification !...

SYLVAIN

Mon père a la tête vi\e. mais non point dérangée. Il m'écoute toujours, quand je lui bataille tout doucement ses fantaisies. Mère, l'empêchement dont j'ai crainte, ce

n'est point ça ! c'est que Claudie ne m'aime point.

Là MÈRE.

Elle a toujours bien peur de l'aimer, puisqu'elle veut partir?

svi \\i\.

Ou bien elle a peur d'être oubliée par un autre qui l'attend peut-être dans son pays.

LA MEKE.

Ce n'est point chose impossible. Tu vois donc bien qu'il ne faut point te presser. Après tout, nous ne la connaissons point, cette fille ; ni elle ni personne de son endroit, excepté Denis Ronciat, qui dit ne point se souvenir d'elle. Xous l'ayons gardée par charité sans nous informer de rien ; c'était notre devoir ! mais enfin, j'ai observé qu'elle était fort secrète, autant sur elle-même que sur les autres, et qu'elle ne répondait guère aux questions. Qui sait si elle n'a point une connaissance, bonne ou mauvaise !

SYLVAIN

Mère, mère ! qu'est-ce que vous dites là ! Une mauvaise connaissance! nous ne savons rien d'elle !... Et qui connaîtrez-vous pour bonne et sage et juste, si ce n'est point Claudie? tn mois de moisson, deux depuis, ça fait trois mois qu'elle est sous nos yeux, la nuiteomme le jour. Où avez-vous jamais vu une misère si fièrement portée, une jeunesse si sévèrement défendue?.. . Faites une comparaison de cette fille-là avec toutes les autres. Les richessont glorieuses, coquettes et cherchent l'argent dans le mariage. Les pauvres sont lâches, quémandeuses et cherchent l'aumône dans l'amour. Voyez si Claudie leur ressemble, elle qui, au lieu de demander toujours quelque chose, refuse tout ce qu'elle ne peut pas payer par son travail ! elle qui cache sa pauvreté et qui passe la moitié des nuits à recoudre et à laver les pauvres nippes de son père et les siennes î Elle qui est si farouche à tous les hommes que, pendant la moisson, quand elle était seule au milieu de trente garçons, pas tous bien retenus ni bien honnêtes, elle empêchait, rien que par l'air de son visage, les mauvaises paroles et les mauvaises chansons!... Est-ce que je ne la voyais moi ? morte de fatigue el ne s oubliant jamais ? défiante

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