SCENE VIII
l'aime franchement. Je ne dirai donc jamais à la Grand'Rose que je l'aime. Je mentirais, et vous ne voudriez pas faire de votre fils un menteur.
FAIVEAU.
Je ne peux pas te forcer là-dessus ; mais je t'empêcherai d'épouser cette misère, cette loqueteuse de Claudie.
SYLVAIN
Pourquoi me parlez-vous de Claudie? Est-ce que je vous ai dit que je voulais l'épouser?
F AU VEAU
Ta mère me l'a dit devant toi, et lu n'as pas dit non.
J'ai dit que si elle était aussi honnête qu'elle le paraissait, sa pauvreté était un mérite de plus, je n'ai dit que ça, mon père ; là-dessus, vous vous êtes enlevé, et le respect que je vous dois m'a empêché de continuer le discours que nous avions ensemble.
FAUVEAU
Et à présent que tu me vois plus tranquille, tu viens me dire que tu t'obstines contre moi ?
SYLVAIN
Non, mon père. J'ai réfléchi un moment, et j'ai vu que le mariage ne me convenait point.
fauveau, allant à lui.
Ce mariage-là ne te convient point, à la bonne heure, mon garçon, te voilà plus raisonnable!... j'avais pris la mouche un peu vite... Ne pensons plus à ça, Sylvain, pas vrai ?
SYLVAIN
Si je vous ai manqué en quelque chose, pardonnezle-moi, mon père.
fm veau.
Non, non, mon garçon. C'est moi qui suis précipi-
teux.N'y pensons plus !...(.! pàrL)€â se'remmanche! il n'y a pas trop de mal î Je cours dire ça à la bourgeoise et l'empêcher de faire paraître son dépit...
Sl'ESE IX.
SYLVAIN, seul, s'a&seyttnt à droite y pleurant.
Me marier, moi ! oh ! jamais, par exemple ! car il n'y a point de femme sans reproche. Non ! il n'y en a point, puisque Claudie est fautive ! La maîtresse de Denis Ronciat, d'un sot, d'un glorieux qui n'a pour lui que son argent, son assurance auprès des femmes, son air hardi et content de lui-même! Ah! les plus retenues dans l'apparence sont les plus trompeuses! Ellel'aaimé, elle s'est abandonnée à lui ! Et sans doute qu'elle l'aime encore, et qu'elle n'est venue en moisson par ici que dans l'espérance de se faire épouser, comme il le prétend ! Et moi, qui croyais qu'elle m'aimait secrètement et qu'elle me le cachait par grande vertu !... (Se levant.) Mais peut-être bien qu'il m'a menti, ce Ronciat! Il a du dépit de ce que la Rose ne veut point de lui, et il ne sait à qui s'en prendre. Ça ne serait pas la première fois qu'il se vanterait d'être bien avec une femme qui ne le connaîtrait seulement point ! C'est la coutume des faraudscomme lui ! Ils vous disent ça dans l'oreille, ils vous demandent le secret, et celle qu'on décrie ne peut point se défendre. Ah ! Claudie ! je veux qu'elle me parle, qu'elle s'accuse, qu'elle se confesse de tout !... Sinon, je veux la mépriser et l'oublier.