SCENE X
CLAUDIE; tressaillant.
Si quelqu'un a dit des méchancetés ou des faussetés sur moi, que le bon Dieu lui pardonne.
SYLVAIN
Mais si c'étaient des vérités?
Je ne crains pas qu'aucune vérité dite sur mon compte me mérite l'affront des bons cœurs et des honnêtes gens.
SYLVAIN
Aussi, ceux qui vous affrontent ont grand tort; mais vous auriez pu éviter cela en allant de vous-même audevant des accusations.
Pourquoi faire, puisque je ne voulais point rester ici ?
SYLVAIN
Mais une personne comme vous doit vouloir emporter l'estime d'un chacun ?
Ça ne regarde que moi !
SYLVAIN
Ça regarderait pourtant l'homme qui vous aimerait!
Qui m'aimerait!... Je ne veux point être aimée.
Vous souhaitez pourtant vous marier?
Vous vous trompez bien.
SYLVAIN
Oh! par exemple, si Denis Roncial voulait vous épouser, vous feriez peut-être votre devoir et votre contentement en le voulant aussi !
Je crois que je ne ferais ni l'un ni l'autre.
SYLVAIN
Ce n'est point ce qu'il dit !
Il parle de moi? Eh bien ! moi, je ne parle point de lui!
SYLVAIN
Écoutez, Claudie, ne vous faites point comme ça arracher les paroles une par une. Parlez-moi ; marquezmoi de la confiance. Dites-moicommentetdepuisquand vous connaissez cet homme-là. Ce que vous me direz, je .le croirai. Mais si vous ne me dites rien... je crois tout! [Eric fait ïiri p is v rs le fou ! ; — il se place devant elle cm e douleur.) Voyons ! ne nous quittons pas comme ça! ça fait trop de mal ! Votre conduite avec moi n'est point franche. Vous vous taisez toujours, je le sais; mais le silence est quelquefois une offense à la vérité, pire que les paroles. On est coquette, des fois, en ayant l'air d'être farouche... On attire les gens en ayant l'air de les repousser!... Claudie ! Claudie, il faut tout me dire!...
Il pleure et s'appuie contre le buffet. CLAl'DiE, passant vu peu à droite, toujours eu yaynant lu sorti/.
Je m'en vas, maître Sylvain, voilà tout ce que j'ai à vous dire. Je ne relève point les mauvais sentimens que vous me prêtez. Tant que j'ai un pied dans votre logis, je vous dois le respect, et Vous regarde comme mon maître, ayant accepté de travailler sous votre commandement. 11 a été doux et humain jusqu'à cette heure; laissez-moi partir là-dessus.
Sylvain, avec fore-, se tenant devant la sortie.
Eli bien ! si je suis votre maître, comme vous dites, j'ai le droit de vous interroger, afin de vous défendre et de vous justifier, si vous êtes accusée à tort.