SCENE IV
miracle!... {Le. regardante son tour.) Vous avez l'air tranquille et fort, et tout reverdi ! mon cher père! allons-nous-en !
RÉMY
Je ne me sens point de mal, mais je suis las, bien las, ma fille !...
Il s'assied à gauche et dépose son bâton et son chapeau sur
la table.
ciaudie, sf agenouillant devant lui.
C'est vrai, mon Dieu, vous devez l'être ! Ah ! mon pauvre père ! je suis la cause qu'on vous tue !
RÉMY
Eh bien ! est-ce que je me plains de quelque chose? Pourquoi me dis-tu ça? Est-ce que je t'ai jamais fait un reproche, moi?
CLACDIE.
Oh î vous ! vous êtes le bon Dieu, pour moi !
RÉMY
Je ne suis pas le bon Dieu, Ciaudie ! Je suis un pauvre homme que le malheur a tordu comme un brin de paille ; mais à qui, tout de même, Dieu a envoyé un grand secours en lui donnant une fille comme toi ! ciaudie, sombre.
Une fille qui l'a déshonoré !...
rémy, se levant avec clic.
Tais-toi, Ciaudie, lu n'as point le droit d'accuser et de maudire la fille que j'aime ! Ta faute n'a perdu que toi, et mon devoir est de te la faire oublier. Le sauveur des pauvres humains a pris la brebis égarée sur ses épaules, et ce que le bon pasteur a fait pour son ouaille, un père ne le ferait pas pour sa fille? Tu as eu assez de repentir, tu as assez souffert, assez pleuré, assez travaillé, assez expié, ma pauvre Ciaudie. D'ailleurs, notre péché est le même, nous avons eu trop de confiance,
nous n'avons pas connu les mauvais cœurs. Nous en avons été assez punis, puisque nous avons perdu noire pauvre petit! Tu n'as donc plus que moi, comme je n'ai plus que toi sur la terre! Et nousnenousaimerionspas! Va, il y a assez longtemps que tu te déchires le cœur, je veux que tu te pardonnes à toi-même. Enlends-lu, Claudie, c'est ma volonté...
Sur la fin de ce récit, Rémy a défait les cordons de la cape
de Claudie et lui fait signe de la mettre sur une chaise à
droite, Claudie obéit.
Mon père, je n'aime que vous, je n'aime que vous au monde!