‹ Claudie; drame en trois actes et en proseChapitre 53 sur 60 · I)EMS · texte numérisé non relu

I)EMS

Oh ! ne nous fâchons mie ! Vous me voulez parler en public, je parle en public ! Différemment, je ne peux pas rester comme ça, père Rémy ! il faut en finir. Faut vous prononcer. Qu'est-ce que vous exigez de moi en réparation du chagrin dontjevousai mortifié dans les temps? ' Si la somme n'est point trop forte... on peut s'accorder.

gtCBft'B VII. 87

rémy, toujours calme k La somme? Ah ! vous m'offrez de l'argent, M. Ronciat? Et... à cause, sans être trop curieux?

DENIS

Voyons ! est-ce que vous ne m'entendez point?

RÉMY

Non ! excusez-moi, je suis très-vieux ; je sors d'une grosse maladie ; j'ai quasiment perdu la souvenance.

DEMS

Est-ce un jeu, père Rémy? Vous ne vous souvenez plus de...

RÉMY

Je ne me souviens plus de rien, et je ne peux point accepter votre argent sans savoir comment je l'ai gagné. dems, iroublc.

Gagné! gagné! je ne dis point ça ! Je sais bien que vous n'avez jamais été consentant de ma sottise... Vous êtes un honnête homme, je ne vas pas contre. Vous avez cru que je recherchais votre fille pour le mariage...

RÉMY

Vous me l'avez donc demandée en mariage? Là, sérieusement? en famille? avec parole d'honneur? Attendez donc que je me souvienne !

DEMS.

Allons, allons ! vous vous souvenez de tout et je ne prétends pas nier. Oui, je vous ai donné parole de ma part et de celle de mes parens... Maisje ne croyais pas vous tromper ! Vrai ! je ne le croyais point ! J'étais tout jeune, tout franc, tout bête ! J'étais amoureux et je ne me méfiais point de moi. Votre fille était une enfant, elle ne connaissait point le danger. On allait ensemble, comme deux accordés, sans songer à mal... Et puis, voilà qu'on succombe sans savoir comment, on se marie, le bon Dieu pordonne tout, et le mal n'est pas bien grand.

RÉBlY, avec reproche.

Le mal est grand quand le garçon n'épouse point. Ça prouve qu'il a de bonnes raisons pour se dédire; et sans doute que vous, honnête homme, vous avez connu que ma fille ne serait point une honnête femme? Elle était coquette, dites? Elle vous donnait de la jalousie? Elle écoutait d'autres galans?...

Ici Claudie se lève et prend la main de son père qui semble la protéger et la fait asseoir tout en regardant Denis.

DEVIS

i\on î je n'irai pointeontre la vérité, malgré que je vois bien que vous forcez ma confession. Le tort est de mon côté. Claudie... je le dis devant elle, Claudie étaitsage, elle n'écoutait que moi et j'étais aussi sur d'elle...

RÉJIY.

Comment ! vous l'avez quittée sans sujet?

DENIS

Sans autre sujet que la crainte de devenir gueux en épousant une fille qui n'avait rien.

RÉJIY.

Ah î c'est vrai ! elle n'avait plus rien. Celte tante riche dont elle devait hériter, a pris fantaisie de se marier sur ses vieux jours... au moment où vous alliez épouser Claudie.. . et alors, vous avez tout d'un coup changé d'idée. Je ne pouvais pas croire que ce fût là toute votre excuse ; mais puisque vous le dites...

DENIS

Sacristi ! c'est vous qui me le faites dire î

ROSE

Et vous ne pouvez pas le nier.

DENIS

Eh bien ! mardi ! bien d'autres auraient fait comme moi. Mes parens avaient de la fortune, mais ils travaillaient. Moi, on no m'avait pas élevé à travailler. Amu-

Page 1