SCE.\E IV. T
à vingt-cinq ans ? et quand il s'agit de la rose des roses ?
SYLVAIN
Oui, la Grand'Rose comme on l'appelle... c'est une très-bonne maîtresse pour nous, je n'en disconviens pas. Elle a le cœur franc et la main donnante.. . Je lui porte le sentiment que je lui dois ; mais faut pas m'en demander plus que je n'en peux donner !
la. mère, qui a fini, à son mari.
Tu vois bien?...
Elle va près du puits et range différentes choses, puis elle vide son panier où se trouvent des légumes. FAI VEAU, à Slj'v (in.
À qui en as-tu? Sur quoi tue rechignes-tu là ? SYLVAIN; allant à son pcr\ Use trouve aumilieu.
C'est que je vous entends, mon père, et que, depuis une quinzaine vous me voulez pousser à des idées qui ne sont point les miennes. De ce que j'ai ri quand vous m'en avez causé encore hier soir, je ne voudrais pas vous laisser croire que je peux me rendre à votre commandement.
FAI VEAU
Je le conseille de faire le farouche ! comme si on courait après toi.
SYLVAIN
Je ne dis point ci.. . la Rose n'a pas à courir après un homme; assez courront après elle; mais je ne me mettrai point sur les rangs... à chacun le sien.
FAI VEAU
Qu'est-ce que tu as donc à lui reprocher? d'être un peu coquette? d'aimer à se faire brave? à se faire dire des compli mens, à danser, à se divertir? Quel mal y trouves-tu ?
SYLVAIN
Je n'en lrou\e point... mais mon goùl ne me porte-
rail point pour une femme à qui il faudrait bailler tous ces diversemens-là.
FALVEA.I.
Oui, tu prétends être jaloux ! Ah î mon pauvregars... tu n'auras jamais de bonheur en ménage avec une pareille maladie.
Je prétends être jaloux, vous dites? Eh bien ! pourquoi non, cher père? Je veux aimer ma femme à ce pointlà et je ne saurais être jaloux de Mrae Rose ; partant je ne saurais l'aimer. Mais nous perdons le temps, là... J'étais venu aussi pour vous dire, mon père, que nous avons là quatre ou cinq moissonneurs de louage qui veulent s'en aller tout de suite, et qu'il faudrait vilement payer... {Allant à gauch*.)}* m'en vas chercher l'argent ?
FM) VEAU
Non, je l'ai sur moi... c'est tous les ans la même chose... je sais qu'ils n'attendent point et qu'ils viennent vous déranger au milieu de la gerb.iude...(.4/'«"* s? asseoir à la table.) As-tu mis leur compte en écrit? SYLVAIN, se plaçant debout près de la table.
C'est inutile, je l'ai dans la tête... (À son père qui écrit sur l'ardoise.) Nous devons quinze journées à cet homme de Boussac, qui est borgne. Treize et demie à Denizon du Maranbert. Vingt journées à Etienne Bigot et autant à son frère... ça fait...
LA fltRE, ' a dehors du hangar.
En voilà encore deux qui demandent leur paye parce qu'ils veulent partir.
Sylvain, fr ssaiflant.
Qui donc?
LA MÈRE
C'est ce vieux, avec sa petite-fille... {Mouv ment de
SCENii V. *7
Sylvain. — La mère Fauveau parlant au fond.) Eh
bien ! approchez donc, mes amis, on va vous contenter...
Elle s'assied près du puits et épluche des légumes.
SfESB V.
FAUVEAU, SYLVAIN, LA MÈRE FAUVEAU, RÉMY, CLAUDIE, tous deux la fimcillf en main. Claudie porte un petit sac.
rémy, se découvrant.
Pardon, excuse, si on vous importune, mais on voudrait s'en retourner à ce soir ; on a six lieues de pays à marcher d'ici chez nous,
SYLVAIN
Ce soir î Vous n'y songez point î
facveau, comptant de Pargent.
On va toujours vous payer, si vous le souhaitez...
[Regardant Rémy.) Ah ! c^est le père Rémy de Jeux-
les-Bois, un homme ancien, quatre-vingt ans, pas vrai ?
rémy, ne dressant.
Quatre-vingt-deux ans, et qui moisonne encore...
SYLVAIN
Un ancien militaire, qui a été sous-officier, et qui a reçu de l'éducation, mon père.
RÉMY
Oh! de l'éducation, pas plus que vous, maître Sylvain î mais on a fait son devoir à la guerre, et à présent on fait sa corvée dans les champs de blé!
FAUVEAU, avec intuition, regardant Cfaudir.
> Un peu, grâce à votre petite fille, qui fait la moitié de l'ouvrage. Allons, je ne me plains pas de vous... A vous deux, vous avez sans doute fait ce que vous pouviez?
là. MÈRE, qui est passai', à huile, à Cltu lie. Vous paraissez vannée de fatigue, ma fille ; vous allez manger un morceau devant que de partir, et votre père aussi?
Grand merci, mère Fauveau, nous n'avons besoin de rien.
LA MÈRE
Si fait, si fait!...
Ei!e regarde Sylvain qui lui fait signe d'insister, puis elle retourne à son ouvrage près du puits.
FAUVEAU
Nous disons donc que vous avez une vingtaine de journées, je crois?
sylvai.v, delvut près de lui.
Une trentaine, mon père...
CLAi'DiE, près de son père.
Faites excuse tous les deux, nous en avons vingt-cinq.
F.\i veau, étonné.
Tant que ça?
rémy, 7v.</ ir 'ditt Ckiudip.
Vir.gi-cinq journées; pas une de plus, pas une de moins.
FAI VEAU
Je ne. dfs pas non... Et vous demandez pour ça?...
RÉMY
r-mptez vous-même; vous savez bien ce que vous donnez, aux autres.
PAU VEAU
Ce que je baille aux. autres, oui ! mais à vous deux, vou> ne m",i\v/. pas fait l'ouvrage de... rémy, l'interrompant.
L'ouvrage de deux ; aussi nous ne vous demandons pas de nous payer comme deux.