‹ Claudie drame en trois actesChapitre 3 sur 37 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

FAUVEAU, ROSE, a

FAUvrau, assis à la labié ; devant fit une ardoise encadrée , et nrêsde lui ret une grande bourse en cuir. Il est en train de compter de l'argent. Il aperçoit la Grand' Rote gui entre du fond à gauche et qui te dirige vers ton logement. — Etonné. Ab I c’était bien l'heure que vous arriviex, noire maîtresse.

ROSE, tur les marche» et te retournant.

Ab! c’est toi, père Fau? eau I .. .

FAUVEAU, te levant. Il boite un peu delà jambe gauche. Le temps me durait , depuis quinze jours qu’on ne vous a point vue ? C'est vrai, je me trouve étrange quand vous n’étes point à la maison.

dose, ôtant ton manteau. Que vcux-lu,

mon vieux? j’avais ce restant d'affaires à la ville pour la succession de mon mari. [Elle t a déposer son manteau dans V intérieur et revient de suifs.)

fauvf.au. Ces affaires-là ne prendront donc point ûnissement? depuis trois ans que vous êtes veuve !

■OSE. Tu sais bien, père Fauvean , qu’il faut patienter quand on se met dans les procès ! mais, par la grâce de Dieu, m'en voilà débarrassée, j’ai gagné le mien.

fauveau. Bien gagné? là, en appel?

ROSE. En appel 1 [Elle descend les marches et s’assied du mime côté. ) fauveau. Diachet vous .voilà riebe à cette heure.. . madame Rose ? une métairie comme celle-ci I ( Regardant au/our de lui avec complaisance. ) Et je dis qu’elle est sur un bon pied iSrfoctaiuc des Bossons, et qu'il y

a du plaisir à en être métayer ! Arec les trois toitures qu'on vous contestait., ça tous fait pas beaucoup moins de trois mille bonnes pistoles au soleil.

rose. Oui, trente mille francs approchant.

Ah ça, où en Otes- vous de la moissouî avezvous rentré le tout T

fauve au. Ma fine, Tons arrivez bien à propos pour la gerbaude, et daus une petite heure d’ici, je crois bien que mon garçon Sylvain viendra tous chercher, s'il tous sait de retour, pour voir lever la dernière gerbe et y attacher le bouquet. rose. Alors, on dansera et on soupera ?

FAUVEAU, regardant à gauche. Tout est prêt... les femme» sont en train de désenfourner, et le cornemuseux est déjà rendu.

Ah ! I on comptait bien sur tous, car Denis Ronciat est déjà venu deux fois à ce matin, pour savoir si vous étiez arrivée.

rose. Denis Ronciat? de quoi est-ce qu’il se mêle?

fauveau. Daine! puisqu'on dit que vous vous mariez tous les deux.

rose. Si nous nous marions tous lesdeui, ça sera chacun de son côté!

FAUVEAU. Peut-être bien que vous ne voulez point dire ce qui en est. Excusez- moi si je vous offense; mais ponr sùr, vous ne larderez pas à vous remarier. .. ça ne peut guère tourner autrement, à votre âge, riche, belle femme et point sotte que vous êtes! est-ce que tous voilà faite pour rester veuve?

ROSE, se levant. A vingt- huit ans ça serait dommage, n'est-ce pas? Eh bien, je ne dis pas non. .. mais il me faudrait rencontrer un épouseux à mon idée.

fauveau, avec intention. Et votre idée, dame Rose, ça serait nn joli gars de vingtcinq ans, bon sujet, courageux au travail, qui soignerait vos biens et qui ne vous mangerait point votre de quoi.

rose. Sans doute I

fauveau. Je veux gager aussi que vous tiendriez à la conduite plus qu’à fa fortune, et que vous ne demanderiez pa< à vous enriebir autrement que par la proapéraiion de vos biens.

rose. A savoir 1 je suis en position de doubler mon avoir par un bon mariage, et si ça se trouvait avec la bonne conduite cl le ménagement...

fauveau. Ah ! voilât c'est le tout d'y tomber t les garçons riches, voyez-vom, ça aime fa dépense et le divertissement... encourt fa ville, les assemblées, ça boit fa bière et le café... ça roule partout, honnis au logis; ça ne toucherait pas le manche d’une pelle on les orillons d'nne charrue pour tout au monde... ÇA fait de rudes embarras et rie fa pauvre ouvrage! Votre Denis Ronciat, je vous le dis, moi, au risque de vous offenser, votre Denis Ronciat ne vous convient point.

C’est un coureux de femme, une tête à l'évent, uu poulain désenfargé.

rose. Je bais ça, et ne tiens point à lui...

cependant il a des biens du côté de Jeux-lt»- Buis, de» beaux biens, à ce qu’ou dit.

fauveau. Ses biens? ses biens 7 l s cou- Baissez-vous ?

CL AU DIE

hosp. Non ; j’ai jamais été par là.

FAUVEAU. Ah ! c'est que je les connais, moi! c'est du bien de champagne, comme ou dit; ebeti pays! terre de varennet c'est maigre... Les plus mauvaises terre» de chez nous seraient encore de l’engrais pour les meilleures des siennes... et puis, c’est mal gouverné! un propriétaire qui, depuis quatre ou cinq ans, ne réside point chez lui. A cause, qu'il ne réside plu» chez lui?

ROSE. Je ne sais pas.. . pour l'instant, il dit que c'est à cause qu’il est amoureux de moi qu’il s’est établi par ici.

fauveau. Il n’y a pi» cinq ans qu’il vous connaît, il n’y a pas seulement six mois. Et avant, où a-i-il passé? partout ciepté chez lui ! Un homme qui ne se plaît point dans son endroit, c’est pas grand chose, je vous dis, et peut-être bien que ça a plus de dettes que de quoi le» paver.

rose. Je ne te dfa pas non... Ah ! c’est diaiitrcment mal aisé de bien choisir I

fauveau, avec intention. Tenez I sans comparais >n, il vous faillirait un homme comme mon Sylvain.

rose. Tum’asdéjà dit ça. Ton Sylvain est un bon su;et, je ne vas pas contre ; mais qu’ed-ce qu'il a ? se» deux bras et rien avec.

fauveau. Et son bon cœur pour vous aimer ?... et sa bonne mine pour vous faire honneur?... ctses petites con naissance* pour régir vos biens? Savez-vous qu’il lit, écrit et fait les comptes quatre fois mieux que votre Ronciat ?

rose. Je sais qu’il n’est paf bête ni vilain, et qu'une femme n'aurait point à rougir de lui... mais il a un défaut, ton Sylvain! uu grand défaut, qui pourrait bien molester le sort d’une femme.

fauveau. Quel défaut donc que vous lui trouvez?

noSE. U est.. . je ne sais comment dire. Il est iiop critiquant, trop près regardant à La conduite des femmes. Il n’excuse pas le plus petit manquement, il voit du mal dans tout, il trouve de la coquetterie dan» un rien ; enfin je crois qu'il serait jaloux et querelleux en ménage.

fauveau, embarrassé. Ah 1 pour ça, vous vous trompez bien.

rose* Non ! non! je le connais, va! je l’ai observé l et ma fine, tant qu'à prendre un homme qui vous fasse enrager, autant vaut le prendre un peu riche.

fauveau. Je sais bien qu'il ne Test point; aussi, je ne vous perle pas de lui. Il n'y prétend rien, lui, le pauvre enfant, il n’oserait. Et si pourtant, il vous aime, voyez-vous I Une donne pas un coup de pioche à vos terres sans avoir daus tou idée de vous contenter.

hose. Vrais? tu crois?

fauvf.au. Et quand on lui parle de votre mariage avec Denis Ronciat, il prend un souci... on dirait qu’il tremble 1a fièvre 1 ( Regardant vert te fond. ) Tenez, voilà sa mère qui vous le dira tout comme moi.

rosk. Eli ! non ! ne me parlez point de ces badiueries-là devant elle.

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