Claudie
Mon aini, après la représentation de Claudie^ comme après celle de François le Champi, j'éprouve le besoin de vous dire tout haut que c'est à vous, à vos conseils et à vos soins que je dois la satisfaction du public et la mienne propre.
Ce contentement personnel serait complet, si j'avais pu refaire ma pièce, pour ainsi dire sous votre dictée, lorsqu'à Nohant, au coin du feu, vous me l'analysiez à moi-même, en me montrant le meilleur parti que je pouvais tirer des situations et des caractères. Mais comme j'ai fait tout mon
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possible pour bien écouter et pour bien profiter, je m'applaudis intérieurement de ma confiance et de ma docilité. Prenez donc votre part avant moi du succès littéraire de Claudie, car j'ai un vrai, un profond plaisir a reconnaître qu'il vous appartient dans ce qu'il y a d'essentiel et d'indispensable pour une œuvre dramatique, la composition et le résumé.
Quant à la science charmante de la mise en scène, tout ce qui s'occupe de théâtre sait que vous y excellez. Quant au génie dramatique de l'acteur, les applaudissements et les larmes du public le proclament chaque soir avec plus d'éloquence que je ne saurais le faire. Moi aussi j'ai pleuré en vous voyant et en vous écoutant : je ne savais plus de qui était la pièce, je ne voyais et n'entendais que votre douleur et votre piété, et comme le cœur saisi et rempli d'émotion ne trouve guères de paroles, ici comme là-bas, je ne sais que vous dire : « Merci, c'est beau, c'est bien, c'est bon.»
Remerciez pour moi aussi ces rares artistes qui ont personnifié, avec tant de conscience et de savoir, les divers types de Claudie. M. Fechter, qui a idéalisé celui de Sylvain en lui conservant la vérité, talent hors ligne et incontestable; M"^^ Génot, la tendre et ardente mère qui, avec l'excellent père Fauveau (M. Perrin), sait faire pleurer à un lever de rideau; la belle M""^ Daubrun a la voix harmo-
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iiieuse, au jeu digne dans la franchise et la rondeur; M. Barré qui ne m'a fait regretter ni désirer rien de mieux pour l'interprétation du rôle de Denis Ronciat; M'*^ Lia- Félix, enfin tous, remerciez-les pour moi, d'avoir fait de Claudie un spectacle émouvant et vrai qui leur doit toute la sympathie qu'il obtient.
Et à vous, mon ami, merci surtout, merci encore et toujours, pour le passé, pour le présent et pour l'avenir.
George Sand
Nohant, 15 janvier 185!