‹ ClaudieChapitre 12 sur 83 · LA MÈRE FAUVEAU, SYLVAIN, FAUVEAU · texte numérisé non relu

LA MÈRE FAUVEAU, SYLVAIN, FAUVEAU

FAUVEAU, à Sylvain qui entre du fond. Il tient une fourche qu'il dépose à droite à l'entrée. — Costume de travail. Grand chapeau de paille. Sa blouse est attachée sur son dos.

Eh bien ! mon fils ? te voilà si tôt rentré ? As-tu rencontré la bourgeoise ?

SYLVAIN

Non, mon père, je rentre pour vous dire de tirer le vin, la gerbaude me suit.

(Sa mère lui essuie la figure et l'embrasse.) FAUVEAU.

Va donc vitement te faire propre pour présenter le bouquet à la bourgeoise.

SYLVAIN

Oh! pour ça, mon père, je ne m'y entends point... Je

ne suis point d'humeur à galantiser autour des femmes... c'est vous que ça regarde.

Galantiser! est-ce que c'est de mon âge?

SYLVAIN

C'est peut-être trop tard aussi pour moi.

(Sa mère passe au milieu et tire de sa poche un dé à coudre, du fil, et remet un bouton à la chemise de Sylvain qui n'y fait pas attention et qui est tout à son père.)

FAUVEAU, étonné.

Qu'est-ce que ça veut dire , cette parole-là, trop tard à vingt-cinq ans? et quand il s'agit de la rose des roses?

SYLVAIN

Oui, la Grand'Rose comme on l'appelle... c'est une trèsbonne maîtresse pour nous , je n'en disconviens pas. Elle a le cœur franc et la main donnante. . . Je lui porte le sentiment que je lui dois; mais faut pas m'en demander plus que je n'en peux donner!

LA MÈRE FAUVEAU, qui a fini, à son mari.

Tu vois bien ?

(Elle va près du puits et range différentes choses, puis elle vide son panier où se trouvent des légumes.)

FAUVEAU, à Sylvain,

A qui en as-tu? Sur quoi me rechignes-tu là?

SYLVAIN, allant à son père. Il se trouve au milieu.

C'est que je vous entends, mon père, et que depuis une quinzaine vous me voulez pousser à des idées qui ne sont point les miennes. De ce que j'ai ri quand vous m'en avez causé encore hier soir, je ne voudrais pas vous laisser croire que je peux me rendre à votre commandement.

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