ACTE I, SCENE XL
bord, est-elle faite comme il faut, la gerbe? Il y faut autant de liens que vous avez eu de moissonneurs !... Et puis il n'y faut point épargner Tarrosage, le vin du bon Dieu...
(A ce moment les filles de ferme, sur un signe de Sylvain, rentrent à gauche et reviennent avec des brocs de vin et des gobelets qu'elles déposent sur la table. — Le père Réray continue de parler pendant ce jeu de scène )
Et puis après, vivent la joie , la santé, l'amitié, l'abondance! vivent les vieux! vivent les jeunes... (Regardant les
enfants qui se groupent autour de lui.) Et vive auSSi le petit
monde... Tout ça rira, chantera, dansera... (Avec respect.) Mais avant tout, faut consacrer la gerbe , car on ne doit point se jouer des vieux us.
ROSE
Faites donc tout à votre idée, vieux, et à l'ancienne mode, vous aurez la gerbe pour récompense.
RÉMY, souriant.
J'aurai la gerbe ? Et me donnerez-vous aussi des bras pour l'emporter chez moi , à six lieues d'ici?
J'entends ! on y mettra le prix , mon brave homme , et vous choisirez le blé ou ce qu'il y aura dessous. Allons, voilà mon estimation , cinq francs pour la gerbaude ! Que chacun fasse comme moi, suivant sts moyens. Les plus pauvres me tront ce qu'il pourront. Ça ne serait qu'un petit cadeau , un petit sou, ça porte toujours bonheur à qui le donne.
(Elle met une pièce de cinq francs au pied de la gerbe.) LE PÈRE RÉMY, la saluant.
Vous êtes bien honnête, la bourgeoise.
(Le père Fauveau approche lentement et fouille dans sa poche pour choisir une petite pièce de monnaie.)
RÉMY, gaiement.
Mettez-y une idée de bonne amitié et le compte y sera.
(Fauveau met une petite pièce de monnaie et serre la main à Réray qui
s'incline.)
LA MÈRE FAUVEAU, s'approche aussi et retire de ses poches un dé à coudre, une paire de ciseaux, un couteau, une pelote, du fil, et met le tout au pied delà gerbe. — A Rémy, lui donnant la main.
Ça sera pour la jeune fille.
RÉMY, lui montrant Claudio, qui" est près de la gerbe.
Merci pour elle , mais elle n'a point besoin de ça pour vous aimer.
(La mère Fauveau embrasse Claudie.) SYLVAIN, vient à son tour et tire sa montre qu'il veut aussi déposer.
RÉMY, l'arrêtant.
Oh ! ça ! c'est trop beau pour du monde comme nous !
SYLVAIN
Vous n'avez point le droit de rien refuser. . . vous êtes lieutenant de gerbaude ; je connais la coutume aussi, moi !
(U met sa montre et serre la main à Rémy. En reprenant sa place , il salue Claudie qui fait un mouvement qui n'est aperçu que de Sylvain.)
(Une toute petite fille apporte gravement une grosse pomme verte.) RÉMY, prenant la pomme et embrassant Tenfant.
Merci, ma vieille... Je reçois votre bénédiction, mon petit cœur.
(Divers autres viennent plus rapidement apporter leurs offrandes. Rose s'approche de Denis Ronciat qui se tient à l'écart, et lui dit :)
ROSE
Eh bien ! est-ce que \ous ne voulez rien donner pour ce pauvre homme, vous qui avez le moyen ?