‹ ClaudieChapitre 34 sur 83 · ACTE IF, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IF, SCENE I

aiiit^i restez donc avec nous jusqu'à temps que votre père se rétablisse, si c'est la volonté du bon Dieu.

Vous êtes une âme grandement bonne, mère Fauveau, et si je veux m'en aller, ne le prenez point comme une méconnaissance de vos amitiés. Vous m'en faites tant, que je voudrais pouvoir mourir à voire service; mais, aussi vrai que j'aime le bon Dieu et vous, je ne peux point rester davantage.

(Elle va à la cheminée, embrasse son père, prend un autre fer et revient

à la table.)

LA MÈRE FAUVEAU

Claudie, je ne vous demande point vos raisons. Peut-être que j'en ai une doutance, et je ne vous en estime que mieux: peut-être que, dans un peu de temps, je vous dirai que vous faites bien de partir ; mais votre père n'est pas encore en état, et vous ne pouvez point l'emmener avant de vous être pourvue d'ouvrage pour le soutenir.

Mon père est faible, mais il ne paraît point souffrir ; et comme je sais qu'il aime beaucoup son endroit, j'ai dans mon idée qu'il a de l'ennui d'en être absent. Je suis quasiment assurée de trouver de l'ouvrage chez nous : on m'emploie aux lessives, on me donne des blouses à faire, je travaille aussi à la terre, qui est plus légère là bas que par ici. J'aurai plus de peine qu'avant puisque mon père ne peut plus s'occuper. Mais qu'est-ce que ça me fait d'user ma santé? je durerai toujours bien autant que ce pauvre homme-là, qui n'en a pas pour longtemps, et qui depuis deux mois qu'il est malade chez vous, n'a pas l'air de pouvoir reprendre ses forces.

(Elle va serrer le linge qu'elle a sur la table dans le bas de buffet qui est au dessous de la croisée.)

/i6 CLAUDIE.

LA MÈRE FAUVEAU, se levant.

Moi, je le Irouve mieux depuis deux ou trois jours, et ce matin il m'a parlé pins longtemps et plus raisonnablement qu'il n'avait fait depuis son accident.

CLATJDIE, revenant à gauche près de la mère Fauveau.

11 VOUS a parié? Et... qu'est-ce qu'il vous disait?

LA MÈRE FAUVEAU

Il me demandait si le médecin l'avait condamné, et s'il en avait encore pour longtemps à durer comme ça sans rien faire.

CLAUDIE, regardant son père.

Pauvre père 1 je sais bien qu'il regrette de n'être pas mort sur le coup. Mais voyez^vons, quand je devrais le garder comme ça, en misère, le restant de mes jours, je ne plaindrais pas ma peine. Ah! tout ce que le bon Dieu voudra, pourvu que je le conserve ! Vous ne savez pas quel homme c'était, mère Fauveau !

(Elle essuyé ses yeux à la dérobée.) LA MÈRE FAUVEAU, lui prenant la main.

C'est pour cela, ma pauvre Claudie, qu'il vous faut rester encore un peu. Il ne manque de rien ici, et vous pouvez le voir à chaque moment.

Je sais qu'il ne sera jamais aussi bien que chez vous, ni moi non plus 1

LA MÈRE FAUVEAU

Eh bien, alors!...

J'attendrai encore une quinzaine pour vous obéir. Aussi bien, je vous serai utile pour dériver et sécher votre

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