ACTE II, SCENE Vï
FAUVEAU
Ah ! vous savez donc la chose ?
ROSE
C'est donc vrai ?
FAUVEAU
Non, ça n'est pas vrai! c'est une songerie qu'il a mise dans la tête de sa mère. Il n'aura point mon consentement d'abord.
ROSE
Il est majeur, et tu ne peux pas l'empêcher de faire ce qu'il veut. D'ailleurs, tu n'es pas déjà si maître chez toi, et tu finis toujours par céder.
FAVREAU.
Je ne céderai point. Soutenez-moi, dame Rose, et vous verrez !
ROSE, débitant avec dépit.
Que je te soutienne pour forcer ton garçon à m'épouser ? Est-ce que tu es fou ? Est-ce que tu crois que j'y tiens à ton garçon ? Est-ce que je manque d'épouseux, pour en vouloir un qui ne veut point de moi?
FAUVEAU
La, la ! vous êtes en colère, notre bourgeoise ! tout ça se passera. Tenez bon, je vous dis, et Sylvain reviendra de cette foUeté. Vous l'aimez, c'est sûr, puisque vous voilà toute rouge et toute dépitée.
ROSE
Je confesse que je suis en colère, mais c'est du mauvais personnage que tu m'as fait jouer. Tu t'es gaussé de moi, tu as fait accroire à ton gars que j'étais coiffée de lui, et à cette heure je vas servir de risée à lui et à cette
Claudie! mais j'en serai assez vengée, va! qu'il réponse sa Claudie! je veux que tu y donnes ton consentement, je veux que ça soit vite conclu ; je ne demande que ça.
FAUVEAU
Est-ce que vous savez sur elle quelque chose qui pourrait en dégoûter Sylvain? faut le dire bien vite !
ROSE
Non! je ne suis point traître! je ne dirai rien, mais qu'il l'épouse sa Claudie, qu'il l'épouse !
(Elle sort.)