‹ ClaudieChapitre 6 sur 83 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

biens du côté de Jeux-les-Bois , des beaux biens, à ce qu'on dit.

FAUYEAU.

Ses biens ? ses biens ? les connaissez- vous ?

ROSE

Non ; j'ai jamais été par là.

FAUVEAU

Ah ! c'est que je les connais, moi ! c'est du bien de Champagne, comme on dit ; cheti pays ! terre de varenne! c'est maigre... Les plus mauvaises terres de chez nous seraient encore de Tengrais pour les meilleures des siennes... et puis, c'est mal gouverné! un propriétaire qui, depuis quatre ou cinq ans, ne réside point chez lui. A cause, qu'il ne réside plus chez lui?

ROSE

Je ne sais pas... pour l'instant, il dit que c'est à cause qu'il est amoureux de moi qu'il s'est établi par ici.

FAUVEAU

Il n'y a pas cinq ans qu'il vous connaît, il n'y a pas seulement six mois. Et avant, où a-t-il passé ? partout, excepté chez lui !^ Un homme qui ne se plaît point dans son endroit, c'est pas grand'chose, je vous dis, et peutêtre bien que ça a plus de dettes que de quoi les payer.

ROSE

Je ne te dis pas non... Ah ! c'est diantrement mai aisé de bien choisir !

FAUYEAU, avec intention.

Tenez ! sans comparaison, il vous faudrait un homme comme mon Sylvain .

ROSE

Tu m'as déjà dit ça. Ton Sylvain est un bon sujet, j^

ne vas pas contre; mais qu'est-ce qu'il a? ses deux bras et rien avec.

FAUYEAU.

Et son bon cœur pour vous aimer ?... et sa bonne mine pour vous faire honneur?... et ses petites connaissances pour régir vos biens? Savez-vous qu'il lit, écrit et fait les comptes quatre fois mieux que votre Ronciat ?

KOSE.

Je sais qu'il n'est pas bête ni vilain, et qu'une femme n'aurait point à rougir de lui... mais il a un défaut, ton Sylvain ! un grand défaut, qui pourrait bien molester le sort d'une femme.

FAUVEAU

Quel défaut donc que vous lui trouvez?

ROSE

Il est... je ne sais comment dire. Il est trop critiquant, trop près regardant à la conduite des femmes. Il n'excuse pas le plus petit manquement, il voit du mal dans tout, il trouve de la coquetterie dans un rien ; enfin, je crois qu'il serait jaloux et querelleux en ménage.

FAUYEAU, embarrassé.

Ah! pour ça, vous vous trompez bien.

ROSE

Non ! non ! je le connais, va I je l'ai observé ! et ma fine, tant qu'à prendre un homme qui vous fasse enrager, autant vaut le prendre un peu riche.

Je sais bien qu'il ne l'est point ; aussi , je ne vous parle pas de lui. Il n'y prétend rien, lui, le pauvre enfant, il n'oserait. Et si pourtant , il vous aime , voyez-vous ! Il ne

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