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éperdument, — « je n’en manque pas une» — pas-
payable au buffet installé dans la cour, qu u'il «f rait » la longueur de la salle en six pas de galop on s’attroupe, on l’admire. Monmond agagné, mais sa danseuse — Fifine Baille, une petite traînée q ta porte en ville du lait et tout ce qu'on veut — le quitte furieuse, et l’injurie :
— Espèce de grande armelle‘! t’aurais pu aussi | e ben bréger ma robe! Reviens m'inviter, je te re- … souperai | PE
L’assistance se tord, et les gars profitent du rassemblement pour pincer, chatouiller et caresser ce … qu'ils trouvent à portée dela main. On devient trop gai, je vais bientôt aller me coucher. La De. Anaïs, qui a pu enfin conquérir un « habit noir » D retardataire, se promène avec lui dans la salle, s'é- vente, rit haut en roucoulant, ravie de voir le bal É. s’animer et les gars s’exciter; il y en aura a moins un qui l’embrassera dans le cou, ou ailleur:
Où a bien pu passer Dutertre? Mademoiselle a … fini par acculer sa petite Aimée dans un coin et lui … fait une scène de jalousie, redevenue, en quittant son beau délégué cantonal, impérieuse et tendre; ” l’autre écoute en secouant les épaules, les yeux au loin et le front têtu. Quant à Luce, elle danse
* souple, petite, et (blottie, et légère comme un flocon.
Mie Sergent a disparu, à présent, peut-être vexée ve voir sa favorite valser, malgré ses objurga- tions, avec ungrand faraud Nes qui la serre, qui
l'effleure de ses moustaches et de ses lèvres, sans . qu’elle bronche. Il est une heure, je ne m'amuse “ plus guère et je vais aller me coucher. Pendant
- l'interruption d'une polka (ici, la polka se danse - en deux parties, entre lesquelles les couples se pro- . mènent à la queue-leu-leu autour de la salle, bras ar bras) j'arrête Luce au passage et la force à s’asseoir une minute :
. — Tun’enes pas fatiguée, de ce métier-là?
— Tais-toi! Je danserais pendant huit jours! Je + ne sens pas mes jambes.
… — Alors, tu t’amuses bien?
… — Est-ce que je sais? Je ne pense à rien, Fa la | téteengourdie, c’esttellement bon! Pourtant j'aime bien quand ils me serrent.. Quand ils me serrent È (Es valse vite, ça donne envie de crier!
- Qu'est-ce qu’on entend tout à coup? Des piétinea 2 ionts, des piaillements de femme qu’on gifle, des . injures criées... Est-ce que les gars se battent? Mais non, ça vient de là-haut, ma parole! Les cris deviennent tout de suite si aigus que la promenade des couples s’arrête; on s'inquiète, ct une bonne âme, le brave et eut Antonin Rabastens, se ss précipite ? à la porte de l'escalier intérieur, l’ouvre.. . Le tumulte croît, je reconnais avec stupeur la voix FER mère Sergent, cette voix criarde de vieille
— N= LY tré
paysanne qui hurle des choses époñvamtäbles, Tous écoutent, figés sur place, dans un absolu silence,
les yeux fixés sur cette toute petite porte d’où sort tant de bruit. ‘2 — Ah! garce de fille! tu ne l'as pas volé! Hein, j'y ai t’y cassé mon manche à balai sur le dos, à ton cochon de médecin! Hein, je te l'ai t’y flanquée | c’te fessée! Ah! il y avait longtemps que je flairais quelque chose! Non, non, ma belle, je ne me tairai pas, je m’en fiche, moi, des gens du ball Qu'ils entendent donc, ilsentendront auelque chose de propre! Demain matin, non, pas deinain, tout … de suite, je fais mon ballot, je couche pas dans une Maison pareille; moi! Saleté, t'as profité de ce qu'il était saoûl, hors d’état (sic) pour le mettre dans ton lit, ce fumellier-lä! ! c’est donc ça que ton traitement avait r’augmenté, chienne en foliet Si te t’avais fait tirer les vaches comme j'ai fait, t’en serais pas là! Mais t’en porteras la peine, je. le crierai partout, je veux qu’on te montre dans les rues, je veux qu’on rie de toit Il ne peut rien me faire, ton salaud de délégué cantonal malgre qu'il tutoiele minisse, j'y ai fichu une frottée qu’i s’en est sauvé, il a peur de moit Ça vient faire des. cochonneries ici, dans une chambre que je borde le lit tous les matins, et ça s’enferme même pasl. Ça se sauve moitié. en chemise, nu-pieds, que ses u sales bottines y sont encore! Tiens, les v'là, ses bottines, qu'on les voie done
4 Coureur de « fumelles à RS
| On entend les FE jetées dans l'escalier, | ‘rebondissantes; une retombe jusqu’en bas, sur le seuil, dans la lumière, une bottine vernie, toute « luisante et fine. Personne n’ose y toucher. La voix … exaspérée diminue, s'éloigne au long des corridors, dans les claquements des portes, s’éteint; on se regarde alors, chacun n’en croyant pas ses oreilles. Les couples encore unis demeurent perplexes, aux . agucts, et peu à à peu des rires sournois se dessinent sur les bouches narquoises, courent en go- guenardant j jusque sur l’estrade où les musiciens - se font du bon sang, tout comme les autres.
… Jecherche des yeux Aimée, je la vois pâlecomme son corsage, les yeux agrandis, fixés sur la bottine, point de mire de tous É regards. Un jeune homme » s’approche charitablement d’elle, lui offrant de
sortir un peu pourse remeltre… Elle promène autour d'elle des regards affolés, éclate en sanglots - et se jette dehors en courant. (Pleure, pleure, ma . fille, ces moments pénibles te feront trouver les . heures de joie plus douces.) Après cette fuite, on ne se gêne plus pour s’amuser de meilleur cœur,
- échanger des coups de coude, des « T’as-t’y ben vu
nc
çal »
J'entends alors près de moi un fou rire, un rire | perçant, suffocant, vainement étouffé dans un mou- -choir : c’est Luce qui setord sur une banquette, pliée en deux, pleurant de joie et, sur la figure, ‘une telle expression üe bonheur sans ombre, que
rire me gagne, moi aussi.
— Tu n’es pas folle, Luce, de rire comme ça?
— Aht Ah!... oh! laisse-moi,.… c'est trop bon. ah! je n’aurais jamais osé espérer ça! ah! ah! je peux partir, j'ai du goût pour longtemps... Dieu, que çà fait du bien!
Je l'emmène dans un coin pour la calmer un peu.
Dans a salle, on bavarde ferme, et personne ne danse plus... Quel scandale, le matin venu! Mais un violon lance une note égarée, les cornets à pistons et les trombones lesuivent, un couple esquisse timidement un pas de polka, deux couples l’imitent, puis tous; quelqu'un ferme la petite porte pour cacher la scandalcuse bottine, ct le bal recommence, plus joyeux, plus échevelé d’avoir assisté à un spectacle tellement drôle, tellement inattendu! Moi, je vais me coucher, pleinement heureuse de couronner par cette nuit mémorable mes années scolaires.
Adieu, la classe; adieu, Mademoiselle et son amie : adieu, féline petite Luce et méchante Anaïs! Je vais vous quitter pour entrer dans le monde; — ça m’étonnera bien si je m’y amuse autant qu’à l'École.
FIN D364. — Paris. — Imp. Hemmerlé et Cie 4 VA be ». 0..0 LA O0 use Hi 6
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