‹ Claudine de FlorianChapitre 11 sur 38 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

BELTON, Mad. DERNETTI, sortant de l’hôtel.

Je*parlois de vous , madame.

Mad. DERNETTI.

Et à qui donc ?

Oh, je n’ai besoin de personne. Mon cœur et moi, ïiq‘U$ nous entendons à merveille.

Mad. DERNETTI.

Et que vous disoit-il , votre cœur ?

Ce qu’il me disoit ?

Oui 5 contez-moi cela, i}ion cher Belton.

Je lui permetrai de parler, si le vôtre veut lui répondre.

Mad. DERNETTI.

Une conversation sentimentale !

BELTON.

Elle vous fait peur !

Mad. DERNETTI.

l5Ton pas' précisément ; mais je me défie un peu de VOU3.’ Vous êtes fort aimable, M. Belton.

BELTON.

Jamais je n’ai tant désiré l?être, que depuis que je vous connois.

Mad. DERNETTI.

U n’y a pas de mal à cela : un homme aimable devient charmant par le désir.

BELTON.

Et cet homme charmant, qu’en fait-on ?

Mad. DERNETTI.1 Ea question est un peu vive.

BELTON.

Ici, ce n’est pas moi qui parle, c’est mon cœur.

ts CLAUDINE DE PLORlXS,'

Ht vous exigez que le mien lui réponde ?

Je n’exige rien, je supplie.

Mad. DERNETTI.

Vous avez une manière de supplier, vous autres hommes ^ à laquelle je ne saurois m’accoutumer.

Et que lui trouvez-vous de si effrayant ? Vous ne me faites pas l’honneur de me croire dangereux ?

Mad. DERNETTI.

Hé, hé, mon cher ami, l’homme que nous redoutons le plus, n’est pas toujours celui à qui nous voulons bien le dire. B E L T O N.

Je vous supplie alors de ne pas ajouter un mot.

Mad. DERNETTI.

Et vous interpréterez mon silence à votre manière ?

Je ne lui donnerai pas le sens le plus défavorable.

Mad. DERNETTI.

Comptez-vous réussir avec ces petits moyens-là ?

Kéussir ! mais je n’ai pas de projets, moi.

Mad. DERNETTI.

Comment vous n’avez pas de projets ? . . **. ^

ÜSfon , je vous assure.

Mad. DERNETTI.

Vous êtes un impertinent.

Et vous êtes cliar mante.

Mad. DERNETTI.

Vous verrez , tout-à-l’beuTe , que c’est moi qui fais la cour à monsieur.

Vous en êtes bien la maîtresse.

Mad. D ï R N E T T Iv C’est trop honnête , en vérité.

COMEDIE

Si je voulois, cependant , je vous dirois de fort belles choàeé;

Mad. D È R n E T T i.

Ah! voyons cela.

Et voos m’en punirez ?

Mad. d b R 1î e ï t r.

Ah ! vous faites lé cruel ? cela n’est pas hier) , M. Belton.

Won , en vérité , non , je ne suis pas cruel ; mais je tiens & mes intérêts. Je vous vois à chaque instant du jour, tou ours aimable, toujours séduisante; je vous’ parle, vous me répondez; une saillie est payée par ce sourire qui n’est qu’à vous, que je n’ai vu qu’à vous : un doux enjouement est Pâme dé vos entretiens; votre cœur se livre à cette heureuse sécurité crue produit l absence-des passions ; enfin , vous me traitez eu homme sans consécpxence.

Mad. dernetti, vivement .

Apres , après*

Si je dis un mot, je perds tous mes avantages, je vous donne réveil, je vous force au silence.

Mad. D e R N E T T i.

Ce mol est donc bien terrible ?

Oh ! épouvantable.

. Mad.

BELTON.

D E R N E T T lo Voyons toujours ce mot.

BELTON.

Vous me l’ordonnez ?

Mad. D E R N e T T I.

Mais je crois qu’oui.

belton.

Eh bien , madame, je vous adore.

Mad. D E R n e t t r.

Que de peines il' a 'fallu , pour vous amener là !

belton.

Si j’osois donner à foire réponse' le séns que sans douté' vous n’y attachez pas. . . . , .

Mad. dernetti, lui souriant avec tendresse. Osez j osez.

Hé bien, j'ose, et je suis heureux.

Mad. DERNETTI.

Mon cher ami , je suis de moitié.

Madame

Mad. DERNETTI.

Monsieur!

Je justifierai votre choix.

Je l’espère.

Je l'espère.

Mad. DERNETTI.

Ne jurez pas : aimez; cela vaut mieux.

Si j'aimerai ! jusqu'à la mori. N’avoiy qu'un désir, celui d'être à vous; qu’un bonheur, celui de vous plaire ; n'éprouver aucune sensation dont vous ne soyez l’objet ; vivre pour vous seul enfin, voilà mon pian, mon espoir, ma destinée.

Mde. DERNETTI.

Que répondre à cela ? Je pensois précisément ce que vous venez de dire. ,

B E L T O N, après lui avoir baisé la main . Prenons maintenant nos petits arrangemens.

Mde. D E R N E T T I.

J)es arrangemens !

Sans doute ; il faut penser à ses affaires.

Mde. DERNETTI.

Voyons vos arrangemens.

P’abord , je vous épouse.

Mde. DERNETTI*

Bien que cela ?

Pas davantage.

COMÉDIE

Mde. D E R N E T T I.

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