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Je me rendis à cette invitation , et cette conférence chrétienne s'est si bien passée (gloire et honneur en soient rendus à Dieu ) : , que nous sommes devenus des amis francs et loyaux , sans aucun soupçon et sans aucune arrière-pensée, dans une vraie charité chrétienne. Ce brave homme avait supporté ma fougue académique avec une amabilité étonnante , et il avait discuté avec une telle amitié , que ne pouvant plus lui résister par la crainte de Dieu, j'étais obligé de me rendre à la vérité et à l'amabilité de l'esprit de Jésus-Christ en lui; depuis ce temps je ne l'ai plus ni vu ni entendu parler.
Pour ce qui concerne son affaire de Gœrlitz f que je vous ai racontée à N. , je la sais pour certaine de mes amis. Cet antagoniste de Gœrlitz qui y fut alors premier pasteur, avait prêté au beaufrère de Jacob Bœhme, jeune boulanger, unécu, pour pouvoir acheter de la farine de fromeut et en faire des gâteaux de Noël. Pour lui en témoigner sa reconnaissance, ce nouveau marié lui porta un assez grand gâteau, et lui rendit son ecu après les fêtes, croyant que Monsieur le pasteur se contenterait du gâteau pour les intérêts de l'argent prêté, et qu'il n'avait gardé que quinze jours. Mais le Pasteur mécontent, le menaça de la colère et de la malédiction de Dieu , et il en effraya tellement ce pauvre boulanger, que celuici tomba dans une profonde mélancolie et dans le désespoir de son salut, pour avoir offensé le prêtre , et s'être attiré une telle malédiction , enaorte qu'il ne parlait a personne pendant plu-
sieurs Jours , et ne voulait jamais ouvrir son cœur à qui que ce soit, pour dire ce qui l'affligeait tant. Il ne fit que soupirer et gémir, parlant toujours avec lui-même , jusqu'à ce qu'enfin , sur lés sollicitations pressantes de sa femme , Jacob Bœhme s'interposa, et arracha enfin à force de prières le secret du jeune homme. Après en avoir été instruit, il le consola autant que possible , et alla trouver le prédicateur irrité , pour le prier de la. manière la plus honnête de ne plus être fâché contre ce jeune homme, mais de lui pardonner; qu'il s'engageait a satisfaire le prêtre irrité touchant les intérêts de Vécu prêté , pourvu qu'il demandât ce qu'il lui fallait ; que cependant , à son avis, le jeune homme avait fait ce qu'il devait faire; si néanmoins le pasteur n'était pas satisfait, il le satisferait avec plaisir.
Là dessus le prédicateur s'est déchaîné contre lui, en demandant ce que ce savetier avait à faire chez lui, pourquoi il venait le déranger et troubler son repos, qu'il n'avait qu'à prendre la porte et se mêler de ses affaires. Mais^ celuici insista beaucoup d'obtenir la grâce du jeune homme, en s'offrant de satisfaire à la demande. Mais le prédicateur honteux et confus de son injustice et de ses torts , pour ne pas en convenir et pour ne rien demander , réitéra encore une fois au suppliant ou au médiateur de prendre la porte. Et étant assis dans son fauteuil et voyant que le suppliant, doux et humble Jacob Bœhme ne se dépêchait pas de s'en aller, il prit une de ses pantoufles et la jeta après lui, lorsque celui-ci
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lui dit enfin adieu , lequel adieu irrita encore davantage le pasteur. « Qu'ai-je à faire de ton adieu , s^'écria-t-il, que m'importe ton adieu ». Mais Jacob Bœhmeprit, sans la moindre colère, la pantoufle, et la remit aux pieds du prédicateur, en disant : «ne vous fâchez pas, Monsieur, je ne vous fais point de mal , que Dieu vous conserve, » et il partit ensuite. Le dimanche suivant le pasteur fit pleuvoir du haut de sa chaire, les invectives nominativement sur notre brave homme, il lança des foudres terribles, et menaça toute la ville delà ruine; il le traita de mutin, d'homme turbulent, de méchant, d'hérétique, et il excita le magistrat en présence de toute la commune à sévir contre ce rebelle à ses saintes fonctions, qui molestait les prédicateurs dans leurs maisons, et qui rédigeait ' des livres hérétiques, afin que Dieu ne se mît pas en colère contre eux , et n'engloutît pas la ville dans sa colère, comme il fit aux révoltés de Corê, Dathan et Abiram, qui s'opposèrent à Moïse , et qui furent engloutis dans la terre avec tout ce qui les entourait, et qui dans le foud des enfers payent leur peine. L'homme innocent, accusé injustement, se tint contre le pilier en face delà chaire, etaprès avoir tout écouté , se tut , jusqu'à ce que le peuple fut sorti de l'église; il attendit le prédicateur ^avec son chapelain, ou vicaire, sortir de l'église, il les suivit, et demanda au pasteur au milieu du cimetière : quel mal il avait fait? qu'il ne croyait pas lui avoir dit un seul mot offensant; qu'il le priait de vouloir bien/Jui dire eu présence du chapelain , ( qui était avec 1 ui ) , quelle insulte
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il lui avait fait, afin de pouvoir lui en demander pardon, et en faire pénitence. Le prêtre ne voulut rien lui répondre là -dessus, mais il le regarda comme s'il voulait le percer de ses yeux , il se mit à baver sa colère, à l'injurier et à le maudire , en disant : éloigne-toi , Satan , retire-toi dans le fond des enfers ayec ton tourment , ne peux-tu pas me laisser tranquille, faut -il que tu me persécutes et me molestes encore ici ; ne vois-tu pas que je suis un ministre de Dieu (en lui montrant sa soutane) et que je suis dans mes fonctions? Le pauvre Jacob Bœhme, bien affligé et outragé, lui répondit : Oui , vénérable pasteur, je vois qui vous êtes, et j'ai fort bien entendu à l'église de quel esprit vous avez parlé , je vous y ai aussi vu dans vos fonctions , et je vous regarde réellement sans aucun doute comme un ecclésiastique, «'est pourquoi je m'adresse à vous dans cette qualité, pour savoir en quoi je vous ai offensé? Il se tourna ensuite vers le chapelain , et le pria d'intercéder pour lui auprès de M. le pasteur, afin qu'il déclarât en sa présence , en quoi il avait manqué ou péché , pour tonner contre lui du haut de la chaire, et pour exciter le Magistrat à la vengeance; ce qui irrita encore plus le pasteur, en sorte qu'il voulait envoyer chercher par son domestique les sergens de la ville , pour le faire arrêter et jeter en prison ; mais son vicaire l'en dissuada , et excusa Jacob ^oehme qu'il engagea à se retirer.
Le lendemain, lundi matin, le Magistrat étant assemblé à l'Hôtel-de- Ville , on fit comparaître
l'accusé Jacob Bœhme, pour l'interroger, et
n'ayant rien prouvé de ^ r^p^ensible ni dans ses paroles, ni dans ses actions, ,ni dans ses gestes , on lui demanda quel mal il avait donc fait au prédicateur; il répondit qu'il l'ignorait, et qu'il n'avait jamais pu le savoir ; qu'il suppliait en conséquence le Magistrat de vouloir bien faire venir l'accusateur, ou le prédicateur, pour exposer les plaintes qu'il avait contre lui. Le Magistrat ayant trouvé cette demande juste, il députa deux de ses collègues vers , le pasteur, pour te prier de se rendre à l'Intelde-Ville, et de spécifier au moins aux députés les griefs qu'il avait contre l'accusé. Là dessus, il se mit en colère , et fil dire air Magistrat qu'il n'avait rien à faire à J'HôteUde-Ville ; ce qu'il ajaità dire, il h dirait à la place de Dieu ç\u haut de la. chaire, que là était sa chaise ,curu)e ; que Je Magistrat n'avait qu'à suivre ce qu'il, avait dit * et de ■> chasser de la ville cet hérétique impie., méchant et téméraire , afin qu'il ne résjste plus aux saintes fonctions du sacerdoce , et n'attire pas sur la ville entière la punition de Cçrè * Dathati et Abirarvu, Ces Messieurs, s'étant consultés ensemble, et ne sachant comment justement remédier, à \ 'affaire , et craignant la véhémence du prédicateur sur la chaire, ils résolurent de bannir de la ville Tinnocent Jacob Bo?hme , à laquelle résolution quelques membres du Magistrat : ne voulaient pas consentir. Ils se levèrent donc et s'en allèrent \ mais les autres firent exécuter la décision, et ordonnèrent aux sergens de la ville de conduire immédiatement l'innocent Bœhme , au - delà du territoire de la viUe. Le brave homme ne dit autre chose que ces
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paroles : Au nbm de Dieu , Messieurs je me soumettrai &ce que vous avez ordonné, et jë quitterai la ville; mais vous me permettrez auparavant d'aller voir les miens et dè leur parler. Mais cela lui étant refusé sous le prétexte qu'on n'en pouvait rien changer, il fut conduit honteusement bobs de la ville.
Mais lorsque le lendemain matin les Magistrat! furent assemblés de nouveau, et que la discorde en fut chassée , on prit la résolution de fa ire -courir après Jacob Bœhme, de le faire chercher danè tous les villages environnans, et en cas de réussite , rde le ramener a la ville solennellement et avec honneur ; ce qui fut ponctuellement «xécuté.
N'est-ce pas un prodige de Dieu au milieu dès actes et 'des décrets, du démon.
. Voilà le récit sincère et véritable de tout ce qui lui est arrivé â GœrKtz;
... Quant à ce qui s'est passé à Dresde, ou Jacob Dœhmefùt cité de comparaître:, je puis affirmer pour certain , mats seulement aùcioritate aU'ortmt fuie dignortxm et exceptions majorum s qu'il y a été examiné dans une assetnbMe composée îde firincipaux Docteurs nommés Stoé y Meàner, Bdt± duihy Gerhard, Leiyer, et un autre dècteur que je ne puis pas iiommev^ actuellement', et dè deux professeurs de mathématiques , en présencé de S. A. Electorale , qu?il fallait qu'il rendît feom^e de tous ses ourrégesç qu'il avait été attaqué pardcs questions Idéologiques, philosophiques et de ma<thématiques, qu'il ne fut confondu par aucune, qu'il les réfuta toutes de la manière la plus rtio-
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deste et la pins délicate , ensorte que les examinateurs ne savaient que lui dire. L'Electeur étonné leur demanda leurs avis ; mais MM. les Docteurs et examinateurs s'en excusèrent, en priant son Altesse Electorale de vouloir bien avoir encore un peu de patience, jusqu'à ce que l'esprit de l'homme se fût mieux expliqué, qu'ils ne l'avaient pas encore compris , mais qu'ils espéraient qu'il serait un ,peu plus clair une autre fois; mais que , pour le moment, il leur était impossible de dire leur avis.
MM. les Docteurs lui ayant fait subir un autre interrogatoire , J. B. leur fit subir un contreexamen, auquel ils répondirent avec modestie, sans aigreur et sans jalousie, qu'ils avaient été comme pétrifiés , de trouver dans un homme aussi simple et non lettré des choses aussi sublimes , auxquelles ils ne s'attendaient nullement ; qu'ils ne l'avaient aucunement injurié , et quoique le candidat ait dit à MM. les Théologues de fortes et belles vérités , et qu'il leur ait fait distinguer le vrai du faux , qu'il ait attaqué toutes les erreurs , et qu'il leur ait montré leur origine comme avec le doigt , il leur avait toujours témoigné le plus grand respect , et les égards qui leur étaient dus. Mais il avait expressément dit aux astrologues : Voilà, Messieurs, jusqu'où va la science de vos mathématiques, jusqu'où elle est fondée dans le secret de la nature , le reste n'est qu'une invention , une folie et un aveuglement des payens , que nous autres Chrétiens devons fuir.
14 dessus ils l'ont renvoyé en paix , et l'Electeur
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était si satisfait de lui , qu'il eut plusieurs conférences secrètes avec lui , après quoi il le congédia comblé de bontés, et Jacob Bœhine reprit la route de Gœrlitz.
Lettre de M. le Baron Abraham de Frankenberg, auteur de la vie de J. B.j du 21 octobre i64>-
Que la noble Sophie d'en haut réjouisse le cœur de tous ceux qui l'aiment , et produise en eux une volonté sainte et agréable à Dieu.
J'ai appris avec un plaisir inexprimable , qu'il n'y a pas partout des ennemis et des railleurs de la noce céleste , comme il n'y en a malheureusement que trop dans notre patrie sans cela affligée; mais qu'il y a encore dans les pays lointains des amateurs qui , quoiqu'en petit nombre, s'appliquent sans cesse à la sagesse secrète , et qui, s'ils continuent à s'y livrer, jouiront enfin, dans l'esprit et dans la vérité, de l'amour divin, bienheureux et pur, avec une joie et une satisfaction indicibles.
Nous sommes appelés et invités à cette manne mystérieuse , et à ce nectar et à cette ambroisie vraiment divine et naturelle, au commencement de notre siècleÀUR (eaeH) ORA benedictœ, par le son de la trompette victorieuse du grand Jehovah , dans l'instrument et témoin de Jésus-Christ , particulièrement élu à cela de Dieu, mais rejeté à la vérité des hommes, Jacob Bœhine, natif de Vieux Seydenburg , ensuite établi à Gœrlitz , qui a assez montré daus ses écrits profonds, dans quelle époque nous allons entrer, quelles grandes merveilles et quelles choses surprenantes étonneront nos
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descendant; il nous teste donc encore assez de temps pour quitter la eoupe énivrante de la grande- Babel, et aller au devant de l'époux qui appelle et frappe.
Cet homme bienheureux en Dieu est, sanscontredit , une lumière flamboyante, et peut-être mêmea-t-il été ce nouvel astre merveilleux, qui parut au Ciel, l'an 1572 ( deux ans avant la naissance du défunt ) dans la constellation de Cassiopé et de la voie lactée, pour prédire aux peuples de l'Europe une naissance toute nouvelle des eaux supérieures ignées lumineuses, et pour y rendre attentifs les grands hommes y qui aiment à scruter les secrets de la nature. Attendu qu'il a aussi commencé, comme il me la dit souvent de vive voix r son ouvrage le plus important , le Grand Mystère, un livre mystérieux, sur la Genèse, Tan 1604 et Tan 1 607 , à la reparution des nouveaux astres r avec la 7/ plus grande conjonction ou septuple triagonale , et qu'il Ta fini heureusement sous la 8. « sous le septième commencement central. Ensuite il est rentré, en Tan 1624? dans Tannée de son Jubilé, ou dans la 5o. s année de son âge, selon le mystère , dans sa tombe, ou dans son principe magique et mental.
Ce n'était peut être pas sans raison , qu'il avait commencé à écrire d'abord son ouvrage , intitulé ; l'Aurore naissante* c'est-à-dire la racine ou la mère de la Philosophie, de. l'Astrologie et de là Théologie, etc.; ainsi que son traité appelé. le Chemin pour aêler à Christ, lequel traité commence , selon Tordre du Nouveau Testament , de
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la pénitence et de là foi de l'entrée Sainte dans le royaume de Dieu. Non- seulement ton» ses ouvrages, mais aussi sa personne , même morte f et enfin son misérable tombeau avec une croix en bois noir , furent indignement calomniés et atta-: qués par un zèle bien déplacé. Cependant toutes ces choses n'ont jamais été bien examinées, et Jacob Bœhme n'a jamais été convaincu d'une erreur; mais au contraire il est toujours resté fidèle, jusqu'à son dernier soupir , aux dogmes de son Eglise (comme on peut s'en convaincre par les derniers actes de son agonie, ainsi que par ses écrits : du choix de la Grâce, des deux Testament, de la Passion , de la Mort et de la Résurrection de Jéstts-Ckrist). Sans parler de ce qu'il a suffisamment démontré dans son apologie sur le mal et sur le jugement injuste, rendu par ouï-dire, de Grégoire Richter.
Et la contestation touchant le tombeau imité de Christ et de sou témoin fidèle, Jacob Bœhme , fut à Gœrlitz, d'une importance égale à celle d'un livre de M. Luther , qui fut proscrit et blasphémé par les peuples septentrionaux et méridionaux , je passe sous silence ceux de TOrient et d'Occident , lequel livre fut ensuite chèrement acheté et remis sous la protection et dans le trésor électoral , afin que les témoins fidèles et précieux de la lumière et du droit véritables, clairs, non-falwfiés et évangéliques -, restassent intacts , comme. Moïse resta intact dans le tombeau, et que: la chrétienté évangélique eût un signe merveilleux particulier et irrécusable, pdur reconnaître la,
grâce particulière de Dieu et de son esprit eu Jésus- Christ , leur chef et sauveur unique et éternel.
C'est pourquoi il faut encore remarquer au sujet de ces écrits merveilleux immédiatement manifestés de Dieu à notre siècle, que ces écrits ne sont pas des pièces rapportées à la mosaïque , qu'ils ne sont pas écrits dans un esprit mondain , qu'ils n'ont jamais été ni corrigés ni retouchés qu'ils sont, pour ainsi dire, d'un seul jet, qu'il» sont de la main propre de l'auteur, ce que plusieurs témoins peuvent prouver avec moi ; mais il faut lire et examiner ces livres avec d'autres yeux que ceux de la raison.
Il ne faut pas se cacher non plus, que l'accomplissement du temps n'est pas encore arrivé r où l'on puisse, à sa satisfaction , reconnaître les différentes merveilles cachées jusqu'à présent. Un tel ouvrage ne se laisse pas non plus manipuler avec des mains impures ; mais il faut que cela se lasse à la sueur de son front , avec un cœur , un esprit et une volonté soumis à Dieu.
Lettre d'un Magistrat de Gœrlitz , touchant la personne et les écrits de Jacob Bœhme*
11 y a des gens qui nient qu'un cordonnier ait été l'auteur des livres en question , et ils donnent à entendre par là , qu'ils ne croient pas que Dieu puisse opérer dans des laïcs ignares des écritures et des langues , c'est-à-dire dans des personnes non savantes dans les lettres; mais qu'il faut qu'il
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opère par des gens au fait du latin et des autres langues , et que Dieu veut particulièrement prononcer son Yerbe et manifester son esprit par des hommes qui ont cherché leur esprit et leurs pointes sur les hauteurs d'Israël : mais ils n'enlèveront pas à Dieu sa puissance, ils sont en trop petit nombre. S'ils ne voulaient pas être prudens de soi-même , c'est-à-dire , s'ils n'apportaient pas l'esprit et le jugement des écoles , ou une certaine forme dè logique bien ampoulée, dans les Ecritures , et dans les ouvrages et dans les écrits des autres hommes, et s'ils portaient au contraire les Écritures , comme le témoignage de Dieu , dans leur école : ils s'en désabuseraient peut-être, et ils croiraient, ce qu'ils ne veulent pas à cause de leurs rêveries d'école trop enracinées , et ils mettraient en première ligne le don de l'Esprit saint, au lieu d'oser le mettre en doute, et veulent néanmoins passer pour prêtres. Il n'y a pas encore si long-temps, que Jacob Bœhme a vécu , et sa personne fut assez connue ici. Quant à moi , je ne l'ai pas connu , étant, au temps où il écrivit, encore trop jeune; et lorsqu'il reprit, apf'ès une défense de plusieurs années , la plume , et que le premier pasteur le fit passer pour hérétique du haut de sa chaire, j'étais absent. Mais en i6a4, peu de temps après sa mort, je fis la connaissance de ses amis les plus intimes et des amateurs de sa science , qui avaient vécu avec lui dans une familiarité particulière. M. Jonas Liebing, juge à Weissenœde ( à 4 lieues de Nuremberg ) chez lequel j'avais séjourné pendant quelque temps,
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m'avait écrit et demandé plusieurs fois, de lai procurer quelques renseignemens certains sur J. Beehme, pour pouvoir le» communiquer à M. Cbrestien Beckmann, recteur du Gymnase d'Âmberg : attendu qu'ils ne pouvaient pas croire qu'un idiot possédât une connaissance si profonde et si extraordinaire de Dieu et de la nature. Voici entre autres quelques passages de la lettre de Beckmann à Liebing : mperiori kyeme scripserat ad me amieus : Gœrlitii esse xirum plebeiwn et alias Jacob Bœhme nomine, qui singuiari spiritus grati4 delibatus et varias linguas. prcdoquatur, et insuper iibras multœ sapientiœ pienos conficiat. Ex Ulo tempore non destiti sollicité inquirere an ita sit, etc. Tandem antè paucubs dies Egram vent , et inter alla inibi apud amicum, vidilibros très tnanusçriptos et satis quidem grandes Bœhmii illius. Qjuid dicam? Ut legi, ut obstupui? I tarte virum e multis, in schola non eruditum, tam profunda mis-, teria aggredi, et tampolitè scribere! Enimverb ista methodus et rerum abditarum eœpositio facit, ut dubitem de authore. Dicitur esse idiota Bœhmius- Nondtân credere possum : nisi certior ad hue fiam talem esse Gœrlitii, talia eum scripsisse : idque unim et alterius viri sincerioris tesUmanio. Parmi les anciens amis de Jacob Beehme il y, en avait un , que je fréquentais beaucoup, et qui racontait, qu'un certain médecin, nommé Tobie Kober, que je connais beaucoup, avait plusieurs fois mis à l'épreuve la connaissance dq la langue de la nature que possédait J, B<#hme, savoir qu'à la promenade , qu'ils firent souvent ensemble comme ami*
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intimes, ils s'étaient montrés mutuellement le» fleurs , lès plantes et les herbes , que lui ( J; B. ) avait aussitôt indiqué de leur empreinte et forme extérieures , la puissance , la vertu et la qualité internes, par les lettres , syllabes et mots de leur nom insoufflé et attribué. Mais il aimait préférabJement à toutes les autres langues entendre prononcer leur nom en hébreu, cette langue étant la plus proche de la nature : et quand on n'en savait pas le nom en hébreu , il le demandait en grec. Et le médecin donnant exprès un faux nom,. Jacob Bœhme, après avoir comparé la qualité de la* plante avec sa forme et couleur , s'aperçut aussitôt de la tromperie et dit : que cela ne pouvait pas être le vrai nom, et qu'il le prouvait jusqu'à l'évidence. D'où il est peut-être venu qu'on a dit de lui, qu'il savait parler des langues étrangères, ce qui n'était cependant pas, et il ne s'en était jamais vanté non plus. A les entendre parler, il a bien pu les comprendre , M. David de Schweinich eh a rendu un témoignage éclatant quelque temps avant sa mort. Ce gentilhomme pieux et brave , connu par ses cantiques spirituels qu'il a fait imprimer, a raconté un jour dans une société de gens de condition et de savoir : qu'ayant fait venir J. B. à sa terre, où il y avait beaucoup de monde, ot qu'on parlait à table différentes langues, il avait compris le latin aussi bien que le français , et il aurait compris toute autre langue qu'on eût voulu parler , par le moyen de la langue de la nature. 11 y a encore d'autres gentilhommes quî en rendent témoignage , principalement M. àc
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Frankenberg, qui a fait imprimer ici, à Gœrlîtz Tan 1622, son livre de la pénitence, de la résignation et de la vie sur-sensuelle ( sous le titre z- le Chemin pour aller à Christ ). Je pourrais fournir encore d'autres preuves que ce fut Jacob Bcehme y et. non pas un autre sous son nom , chez lequel les merveilles de Dieu se sont manifestées. Je passe sous silence ceux de ma connaissance, qui, par l'assistance de cet homme et par les discours persuasifs de son esprit, ont changé soudainement de conduite et ont mené une vie toute nouvelle v ensorte qu'étant adonnés auparavant à la vanité de ce monde, aux voluptés de la chair, et ne s'étant jamais montrés à leurs sujets que comme des loups dévorans, ils sont devenus, au grand étonnement de tout le monde, ennemis de la volupté, et doux comme des agneaux pour leurs sujets , et qu'ils avaient pleuré avec une vraie contrition leur vie précédente scandaleuse. Je n'ai jamais ouï dire à aucun de ceux qui l'ont connu, qu'il n'ait pas été l'auteur des ouvrages qui parurent ensuite sous le titre du Philosophe teutonique , en Allemand, en Anglais et en Latin. Car s'il en était autrement , il n'aurait pas été visité ici par tant d'étrangers , et il n'en aurait pas été prié de se rendre chez eux : car certainement il y avait parmi tout ce monde des gens qui possédaient l'esprit de l'examen , qu'il a pu convaincre de ses talens sublimes , et leur rendre raison de ses écrits : comme il l'a aussi fait, et tout ce qu'il a écrit, il l'a prouvé de vive voix, à ses auditeurs, avec une vertu et une force admirables.
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Lorsqu'il passa quelque temps chez le conseiller intime de l'Electeur, à Dresde, qu'il y écrivit, et qu'à cette occasion il était obligé de subir un examen ; un autre n'a sans doute pas pu ré* pondre pour lui. Que cet examen ait eu lieu , c'est généralement reconnu. On trouve aussi dans le Diario du Bourguemestre Bartholomée Sculter, fameux mathématicien et théosophe , qu'en l'an t6i3, jul. 26, Jacob Boehme, cordonnier, demeurant entre les portes derrière le maréchal de l'hôpital , avait été mandé devant le magistrat , qunl avait été interrogé touchant sa croyance enthousiaste, qu'il avait été retenu en prison, que son livre écrit in-4* A avait été apporté par le sergent de la ville , et qu'ensuite il avait été mis en liberté avec l'ordre «de ne plus se mêler d'écrire. On y lit encore, que le 3o juillet, Jacob Bœhme, le cordonnier, avait été appelé dans le presbytère du premier prédicateur Richter, où il subit un examen sévère sur sa profession de foi ; et que déjà bien avant ce même prédicateur avait tonné du haut de la chaire contre lui, en parlant du faux prophète de l'Evangile.
On voit donc par là , que dans aucun temps on n'a pris un autre que le cordonnier pour le soidisant enthousiaste , et pour l'auteur du livre appelé C Aurore; et qui, à ce que j'ai appris dans d'autres endroits, a été envoyé, par notre Magistrat, à Dresde, à un endroit sûr. Je lis encore dans les annales de l'ancien Bourguemestre , Jean Emmerich 1 les paroles suivantes , l'an i6a4 9 le 7- 17 novembre mourut le cordonnier, que Grégoire
Richter a souvent et beaucoup calomnié , mais ce que le cordonnier avait assez réfutée il aurait mieux valu le laisser tranquille, cette affaire a fait peu d'honneur à Richter, etc. H aurait sans doute beaucoup mieux valu , que le prédicateur eût laissé tranquille le cordonnier , dont je n'ai jamais rien appris de malhonnête il n aurait pas eu besoin,, pour sauver sa réputation, de faire une apologie contre ses calomnies , et de publier la propre honje du pasteur ».
Maille prédicateur Favak lait connaître au public par le moyen des langues médisantes , et avait dû contribuer à son honneur auprès des personnes impartiales, et cela A $i>n propre désavantage. Çrejf^ du vivant de JacoLi Boahme , il n'y a vait per> sojme qui ne le regardât comme l'auteur véritable et unique, ou pour le vrai instrument des livres •en question : ce ne fut qu'après sa irior* que le monde nouveau postérieur, qui ne lavait pas connu, se plut à tirer en doute k& connaissances sublimes d'un homme, simple* : x
Mk 4^ ra ^ am de Frapkenberg a (ait une courte i notice de la vie de 1 auteur, ainsi que la liste de
fous ses ouvrages y en latin, et a remis le tout à un de ses amis, qui renvoya, l'année suivante, en i65ô , à Amsterdam > après lavoir traduit en Allemand , pour un desesamis : cette vielut ensuite ajoutée aux ouvrages qui parurent y mais à l'insu de l'auteur qui , s'il avait su qu'elle aurait le sort d'être imprimée , l'eût mieux travaillée , ajouté ou retranché , et aurait peut être supprimé les grands secrets de la personne, qui lui étaient particuliè*
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rement connus. Les ouvrages qui rendent témoignage de l'homme secret et de lame de Dieu , c'est-à-dire ses ouvrages connus en différons endroits , sont assez décriés par leurs adversaires.
Lan 1639, Abraham Wilhemson van Beyerland , citoyen et négociant d'Amsterdam, a traduit ces livres avec beaucoup de soin et avec une grande application dans sa langue maternelle, c'est-à-dire en Hollandais , et les a fait imprimer à ses frais et à ses dépens, lesquels écrits j'avais, pour la plupart, vus dans les années 16*4 et j6s5, et les années suivantes entre mes mains avant qu'ils partissent pour la Hollande. Les manuscrits de l'auteur, ou la plus grande partie de ses manuscrits les plus importans, se sont retrouvés , il y a onze ans, lors de mon retour d'une absence de a5 ans , dans la succession d'un de mes anciens amis : son cousin, un jeune homme, les avait remis à un autre jeune homme , et celui-ci les vendit à un marchand de Lauben 3 ou 4 écus, qu'il n'avait jamais reçus. Ce marchand les offre maintenant pour 1 00 ducats , et les a pour cet effet déposés à Leipsik. J'avais pris des mesures pour les sauver des mains indignes , ou pour les sauver de la destruction ; mais peut-on arracher quelque chose d'un avare?
Il n'existe plus aucun cfes fils de Jacob Bœhme Le livre du jugement dernier n'existe plus, il a été la proie des flammes à Gros-Glogau. Celui des dernier* temps, que je n'ai pas encore, j'espère le trouver en Silésie. F
Gœrlitz, le ai février 1669.