LIVRE IV
« le secours des lettres. Il est donc nécessaire que la
« gnose, ou, si vous aimez mieux, la sagesse, s'exerce jus-
« qu'à ce qu'elle se transforme en un état de contempla-
« (ion éternel et immuable 1. La fausse gloire est étran-
« gère au gnostique comme la vérité lui est propre et
« familière (^v'ç-jyo;) 2. Car la vraie science que possède
« seul le gnostique est une compréhension ferme qui s'é-
« lève par de vraies et solides raisons à la connaissance
« de la cause". En effet, la connaissance et la compré-
« hension des choses perceptibles seulement à l'intelli-
« gence peut à bon droit être appelée science immuable,
« et elle a un double objet. D'une part, elle contemple le
« monde divin : quelle est la cause première, quel est
« Celui par qui tout a été fait et sans lequel rien n'a été
« fait, quels rapports soutiennent entre elles les choses
« divines , leur ordre , leur puissance , leur ministère.
« D'autre part, elle a pour objet l'étude des choses hu-
« maines : quelle est la nature de l'homme, ce qui est con-
« forme ou contraire à sa nature ; comment ri doit agir ou
« pâtir; en quoi consistent ses vertus et ses vices, ce qui
« est pour lui bien, mal ou indifférent; tout ce qui se rap-
« porte au courage, à la prudence, à la tempérance et à
« la justice, c'est-à-dire à la perfeciion même de la vertu \
« La gnose est la contemplation des essences, d'une ou de
« plusieurs, ou de toutes ensemble si elle est parfaite. Car
« bien qu'on dise que le sage est convaincu ne pas com-
« prendre certaines choses dont il sait seulement qu'il ne
« les comprend pas, le gnostique dont je parle comprend
1 Strom.VI, 7, p. 771. Clément, qui identifie iei \a.sage$se et la gnose, ies distingue ailleurs comme la partie du tout. (Cf. Str. VII, 10, p. 861 sq. )
2 Ibid. VI, 16, p. 816.
3 Ibid. VI, 18, p. 825.
4 Ibid. VU 3, p. 838.
« ce qui semble incompréhensible aux autres, parce qu'il
« croit que rien n'est incompréhensible au Fila de Dieu, « et par conséquent rien dont il ne puisse être instruit par « ce maître divin. Il est raisonnable, en effet, de croire « que Celui qui s'est livré à la mort par charité pour nous « ne nous cache rien de ce qui produit la science gnosti- « que1. Ainsi le gnostique puise dans renseignement di- « vin l'intelligence vraie et sublime de toutes choses -. « Car de même qu'il y a un médecin parfait, un philo- « sophe parfait, il est à croire qu'il y a aussi un gnostique « parfait. » Quant à la fin que doit se proposer le gnostique, Clément ne veut pas qu'il en ait d'autre que la gnose elle-même. Au gnostique fermement établi sur la base de la foi3, doué d'intelligence et de perspicacité, il ne convient pas de rechercher la science de Dieu pour quelque récompense, dans le but, par exemple, d'obtenir tel ou tel avantage particulier, mais la fin de la contemplation doit être la contemplation elle-même. «J'oserai même dire, c ajoute Clément, que celui qui aspire à la gnose pour « acquérir 'la science divine ne la recherchera pas précic< sèment dans l'intention d'être sauvé. Car, par l'exercice, l'intelligence devient une habitude, et comme coni- « prendre toujours sans ralentissement ni interruption est « le propre du gnostique, cette contemplation permanente « devient en lui une substance vivante. C'est pourquoi, « supposé que par impossible la connaissance de Dieu et « le salut éternel fussent séparés comme ils -ont unis, et « qu'on mit le gnostique dans l'alternative de choisir » l'une nu l'autre, il n'hésiterait pas ;• choisir la connais-
1 Slrom . 1' /. S. [i, 77.).
L' Ibid. Y II, 11. p. 867.
'' Pmdag. 1 . 6, p. L16.