LIVRE IV
« Eglise, la même tempérance, la même modestie à prati- « quer, des aliments communs, un même lit nuptial ; enfin « l'ouïe, la vue, comme la connaissance, l'espérance, l'o- « béissance, la charité, tout en eux est de même nature. « Or, ayant une même vie, une même grâce, un même « salut, ils doivent avoir aussi un même amour et une « éducation commune l. Aussi, dit-il ailleurs, l'Église en- « tière est remplie de femmes aussi bien que d'hommes « vertueux qui ont passé leur vie à méditer cette mort qui « fait vivre au Christ. Car celui qui embrasse la religion « chrétienne peut être philosophe sans le secours des let- « très, qu'il soit Barbare ou Grec, esclave ou vieillard, en- « tant ou femme — Il y a pour l'homme comme pour la « femme, pour le libre et pour l'esclave la même obliga- « tion de pratiquer la tempérance, la justice et les autres « vertus semblables, puisqu' ayant la même nature ils sont « capables de la même vertu 2 et de la même perfec- « tion3. «
Ces paroles, qui ne sont du reste que le commentaire de la doctrine de saint Paul touchant l'universalité de la vocation au salut % seraient inconciliables avec les textes produits plus haut, si la gnose de Clément était de même nature que la science stoïcienne. La gnose n'est donc pas àproprement parler une science dans l'acception ordinaire du mot : elle ne s'obtient pas par les procédés qu'emploie naturellement l'esprit humain dans la recherche des vérités naturelles, ou du moins, ces procédés, quoique pouvant être utiles, ne sont pas indispensables à son acquisition. Elle est
i Pxdag. I, 4, p. 103.
s Strom. IV, 8, p. 590.
3 Ibid. IV, 19, p. 617 : TaÛTvjs t/j,- TcÀctirr/TO,- eÇeaviv en ïsriç (ikv àvopl, en' iV/js Sk y.xï ywocuti /jLSTsùiuêeîv.
'* Gai., III, v. 28 : Non est Judxus, neque Grœcus : non est servus, neque liber : non est masculus, neque femina.— Ci. Rom., X, 12; I Cor., XII, 13.
donnée directement par le Verbe incarné, précepteur et sanctificateur de l'homme, et l'homme se l'approprie en soumettant son esprit par la foi, et sa vie par les œuvres, à l'enseignement et à la grâce du Rédempteur. « Ainsi, dit « Clément, croire seulement et être régénéré, c'est la per- « fection de la vie. . . Et celui qui a été régénéré (par le bap- « terne) et illuminé, comme le mot l'indique, est délivré des « ténèbres, et de ce moment il est dans la lumière... Les « liens de l'ignorance sont bientôt rompus, d'un côté par la « foi de l'homme, de l'autre par la grâce de Dieu, puisque « les péchés sont remis par le seul médiateur qui puisse « assurer le salut. Par le baptême du Verbe, nous lavons « tous nos péchés, nous n'avons plus rien de mal en nous. « C'est là la grâce unique qui nous éclaire et qui fait « qu'après notre baptême nos mœurs ne sont plus ce « qu'elles étaient avant 1. »
Enfin, voulant prévenir les interprétations malveillantes que des esprits prévenus pouvaient faire de ce qu'il disait en faveur de la philosophie et des sciences humaines. Clément s'explique en ces termes remarquables : « Que si, « pour prévenir des interprétations de gens toujours prêts « à blâmer, il est nécessaire d'expliquer comment nous « entendons que la philosophie , ayant pour objet la « recherche de la vérité, est cause partielle et coopérante « de l'intelligence de la vérité -, nous déclarons qu'elle « est, il est vrai, à nos yeux, un exercice préparatoire à la « gnose, mais non pas une cause telle que, sans son con- « cours et son aide, Ton ne puisse atteindre la vérité, et que, « par conséquent, il n'y ait pas de vérité connue sans la
[ Pedag. \, 0, p. 113-H6.