LIVRE T
taient en possession de la gnose , apanage exclusivement propre aux natures pneumatiques. Cette distinction leur donnait toute liberté, et leur livrait sans défense le canon des Écritures reçu par l'Église. Ils pouvaient, de par leur science supérieure, le modifier et l'interpréter à leur gré, et selon les exigences de leurs systèmes, fabriquer sans scrupule des évangiles nouveaux, supprimer en tout ou en partie les faits qui ne se laissaient pas plier à leurs interprétations arbitraires, et autoriser du nom de Jésus-Christ ou de quelques-uns de ses apôtres les dogmes les plus contraires à son enseignement.
Telle fut en effet leur méthode. « Les Gnostiques, dit Clément, comme des écoliers pervers qui chassent leurs maîtres, éloignent de leurs églises les prophéties toujours suspectes à leurs yeux, parce qu'ils en craignent les réprimandes et les avertissements j. La prétendue évidence qui sourit à leur raison particulière, ils la préfèrent constamment aux oracles du Seigneur parlant par la bouche des prophètes, aux vérités de l'Évangile et au témoignage par lequel les apôtres les ont confirmées 2. Lors même qu'ils veulent bien admettre les livres des prophètes, ils ne les admettent pas tous, ni chaque livre dans son intégrité, ni avec le sens que réclament le contexte et l'ensemble de la prophétie. Ils cherchent au contraire quelques termes équivoques, les interprètent selon leurs idées, prennent des mots isolés et ne s'occupent pas du sens des expressions, mais seulement du son matériel tel qu'il se présente 3. »
i Strom. VII, 16, p. 891.
* Ici. ibicl., p. 892.
3 là. ibid., p. 891. — Cf. Slrom. III, 4, p. 528 : Dicunt enim scriptum esse Malach., III, 15), Deo restiternnt et salvi facti sunt : illi autem (Gnostici) Deo impudent! addunt.... et hoc ad salutem conferre existimant quod creatori résistant.
On peut se former une idée de la manière dont ils dénaturaient les expressions de l'Écriture, quand elles ne s'accordaient pas avec leurs systèmes, par l'interprétation que donnait Héracléon, le plus renommé des disciples de Yalentiri l, du (exte de saint Jean : Tout a été fait par lui, et rien n'a été fait sans lui. Tout a été fait par lui ; cela veut dire : tout, excepté le monde. Rien n'a été fait sans lui; rien signifie le monde avec tout ce qu'il contient-. Les chrétiens qui se croyaient le droit de réclamer contre une exégèse si extravagante étaient impitoyablement relégua dans la catégorie des animiques. Ils ne comprenaient pas parce que leur nature les condamnait à la simple foi et ne comportait pas la science :l.
Ainsi la gnose qui par sa nature échappait au contrôle de la raison était pour le même motif indépendante de la foi et supérieure à elle. Tout en maintenant ses prétentions à une origine divine et chrétienne, elle regardait les Écritures et la tradition de l'Église comme une expression incomplète de l'enseignement du Verbe, comme une lettre morte, comme une enveloppe qui, sous le voile des mots, cachait des vérités et des mystères dont le pneumatique seul avait le secret. En dernière analyse, les Gnostiques comprenaient le christianisme comme Philon et la cabale
1 Strom. IV, !», p. 595.
2 Omniaper ipsum farta stuit, omnia mundo e&cepto et que in ipso sunt.— Et sine eo factum est nihil connu, scilicel que sunt m mundo et creation<
lui acir lait le néant du monde de la création. Héracléon jouait sur les mois -v.vTx et qù$3 Èv. Le jeu de mois ne peut se rendre en français. — Voici une autre interprétation du même Héracléon, conservée comme la précédente par Origène : Quod factum est in ipso oita; in ipso voulait dire, d'après Héracléon, dans le* hommes pneumatiques ; de sorte qu'il en résultait l'unité essentielle du Verbe et des pneumatiques. Fr»0. comment. Heracl. m s. Joann. Evang. apud Massuet. Opp. Irenm. Appendix, p. :s<i2, 303.)
:1 Ce proci dé expéditif est aujourd'hui enoore a L'usage de poa adversaires rationalistes et en particulier îles mythologues allemands. Pour croire aux miracles, disent-ils, il faui être privé .)■- la facuUif critiq