‹ Clément d'AlexandrieChapitre 45 sur 226 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

« qu'elles sont superflues, et ne peuvent que nous fatiguer « sans fruit et nous arrêter à des soins inutiles au salut. « D'autres vont plus loin : ils prétendent que la philoso- « phie s'est introduite dans la vie pour le malheur et la « perte du genre humain, et qu'elle est une invention « diabolique. Pour moi, partant de ce principe que le mal « est essentiellement funeste et ne peut jamais, par lui- « même, produire de bons fruits, je montrerai dans tous « mes livres des Stromates qu'il n'en va pas ainsi de la « philosophie et qu'elle est, elle aussi, l'œuvre de la divine « Providence \ »

Ce début pose nettement la question et indique à l'avance la manière large et ferme dont Clément va procéder contre ses adversaires. Pour établir sa thèse en faveur de la philosophie et des sciences humaines, il remonte jusqu'à l'origine des choses et aux pensées de Dieu clans l'œuvre de la création 2.

Saint Paul, arrachant le christianisme aux idées étroites de quelques chrétiens judaïsants, en avait défini l'universalité et rattaché l'origine aux décrets éternels de Dieu qui doivent s'accomplir clans la plénitude des temps par le Christ, principe et terme de la vie et de l'histoire du genre humain. « Toutes choses sont de lui, en lui et par lui. Tout « est pour vous, vous pour le Christ, le Christ pour Dieu. « Dieu sera tout en toutes choses 3. » Par ces principes aussi précis que féconds, saint Paul embrasse dans une vaste synthèse et fait converger vers le christianisme comme

1 Strom. I, 4, p. 326.

2 Ibid. IV, 1, p. 564. — Ibid.I, 1 : «Nous prendrons pourpoint de départ la création du monde, et pour guide la sainte et glorieuse tradition; » et Str.'IV, 1 : «La théorie de la nature conforme aux règles de la vérité ou, pour mieux dire, l'initiation aux secrets de l'univers, qui s'acquiert par la tradition gnostique, s'élève de la théorie cosmogonique à la contemplation de Dieu. »

3 II Éphes. I, 4 ; Tit. I, 3 ;— I Tim. II, 6.

Se CLÉMENT D'ALEXANDRIE.

vers le centre des décrets divins le passé de L'humanité et ses destinées futures; il détermine la place de la gentilité et du judaïsme dans l'économie du plan divin et pose les bases de la véritable philosophie de l'histoire.

( îlément se place au point de vue de l'Apôtre des nations, s'inspire de son esprit et développe ses grands principes. Le plan de la création, dit-il, dans son ensemble comme dans ses détails, a été combiné pour le salut universel par celui qui est le maître universel. La gloire de Dieu manifestée par le bonheur et le salut des hommes, tel est le terme suprême, la raison déterminante de la création. Car Dieu est essentiellement bon. Faire le bien est sa nature, comme c'est la nature du feu d'échauffer et de la lumière d'éclairer l. Seulement Dieu produit le bien librement, tandis ([ue le feu obéit à une aveugle nécessité2. Principe unique de toute existence, Dieu est la cause première de tous les biens. Toute vérité, toute bonté, toute vertu, tout bonheur découlent de la bonté divine comme de leur source,

Puisque l'existence de l'homme n'a de raison d'être que dans la bonté divine, puisque, par suite, le salut du genre humain est le motif de la création, il doit y avoir entre la création et le salut un rapport non d'opposition, mais de subordination et de fin. Mais Dieu ne s'est pas contenté de vouloir le salut du genre humain dans l'œuvre de la création. Bon par essence, si Dieu venait à cesser de faire le bien, il cesserait au même instant d'être Dieu, parole qui serait un monstrueux blasphème :{. Il joint son action providentielle à l'action des causes créées qu'il dirige jusque dans les moindres détails '•. Car à quoi servirait une bonté

i Strom. I, 17, p. 809.

» //>•./. Vil, f, p. 855.

3 Ibid. VI, 16, p. 813.

•■ Ibid. r, 11, p. 946-H47.

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