LIVRE II
admettant le principe évident que tout ce qui est vraiment bon et utile vient de Dieu, et qu'en ce sens la philosophie est un bienfait de la Providence, il restait toujours à déterminer la manière dont Dieu avait accordé ce bienfait aux Grecs. La philosophie était-elle, comme l'Ancien Testament, le fruit d'une inspiration positive et surnaturelle, ou bien fallait-il voir en elle un don de Dieu au même titre que l'existence et la raison?
Clément, dans l'intérêt de sa thèse en faveur de la philosophie, ne pouvait éluder cette question soulevée longtemps avant lui et résolue à son époque dans des sens fort différents, sinon tout à fait contraires. Il indique d'abord les diverses solutions qui avaient cours de son temps.
Les uns lui donnaient une origine toute naturelle : la philosophie était fille de l'esprit humain l. C'était l'opinion communément adoptée par les Grecs, qui se regardaient comme les inventeurs des arts libéraux , des diverses sciences et en particulier de la philosophie.
Les autres, principalement parmi les juifs et les chrétiens, donnaient à la philosophie une origine surnaturelle. Mais ici encore les explications étaient différentes. Un grand nombre s' autorisant d'un passage de la Genèse, interprété par le livre supposé d'Enoch2, prétendaient que, parmi les esprits célestes, les uns s'étant abaissés à de honteuses voluptés avaient révélé aux femmes, dont la beauté les avait séduits, les mystères divins et tout ce qu'ils avaient appris dans leur premier séjour. Quelques autres croyaient que la philosophie devait son origine à l'enseignement de puissances secondaires qu'un décret antique et divin 3 avait
1 Strom. VI, 8, p. 773.
■ ïhid. V, 1, p. «350. — Ci'. Pott. in hune locum.
Exod. LXX, 28,
commis à la garde et au gouvernement des peuples 1. D'autres, comme nous l'avons dit, la faisaient venir directement du démon. Quelle était sur ce point l'opinion de Clément?
i Strom. VU, l, p. 832.