‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 1 sur 145 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

En s'imposant au monde comme une vérité divine, surnaturelle et obligatoire, l’Évangile a soulevé une question que l’on trouve mélée à tous les événements et présente à toutes les époques de l’histoire des sociétés chrétiennes. Cette question, sous la diversité des noms qu’elle reçoit ou des formes qu’elle revêt, cache un problème unique dont la solution a préoccupé les plus grands esprits de tous les siècles. A voir la manière dont il se mêle aujourd’hui encore aux luttes des chrétiens contre les incrédules et aux débats intérieurs des catholiques entre eux, il est évident que ce problème est le nœud des choses divines et humaines, et implique des intérêts qui survivent à tous les temps et à toutes les transformations.

Ce problème consiste à déterminer les rapports de l’ordre naturel avec l’ordre surnaturel, la part et les droits respectifs

Il CLKMENT D AI.EXANDRIE.

di* la foi et do la raison, de rautorité divine et de la liberté humaine dans le triple domaine de la religion, de la science et de la politi(|ue.

Il comporte trois solutions.

La pnnnièro solution consiste à nier le premier terme du problème, c’est-à-dire l’ordre surnaturel. Elle considère la religion, non comme un fait divin et surnaturel, mais comme un phénomène humain et naturel; non comme une institution d’origine divine, mais comme un produit de la pensée et de l’activité humaine.

La seconde réponse au problème tend à supprimer ou, au moins, à déprimer l’ordre purement naturel en refusant à la raison humaine , en dehors de l’enseignement direct et surnaturel de Dieu, toute autorité comme principe et règle de croyance et de conduite.

Entre cos deux solutions extrêmes qui appartiennent au rationalisme et au fidéisme, si' place une solution moyenne (|ui, admettant comme un fait incontestable l’existence de deux ordres de choses en ce monde, l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, cherche à déterminer les différences qui les séparent, les affinités qui les rapprochent, et le lien commun qui les unit sans les confondre.

Cette dernière .solution, consacrée par les définitions de rÈgli.sc, est celle de tous les grands théologiens catholiques. Elle est en particulier celle de Clément d’Alexandrie, dont ,1a théorie a ouvert la voie et servi de guide aux docteurs

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chrétiens qui ont traité, depuis seize siècles, la question délicate et épineuse des rapports de la foi et de la raison.

Clément, disciple de saint Pantène et maître d’Origène, l’une des gloires de l’illustre école d’Alexandrie, à laquelle il semble avoir, le premier, imprimé une direction puissante, peut être considéré comme le Père de la philosophie chrétienne. Il fut en effet le premier docteur chrétien qui nonsfïulement fit usage de l’érudition profane etde laphilosophie grecque dans l’exposition et la défense du christianisme, mais qui, de plus, insista sur la nécessité d’unir la foi aur la raison, la théologie avec la philosophie, la n-ligion avec la science, et chercha îi définir les conditions et les avantages de cette union.

Sous ce rapport, l’étude des écrits de Clément d’Alexandrie est d’un intérêt tout particulier dans les circonstances présentes. On y voit que les controverst's si vives (pii agitent et partagent aujourd’hui les esprits ne sont ni nouvelles ni propres à ce temps; qu’elles se sont produites avec éclat dès le ir siècle de l’Église', et que, sous des noms différents, il est facile d’y reconnaître les mêmes hommes et les mêmes doctrines.

Notre travail n’est donc pas une œuvre de pure érudition historique. C’est pour répondre à des besoins présents, pour résoudre des questions contemporaines, que nous nous .sommes proposé d’exposer la doctrine et la polémique de Clément d’Alexandrie.

CLEMKN- r IVALEXANDHIE.

Cetto doctrine, pour être bien comprise, exige que l’on n’ignore ni les causes qui l’ont pr<?par6c, ni les circonstances et les besoins qui l’ont produite. C’est à quoi nous avons consjicré le premier livre qui fait connaître Cliîment, ses maîtres l't ses adversaires. Vient ensuite, dans les quatre livres suivants, l’analyse raisonnée de ses principes sur la philosophie. sur la foi et sur l’union de la foi et de la raison, d’où la gnose. En (in. dans une conclusion, nous avons essayé d'apprécier cette doctrine dans son ensemble, dans ses ^'•sultats historiques et dans .son application pratique à. l'apologie contemporaine du christi.uiisme.

Tel est le plan .sommaire de cet ouvrage. Quant à son but, il est sufTisamment indiqué par le principe qui lui sert d’épigi-aphe, et qui est emprunté à Clément :

« C’est le fait des mêmes hommes de mépriser la philo- « Sophie, et d’attaquer la foi, de louer l’irijiKstice et de placer • le bonheur dans l’asservissement aux passions. »

\oici l’imlicaiion <les soutces où noos avons |)uisé, et des aiitein-s iine nous avons consultés. .Nos lecttairs pourront y trouver un nioyeti de contrôler nos [iropres jugements, et de |)énétrer (dus avant <)u’il ne nous a été donné de le faire dans 1 etuüe de la ipiestion et dans la doctrine de notre illustre auteur.

Clemenliü Opéra f]uæ e.vlant, ncognita et iïluetrata per Joan

m'M» Pattimvi. rpierxtpum Ü-ronirn.çrm. Oxonii, 1715.

PKK FACE.

‘2^ .!;»anc<i J uatini philosophi et martyrù Opéra etc. Lutctiæ Parisiorum, ltil5.

*ÇanrK Imwn 'adrmtis i\»reses Libri T... Parisiis, 1710. — Avec la savante dissertation de D. Massuet.

4* Ap^ara/u« ad BihUothecam maxtmarn V'denim Fatrum, etc.; opéra et studio D. Nicolas Le Nourry. T. I. Pariaiis, 1703.

5* Patris Gothefridi Lumpur... Hutoria trium pn'm. scuc»*i. et virontm doctissim. Pars IV et V. Augustœ Vindelicorum, 1787.

t>* Histoire générale des auteurs sacrés <*t ecclésiastiques... par D. Kemv Ceillier. t. II. Paris, 1730.

7* La Patrologie ou HwlotVc littéraire des trois premiers siècles de l'Église chrétienne... par Jean Mœliler, traduite de l’allemand par Jean Cohen, t. II. Paris, 1853.

8* Bossuet. — Œuvres complètes. Tradition des nouveaux mystiques.

9* Ce que Clément d'Alexandrie et son école entendent par gnose, où Bes~ sources queVdme trouve : 1* dans Tordre naturel, et 2® dans Tordre surnaturel pour s'élever à Dieu. Par le P. Speelinan. Dans la Bevue de Louvain, livraisons de juin, juillet et août 1855.

10® Histoire du dogme catholique pendant les trois premiers de

l'Église, et jusqu'au concile de y^icée, par M. Tabbé Ginoulhiac, 2 vol. Paris, 1852.

Il® £ssai sur la polémique et la philosophie de Clément d’Alexandrie par l'abbé Hébert Duperron. Paris, 1855.

12® Cour# d'hi#to*r« ecclésiastique, par l’abbé P. S. Blanc. T. I, Paris, 1853.

Parmi les auteui's proteslanls ou rationalistes, nous avons consulté entre autres :

1® Bissertatio historica de vtta et scriptui Clctnetdis Alexandrini. Auct. Joanne et Freder. Tribbechovio. Halo? Magd., 1700.

2® De Schola qtt* Alexandrie fîoruit catecheiica Commrn^rttio /lii/oWca et lheologica. Scripsit Ilenricus Ern. Ferdin. Guerike. Halis .Saxonum, 1825.

ÎP De yvtûset démentis A/arandWni et de vestigiis nrop/otoniV#? phiïosophig in ea ohviis Commentatio historica thcologica. Scripsit Aug. Ferdin. Doebne. Lipwi», 18.31.

1® démentis Ale.randrint tliroiojiaî inorab.î copitomm sriectorum particule. Commentatio academica quam scripsit Hermannus Reuter. Berolini, 18.53.

5® Clementis Alrxandrim de Ar/wt Dovtrina. Scripsit Hugo Laemmer, Lipsiæ, 1855.

VI OLEMliNT D’ALEXANÜRIE.— PREFACE.

6’ Hitluire de la philosophie chrétienne, par Ritter, traduction françaiae, Paris. ,

7* Histoire de l'École d'Ale.candrie, par M. Jules .Simon. Paris, IRJ.'i.

8” Histoire critique de l'École d'Alexandrie, par M. Vacherot. Paris, 1847.

Plusieurs autres auteurs moins importants seront indiqués en leur lieu dans la suite de l’ouvrage.

Nous regrettons qu’il ne nous soit pas permis de nommer les maîtres bienveillants dont la science et les conseils nous ont rendu possible un travail au-dessus de nos forces. Nous les prions du moins de recevoir ici le témoignage public de notre profonde et religieuse giatitude.

Paris, Fétc c!c tous les Saints, 1858.

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