‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 133 sur 145 · LIVRE T · texte numérisé non relu

LIVRE T

jue par le secours et à. la suite du Christ. C’est ainsi que l’a ■ompris Ritter lui-même dans son Histoire de la philoso- )hie chrétienne^.

Il y a plus d’analogie, il le faut reconnaître, entre les lutres passages comparés par Doehne. Clément enseigne 1 est vrai que le Verbe en tant que Fils n’est pas absoluiicnt un comme le Père considéré comme premier principe, et sous ce rapport, il y a une certaine ressemblance (le langage entre lui et Plotin. Mais, outre qu’il n’y a rien dans les expressions du docteur alexandrin qui ne puisse être interprété dans un sens rigoureusement orthodoxe*, on n’est en droit d’en conclure ni que Clément ait été le disciple d’Amrnonius Saccas, ni que sa conception du Verbe ait rien de commun avec l’Intelligence de Plotin.

Il ne suflit pas, en effet, de signaler quelques analogies verbales pour prouver l'identité et la parenté réelles des <loctrines. Or, en allant au fond des choses, on trouve que ITn et l’Intelligence de Plotin sont essentiellement diff(^ronts du Père et du Verbe de Clément d’Alexandrie.

L’Cn de la trinilé néoplatonicienne, nous l’avons dit, n'est ni être, ni intelligence, ni volonté : loin d’être toutes eboses, on ne peut pas dire (ju’il est quelque chose. Le Père de la Trinité de Clément est une substance divine, il a la plénitude de l’être, il est toutes choses * ; il a la plénitude de l’intelligence, il connaît tout; il a la plénitude de la puissance et de la volonté, il a tout créé. Quel rapport peut-on établir entre ce Dieu vivant et l’unité abstraite de Plotin?

L’Intelligence, seconde hypostase de la trinité néoplato-

* Apud Laemm.. Op. p. 50.

* Mgr Ginouilbac, Hist. du dogviecath., (. Il» liv. \ et xii.

* ii i>v7erf> Mii»’ ht wv rü TTfcvTsf, /. T. À. (Prdag.. 1,9, et I li, 12.

ilicienne, sort de Tabstraction du premier principe, elle possède l’ètre et l’intelligence ; mais, d’une part, elle n'a aucun rapport avec le monde qu’elle ne connaît pas et qui n’est pas son œuvre; et, d’autre part, elle est complètement séparée de l’Un et lui est inférieure Le Verbe de Clément, non-seulement connaît le Père, mais il connaît et gouverne le monde qui a été fait par lui; il est distinct du Père sans en être jamais séparé ; il lui e.st égal par nature et véritablement consubstantiel. Doclme cite, il est vrai, à l’encontre, après le P. Petau, un passage où Clément dit, en parlant de l’excellence du Verbe divin : « Très-parfaite, très-sou- « veraine, très-dominante et très-bienfaisante est la nature « du Fils qui est très-intimement unie au seul Tout-Puis- « saut »

« Mais n’est-il pas évident, répond Mgr. l’évêque de Grenoble, qu’en ce passage le savant docteur n’entend point, par le mot de nature du Fils, la nature en général, en l’opposant à la nature du Père, mais la nature en tant qu’elle est propre au Fils? Et, sous cet aspect, n’est-il pas vrai de dire qu’elle est intimement unie à Dieu le Père, et qu’elle ne se confond pas, n’est pas absolument un avec lui? Sur quel motif prétcndrail-on que Clément d’Alexandrie n’a pas pu prendre le mot nature en ce sens relatif, tandis que tant d’autres auteurs orthodoxes l’ont fait?

« Si l’on en juge par l’ensemble de sa doctrine, est-il possible de douter que Clément d’Alexandrie ait enseigné la consubstantialité, l’unité du Père et du Fils et au-ssi l’unité parfaite delà nature divine?... Veut-on juger du moins du vrai sens de ce passage par la suite de son discours?

* Cf. Jules Simon, Hist. de VÉcolt d'AUx » t. I**, ch. iii,

• TeXiWTetnq ^ wtl ce^tor^rr., xxt Tbv f^tç, éi Ty

rr/eosfpfiTrccri;. (Sirom. F/I, 9, p. 831.)

Page 1