‹ Clément Marot et le Psautier Huguenot (volume 2)Chapitre 162 sur 177 · LA TIERCE PARTIE · texte numérisé non relu

LA TIERCE PARTIE

Le maistre. As tu congnoissance des dix préceptes de la Loy?

Lenfant. Ouy.

Le maistre. Récite les.

Lenfant. le suis le seigneur ton Dieu, etc.

Le maistre. Que signifient ces parolles : le suis le seigneur ton Dieu, etc.?

Lenfant. Elles nous dénotent que nous ayons vn vray Dieu en toutes choses pour noslre Dieu et autheur de nostre salut, et nous alteudions tout ayde de Iuy.

Le maistre. Pourquoy deffend il d'auoir aultres dieux, et pourquoy osle il les images lesquelles on a de coustume d'adorer?

Lenfant. Pour ce. que nostre nature est deprauée, et quelle n'attend point tousiours ayde et consolation de Dieu, mais d'aultre part, et tasche de playre à Dieu par choses externes el signes, en délaissant la vraye foy, laquelle debuons auoir eu Dieu.

Le maistre. Tu dys bien, el pour cesle cause on deffend principalement ces deux choses, car auecques labolilion des dieux Ion osle aussi ladoration l'aulse et seruice diceux. Pour ce mets toy tousiours deuant les yeux ce vray Dieu, et adore iceluy en tous lieux dun vray et Iranc esprit. Mais que sensuil il après?

Lenfant. Tu ne iureras point faulsemenl par le nom du Seigneur Ion Dieu.

Le maistbe. Qu'est il icy requis?'

Lenfam. Que ie m'accouslume d'auoir en horreur pariurenient el loule chose par laquelle le nom de Dieu est deshonoré. Mais, au contraire, <|ue- ie m'efTorce de seruir on son sainct nom par tous les moyens (|ue faire pourray.

Le maistre. Cest hien dict; pourtant gardes loy deuant toutes choses que tu ne iures en vain ni faulsemeut, (jue tu ne parles mal, que tu ne mettes en auant propos legiers de Dieu et des ciioses saincles; mais loue le en toutes choses comme ton Dieu et autheur de ton salut. Poursuys le reste.

Lenkant. Aycs eu mémoire le iour du repos affin quil te soit sacré.

Le maistre. Qu'est il commandé en cecy?

Lenfant. Il nous est commandé que nous conuenions voluntiers en la congrégation chrestienne, et ijue nous nous adioingnions auec(jues toute diligence à sa parolle et sacremeniz.

Le maistre. Adonne toy tous les iours à cecy et mesmement sil est iour de repos. Passez oultre.

Lenfant. Ayes ton père et ta mcrc eu lioiiueur et reuerence.

Le maistre. Combien s'ettend ce commandement icy?

Lenfant. Que ie face honneur et seruice et obéissance à mes parens, au magistral, à mes précepteurs, et à tous ceux à qui ie suis commis.

Le maistre. Exerce tov en cecy, car en ce faisant lu apprendras à bien viure, et Dieu le donnera ^ie plus longue et tranquille. Que sensuyl il après?

Lenfant. Les commandemens de charité enuers ceux (jui nous sont conioinctz.

Le maistre. Quelz sont ilz?

Lenfant. Ne sois point liommicide. Ne sois point paillard. Ne sois point larron. Ne porte point faulx tesmoignage contre ton prochain.

Le maistre. Que deffendent ces commandemens du Seigneur?

Lenfant. Hz nous commandent de ne porter aulcun dommage à personne, soit en pensée, en parolle, en faict, ou omission de plaisir, et que ie ne l'ace iniure à son corps, à sa femme, à ses enfans, à ses biens ne à sa bonne renommée.

Le maistre. Par quelles parolles delTend il de ne faire iniure au corps?

Lenfant. Par celles icy : Tu ne seras point hoinmicide.

Le maistre. Par quelles liiiiure de la femme et des enfans?

Lenfant. Ne fais point paillardise.

Le maistre. Oir dcffend il la mauuaise renommée et existimation d'aullruy?

Lenfant. En disant : Ne porte point faulx tesmoignage contre ton proche.

Le maistre. Or si lu n'olTences [joint Ion prochain en aulcune chose (|ue

DU CALVIN. (ici)

ce soil, lit' en sa leiiiine. ne en se.s enlaiis, ne en .son bien |jarliciilier, ne en sa renomme'e, pense tu auoir garde tous ces comniandemens icy?

Lenf.\m. Neuny, mais ie luy doibs ayder de faict et de conseil, comme si c'esloit mon propre alTaire.

Le m.mstue. Il est ainsi; pource que lu laynieras comme toymesme. ()ue commande oiiltreplus ie Seigneur?

Le\fvm. Ne ronuoyte point la mayson de ton prochain.

Le maistre. Oue signifient ces parolles?

Lenfant. Que ne soyons touchez d'aulcun désir ou pense'e de mal.

Le maistre. Certes si tu aymes Dieu sur loutes ciioses et (on prochain comme toymesme, nulle cupidité ou cogilalion de mal ne le surprendra. Mais peuls lu paruenir en cesle vie présente en si grande perfection?

Lenfant. Nostre nature est si corrumpue quelle n'a aulcun bien; mais toute remission de péché et toute iustice viennent de Christ.

Le maistre. Mets doncques toute ta fiance en luy seul et demeure en luy, lequel ostc de toy la condemnation de la Loy, à laquelle lu ne scaurois iamais satisfaire. Iceluy aussi te vueille enflamber le désir et affection enuers sa Loy. Toutes ces choses te vueille donner nostre Seigneur lesus Christ, auciuel soil honneur et gloyre à iamais. Amen.

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