‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 105 sur 135 · ÈS · texte numérisé non relu

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De G. Franc

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le luy ay ton - du la main.

Une seule des vingt-sept mélodies adaptées par Franc aux psaumes qui en manquaient est fort belle; c'est celle que Bourgeois avait mise en i5/if2 au psaume li, et qu'il remplaça en 1 5 5 1 par une attire plus belle encore. On ne peut nier que Franc ait eu cette fois la main heureuse; mais là même il a fait preuve de manque de goût; il fallait laisser au li la nouvelle mélodie et mettre l'ancienne au lxix ; Franc a naturellement fait le contraire.

Des cinq airs qu'il a substitués aux plus médiocres de Bourgeois, trois

Voir pour les réminiscences le psaume xxiv de l'édition de Genève i5/ia.

(xxix, lvii, cxxxn) valent à peu près ceux-ci; un (xxvn) est bien inférieur; un seul (xvn) nous paraît préférable, malgré son étrangeté.

Enfin, parmi les quatorze mélodies qu'il a substituées à celles du continuateur de Bourgeois, deux sont moins bonnes (eu, cl), dix autres médiocres (liv, lv, lvi, lxxv, lxxxiii, lxxxv, xciv, evi , cxli, cxlvii), et deux (xlviii et cxlviii) moins triviales que celles qu'il a remplacées.

Ainsi Franc n'a guère amélioré le travail qu'il s'est permis de corriger; il l'a même le plus souvent gâté.

S'il n'avait point remanié l'œuvre du continuateur de Bourgeois, nous pourrions, connaissant la trop liante idée qu'il se faisait de son talent, être tenté d'en inférer, malgré le silence qu'il garde à ce sujet dans son avertissement aux lecteurs, qu'il est lui-même ce continuateur; mais il n'était pas homme à rejeter quatorze de ses mélodies sur trente-neuf. Ce remaniement est une nouvelle preuve que la musique génevoise des derniers psaumes de Bèze n'est pas de Franc.

Mais pourquoi parler d'un continuateur de Bourgeois? Pourquoi Bourgeois lui-même n'aurait-il pas achevé à Paris ce qu'il avait si bien commencé à Genève? A celle question il y a une réponse facile et péremptoire : Le caractère dominateur de l'homme qui présidait à l'achèvement du Psautier s'y opposait.

Ni l'art ni la liberté ne pouvaient fleurir, au xvi' siècle, dans la cité de Calvin. C'est l'amour de l'art, d'un côté, et l'amour de la liberté, de l'autre, qui privèrent Genève de la présence des deux immortels auteurs de notre Psautier. Bourgeois, «ce Palissy de la musique, qui n'a pas eu comme l'autre la gloire pour dédommagement, » (1) revint en France froissé des dédains de Calvin pour les psaumes harmonisés à quatre parties, dont il ne permit pas l'introduction dans le culte public; de même, Marot s'élail réfugié en Savoie, ne pouvant se plier au despotisme du réformateur. Calvin a parlé moins encore du musicien que du poêle: le nom de Bourgeois ne se trouve pas, paraît-il, dans ses œuvres; il leur gardait rancune à tous deux, les jugeait infidèles, oubliait leurs immenses services pour ne se souvenir que de Leur indépendance, qu'il considérait comme une révolte contre Dieu même.

W F. Bovet, HiHt. du Psautier, p. (">■>.

Quand même Franc ne dirait pas catégoriquement que les mélodies du Psautier genevois ont eu plusieurs auteurs, il n'y aurait pas lieu de supposer un instant que Calvin ait pu confier au fugitif Bourgeois la mission de mettre en musique les derniers psaumes de Bèze. 11 dut lui préférer même le plus inconnu, le plus incapable, à condition qu'il fût docile, et cette faute de l'absolutisme aboutit à un déplorable résultat. — Mais alors qui continua si malheureusement l'œuvre de Bourgeois?

En l'absence complète jusqu'ici de tout renseignement sur ce point, nous avons pensé un instant au Lyonnais Philibert Jambe-de-Fer et à Théod. de Bèze lui-même. Disons d'abord un mot du dernier.

Trois passages des Registres de la Compagnie des pasteurs, à la date du 3i octobre i5o,5 et du mois de mars 1697, nous apprennent que Bèze a composé la musique de certains cantiques [l\ et à ces deux dates correspondent deux éditions des Saincts cantiques recueillis tant du Vieil que du Nouueau Testament, mis en rime francoise par Th. de Beze.

De ces dix-sept cantiques, l'un, celui de Siméon, a conservé la mélodie ordinaire; sept autres ont été adaptés à des mélodies du Psautier qui n'ont subi aucun changement; enfin neuf ont des mélodies nouvelles, dont aucune n'est bien remarquable.

Un simple amateur, essayant de composer à près de quatre-vingts ans , ne pouvait, cela va sans dire, avoir a sa disposition qu'un bien petit nombre de formes mélodiques; aussi se répète— t-il étonnamment: les airs vu, x et xi ne font guère que reproduire le v, en le modifiant un peu. Le m, celui du Cantique de Moïse: deux, écoutez; terre, prête l'oreille, est assez chantant; mais il est à peine nécessaire de faire remarquer qu'il

(1) Communication de M. Herminjard (par l'entremise de M. Henri Bordier), empruntée à V Histoire de la musique , manuscrit de M. de Marcillac, de Genève (imprimée depuis).

«Le 3i d'octobre i5g5, fut parlé en la Cie des cantiques nouuellement traduits et mis en rime et en musique par M. de Besze, et ce pour ce que les frères d'Angleterre auoient demandé s'ils les chanteroient en leurs assemblées.?)

1 597. «L'aduis fut pris qu'à cause que cela auoit longtemps traisné, on prieroit M. de Besze auec trois ou quatre musiciens de cor-

riger quelques tons aux dits cantiques, et quand cela fait on les pourroit chanter en l'église, moyennant le contentement de Messieurs. 11

Mars 1597. «Les cantiques de M. de Besze ont esté remis en chant par vn personnage d'Auuergne, pour voir si on pourroit les chanter en l'église. Donné charge à M. Goulart de les essayer auec quelques musiciens. Ce que sachant M. de Besze a aussi fait la musique : ces musiciens lui trouuent plus d'air qu'au personnage d'Auuergne: il est adopté, en changeant quelques tons des p$eaumes.?>

manque de l'ampleur et de la grâce qu'exigeait la poésie hébraïque. En outre, ainsi qu'on va le voir, il ne se compose guère que de réminiscences des psaumes.

Edit. de Genève i5k>2.

(kc phrase. )

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