CHANSONNIER HUGUENOT
(H. Bordier, p. xxxiii.)
Puisque de vous ie n'ay aultre visage, Rendre m'en vay à Dieu que ie dessers, Pour le prier que , si chascun se perd A son escient, ie n'en souffre dommage.
Adieu la chair, adieu mondain seruage, Adieu vous dy, monde pernicieux ; le n'ay pas eu de vous grand aduantage , Du Seigneur Dieu ï espère beaucoup
mieux.
A la cour les psaumes de Marot furent aussi chantés sur des airs
connus, auxquels on ne changeait rien ou peu de chose, et dont le choix n'était dicté que par le rhythme, le nombre des vers et des syllabes, sans souci de la concordance de l'air et des paroles. François Ier en chantait souvent quelques-uns un entre autres sur l'air :
Que ne vous requinquez-vous, la vieille?^.
Chacun des princes et courtisans (3) en prit vu pour soy. Le roy Henri second ayinoit et prit pour sien le pseaurne xlii :
Ainsi qu'on oyt le cerf bruire (*\
lequel il chantoit à la chasse. Madame de Valenlinois (Diane de Poitiers), qu'il ayinoit, prit pour elle le cxxx :
Du fond de ma pensée, qu'elle chantoit en volte (5). La Royne {6) auoit choisi le vr :
Ne veuillez pas , o Sire , auec vn air sur le chant des bouffons. Le roy de Navarre , Anthoine, prit le xmi :
Reuenge-moy, prens la querelle,
qu'il chantoit en branle de Poitou; ainsi les autres Les psaumes ne furent pas lors
mis en musique, comme on les voit auiourd'huy, pour estre chantez au presche. Mais
chacun y donnoit tel air que bon luy sembloit et ordinairement des vau-de-ville Et
me souuient qu'vn moine, preschant selon la nouuelle doctrine à Bergerac , portant son habit, afin de pouuoir sous cette sauuegarde (rouuer de l'asseurance, au lieu des psalmes faisoit chanter au peuple vue chanson spirituelle qui! auoit laite, commençant ainsi :
O pauure créature, Tu tends à pourriture ,
donnant ainsi pour lors chacun telle forme que bon luy sembloit à son Eglise (7).
O rr Rex quamvis cjus [Maroti] versiculos ce n1 est qu'en 1062, c'est-à-dire après la morl
identidcm cantitaret,i dit le jésuite Strada , de Henri II, qu'il prit sa nouvelle forme : De bello Belgico , dec. I , lil). III , p. m. l'S. Ainsi qu'on oyt le cerf bruire.
(2) A. L. Blondeau, Histoire de la musique r' Elle le chantait aussi sur Bàieefrmoy moderne, Paris, 1867, in-8°, II, 18. donc, beau sire. (Voir Blondeau, loc<> rilato.)
(3) Fl.de Rémond, Histoire de la naissance... (0) M. A. Coquerel lils a l'ait justement rede l'hérésie, liv. VIII, ch. xvi. marquer que Florimond a soin de ne la nom
(i) Florimond commet ici une légère erreur', mer qu'au troisième rang, relevée par M. Riggenbach< ho premier vers (7) C'est sans doute ce passage de Flori-
du psaume xlii, traduit par Bèze ''ii 1 55j, moud qui a induit en erreur Michelet. «A la
était: mort de Marol , dit-il, Bèze repril .l'œuvre.
Ain ni que la biche rée:; du Psautier, l'acheva et l'ut autorisé à im-
Outre les airs populaires transcrits plus haut : L'amour de moy et Dont vient cela ? sur lesquels se chantaient deux des Psalmes de Dauid translatez de plusieurs auteurs, Anvers, 1 5 A 1 , les airs suivants servaient aussi de mélodies à des psaumes du même recueil : au c :
Auanturiers de France;
au CL :
Voulez ouyr chanson;
au CXX :
Adieu tout solas, plaisir et liesse;
et encore :
Adam a regress ;
au XLiii :
loyssance vous donneray (chanson v de M a rot);
au cxin :
Le cueur est mien ;
au cxxx :
Cest une dure départie;
au cvin :
Faulte d'argent;
au cxlii :
Dueil, double dueil.
Voici les cinq derniers; trois sont empruntés aux recueils de chansons à quatre parties imprimés par Attaignant en iBqo, et i53o (Bibliothèque nationale); le quatrième et le cinquième, aux recueils du même genre imprimés par Susato en 1 54Zi-i 545 (Collection de M. Bovet).