PSALM
Adoncq ie dy, apart moy, ainsi comme Tout esbahy : Et qu'est-ce que de l'homme, D'auoir daigné de luy te souuenir, Et de vouloir en ton soing le tenir?
Tu Tas faict tel que plus il ne luy reste Fors estre Dieu , car tu F as ( quant au reste ) Abondamment de gloire enuironné.
(1) Il faudrait seureté.
(2) Edition de Genève : Au ciel.
(3) Edition de i 5 A3 :
Et mon esprit se trouble Grandement , et au double, En extrême soucy.
W Édition de i5W :
Encore en paix et amour
Avec eux ie
Pourvu que
Car
Qu'en seurté W régnant seray.
psalme v.
Au matin, Seigneur, par ta grâce,
Car au
De moy auant qu'autre œuure face Qu'au ciel la face ®.
Et mon ame tentée Se trouue espouentée En extrême soucy.
Sus, sus, arrière, inicques.
Fuyez, diaboliques
Affm que le peuple en grand tourbe Tout à Tentour de toy se courbe; Au moins pour cela de rechef Reuiens rengner comme vn vray chef.
vin.
A donc ie dy : 0 souverain Dieu, comme Heureux et grand est l'homme et filz de l'homme, Quand de le faire il te print souuenir, Et dont tu veuls en ton soing le tenir !
Vn peu le feis moindre que Dieu ou ange, Au demeurant tu l'as à ta louange
Sus, sus, arrière, iniques, Deslogez, tyranniques.
(5) Édition de i5A3 :
A grans troupeaux le peuple vienne Autour de la maiesté tienne; Sois pour la cause de nous deux Hault rslcnr au milieu d'eulr.
Au point de vue de l'élégance et de la rime, beaucoup de ces modifications sont désastreuses : ouvertes rime avec renverses, cloncqucs avec oncques et adoncques; la belle interrogation, conforme à l'original :
Qu est-ce que de Thomme Iïauoir daigne de luy te souuenir?
est platement remplacée par cette redondante exclamation :
Heureux et grand est V homme etfilz de Vhomme, Quand de le faire il te print souuenir.
La jolie strophe de Marot qui se termine ainsi :
De moy, leuant au ciel la face, Attendant grâce,
est gâtée par cette fin pitoyable :
De moy auant qu! autre œuure face Qu'au ciel la face.
Au point de vue de l'exactitude, trois seulement sont heureuses, el Marot en a profité lorsqu'il a revu sa traduction (1 5 43) : sentence du psaume n, gens et tremblez du psaume iv; il en a encore emprunté quelques autres que nous avons indiquées en note, et notamment le
Fuyez, diaboliques ou tyranniques,
qu'il a substitué à la malencontreuse expression :
Retirez-vous, canaille.
Le changement des derniers vers du psaume i est aussi une heureuse innovation, que Marot a eu tort de ne pas adopter. Tout le reste esi sans aucune valeur, et ne dénote chez le correcteur que la manie d'innover; aussi les vers de Marot ont-ils çà et là complètement disparu pour Caire place à une traduction nouvelle, sauf le rhythme et la mesure de la strophe.
De cette refonte ou correction à outrance, parfois sans rime ni raison, il résulte incontestablement :
t° Que l'édition d'Anvers a été publiée à l'insu de Marot, qui n'aurait jamais permis qu'on imprimât sous son nom une œuvre si différente de la sienne
3° Que cette même édition, qui porte la date de i54i, a été faite sur une copie manuscrite des psaumes de Marot et non sur l'édition imprimée. Celle-ci ne vit le jour, au plus tôt, qu'en janvier i5/u (vieux style), et l'année i 5 4a ayant commencé le g avril (2) à Anvers comme à Paris, il est de toute impossibilité que, dans l'espace de deux mois, le correcteur, qui avait déjà revisé douze psaumes de Marot en 1 539 , ait pu : i° se procurer l'édition de Paris; 20 en refondre dix-huit psaumes; 3° achever la réimpression du tout.
La priorité de l'édition anversoise deviendra plus évidente encore, si nous ajoutons que la date la plus probable de la publication de Marot est celle de février ou mars i5/i2. 11 faut noter, en effet, que Calvin, qui s'empressa d'abandonner la révision d'Anvers dès qu'il posséda le texte véritable, n'a point introduit celui-ci dans le Psautier qu'il fit paraître à Genève au milieu de l'année i5/i9; il ne le connaissait donc très-probablement pas encore ®.
Au reste , l'édition d'Anvers a sûrement précédé de quelques mois l'édition pseudo-romaine, qui parut à Strasbourg le i5 février i»5 Zi 2 ; cette conclusion ressort de leur contenu musical, aussi bien que des positions fort diverses occupées lors de leur publication par l'auteur des deux recueils. Il n'a pu être, en décembre ou janvier, moine, prédicateur de la reine de Hongrie, et, le 10 février, pasteur à Strasbourg; il n'a pu publier,
Cl) En 1 538 , il se plaignait en ces termes des libraires qui respectaient médiocrement la propriété littéraire : «Fay planté les arbres, ils en cueillent les fruits; i'ay traisné la charrue, ils enserrent la moisson. » En 1 54 1 , il se plaignait encore de «monsieur le babouin de Parisien, v qui semblait avoir «autant pris de peine à gasler son livre (la traduction de Leander et Hero) que luy à le bien traduyre.» Quelle ne dut pas être son irritation lorsqu'il trouva dans les 388 vers des huit premiers psaumes, sans parler des suivants que nous n'avons pas examinés, 179 corrections de la main de Pierre Alexandre! Toutefois, il ne s'est pas
plaint, du moins dans ses œuvres, de cette espèce de falsification ; l'excellence du but poursuivi par le correcteur, c'est-à-dire l'introduction des psaumes dans le culte, lui a sans doute valu son pardon. Le zèle du protestant fil taire en Marot le mécontentement légitime du poêle.
(2) Renseignement dû à l'obligeance de M. Ulysse Bouchet, du Bureau des longitudes.
(3) La présence du Pater de Marot dans le recueil pseudo-romain semble indiquer que les amateurs de psaumes avaient enfin parcouru les œuvres du prince des poêles.
en décembre ou janvier, un recueil auquel étaient adaptés les timbres de dix airs français tout mondains et nullement retravaillés, et, le i5 février, un autre recueil contenant trente-deux airs d'un tout autre genre et composés en vue du Psautier, ou sérieusement appropriés à leur destination. Ce n'est pas dans l'espace de deux mois que s'accomplissent de tels événements ni de semblables travaux. Bien plus, comme le recueil du i5 février emprunte à celui d'Anvers le texte de vingt-deux nouveaux psaumes, et qu'il n'a pas fallu moins de quatre à cinq mois pour y adapter des airs et pour imprimer le volume, il est évident que le Psautier d'Anvers avait paru dès le 1 5 septembre ihki. Rien n'empêche même d'admettre qu'il ait été publié dès le début de la même année.
Le moine carmélite Pierre Alexandre, qui était déjà presque gagné à la Réforme et résidait à la cour de la reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, avait réussi à se procurer en 1089 ou antérieurement douze psaumes de Marot, qu'il s'était empressé de reviser. En même temps, il s'était occupé d'adapter des airs français à une dizaine d'autres psaumes qui circulaient également en manuscrit; sa collection avait donc une certaine importance, et il n'y manquait que dix— huit des trente psaumes de Marot. Or Charles-Quint ne tarda pas à porter à Bruxelles la copie que le traducteur lui avait remise à Paris, et dans les dispositions où se trouvait le monarque, il dut être facile au prédicateur de la reine d'en obtenir communication.
Le 1 5' juin i54o, trois mois avant le placard impérial du 29 septembre, qui déchaîna de nouveau la persécution, les Souterliedehens ghemacct ter eeren Gods, op aile die Psalmen Dauid; toi stichtinghe, en een gheestelyche ver makingke van allen Clmstenmemchen (,), parurent à Anvers.
M Suaves cantiques composés en l'honneur de Dieu sur tous les psaumes de David, pour l'édification et la récréation spirituelle de tous les chrétiens, dont l'introduction débute ainsi: «Christ, notre Seigneur, nous ayant appris à demander, au commencement de notre prière, que le nom de Dieu noire père céleste soit sanctifié, nous devons comprendre par là que la sanctification du nom de Dieu est le bul principal où doivent tendre les paroles, les œuvres et 1rs pensées du chrétien.*» Pour la traduction des textes flamands, nous nvons eu
recours à L'obligeance d'un artiste distingué, M. Dan. de Lange. On imprima, dit-on, à Anvers, jusqu'à six éditions du Souterliedekens en une seule année.
M. Bovet (p. (j3) n'en connaît qu'un exemplaire : celui de la bibliothèque de Stuttgart; nous en avons vu un second chez M. Félis, à Bruxelles, et Wackernagel {liibliop-rapliie des deutschen Kirchenliedcs) , un troisième à la llibliotheel: van de vereenifrde Doopsfrczinde Gemeente le tmslrrdam. Il ;i élé réimprimé • 'H 1 ~)ï){\ . 1 55p , deux fois en 1 564 , en 1 565 ,
;m LES PREMIERES EDITIONS
in-12, chez Syrnon Cock, avec privilège : l'apparition de ce Psautier flamand complet, paroles et musique, généralement attribué à Willem van Zuylen van Nieuvelt, seigneur de Bergambacht (]), devait naturellement suggérer l'idée d'une publication française du même genre, d'autant plus que le français était parlé dans quelques provinces des Pays-Bas (2), et qu'on avait introduit dans le Psautier flamand des mélodies françaises. Non-seulement Charles ne s'était point opposé à l'impression du recueil flamand, qui n'est pas mentionne parmi les livres hérétiques dans le placard impérial du 22 septembre; mais encore il. paraît avoir parlé de la traduction de Marot d'une manière assez favorable pour que sa sœur, qui inclinait vers la Réforme et eût volontiers joué le rôle d'une autre Marguerite (3), pût en autoriser officiellement l'impression l'année suivante. Il ne dut, par conséquent, éprouver aucun scrupule à laisser voir le manuscrit de Marot ; peut-être même contribua-t-il volontairement et de propos délibéré à la publication du recueil français d'Anvers (4). Mais le clergé était-il animé des mêmes sentiments, et put-il voir sans colère paraître
i5Cti, 1 58 A , 1.598, 160/1, 1610 et 1 6 1 3 . Le catalogue de la vente Van der Willigen , Amsterdam , 1876, comprend quatre éditions : 1 5^i 0 , i56A, i584 et i6i3.
(1) F. Bovet, Histoire du Psautier, p. g'd , et Ch. Rahlenbeck , L'Inquisition et la Réforme en Belgique, 1857, P*
(2) On a vu plus haut que les livres hérétiques français y étaient proscrits aussi bien .que les flamands; la publication des placards impériaux avait lieu en français à « Lille , Douay, Orchies et aultres lieux où Ton est accoustumé faire cris et publications," et le futur martyr, Pierre de Brully, adressait, en i5&5, une lettre d'exhortation en français à tous les fidèles qui souffrent persécution. . . ès quartiers de Tournay, Valenciennes , Lille ? Arras, Douay, etc. (Frossard, Chronique de l'Eglise réformée de Lille, 168 et 179.)
En i55Zi, François Perrucel établit même a Anvers une Eglise française, à laquelle Calvin adressait une épitre le 21 décembre 1 556. (J. Bonnet, Lettres françaises do Calvin, If, 110.)
(3) Henri Martin , Histoire de France, kc édi t. VIIÏ, i63.
«Marie de Hongrie, qui n'avait pu oublier, quoi qu'on en dise, que le ci-devant moine de Wittenberg lui avait dédié un psaume consola loire à l'occasion de la mort héroïque de son époux (tué à la bataille de Mohacz, en i5'j6), intercéda pour les marchands luthériens d'Anvers , comme elle avait fait pour ceux de Gand. r» (Ch. Bahlenbeck, op. cit. p. 19.)
Elle avait sans doute aussi conservé le souvenir de la flatteuse épître (Chant xvn) dont Marot l'avait honorée quand elle avait traversé la France, en i538, après la paix de Nice.
(4) «On prétend que Charles-Quint pleura d'attendrissement en lisant pour la première fois le chef-d'œuvre appelé la Confession d'Augsbourg. Cette sensibilité, il ne pouvait l'avoir, elle ne saurait s'accorder avec l'orthodoxie féroce qui lui faisait dire, et ceci est plus vrai : «Qui m'ôte la inesse m'arrache le cœur." N'était-il pas à Bruxelles, quand à deux pas de son palais on écartelail, on brûlait les hérétiques?» ( Jd. ibid. p. 18.)
encore une nouvelle traduction des psaumes? fl est permis d'en douter: la persécution était la récompense ordinaire et presque infaillible de ces sortes de travaux, et il est peu probable que Pierre Alexandre y ait échappé. Nous pensons que, peu après l'impression de l'ouvrage, il fut contraint de s'enfuir pour échapper aux poursuites, qui présageaient à Marot un sort peu enviable, le jour où il se déciderait enfin à faire paraître le texte véritable de sa traduction. Le moine converti trouva un asile a Strasbourg, où il devint le successeur de Calvin comme pasteur des réfugiés français
EDITION PSEUDO-ROMAINE, t5/t'J.
Rappelé à Genève, ou il arriva le i3 septembre i54i, Calvin était sur le point de quitter Strasbourg ou venait d'en sortir, lorsque Pierre Alexandre y arriva; car il ne s'écoula pas six mois entre le départ du réformateur et l'apparition du nouveau Psautier imprimé sous la direction de son successeur.
Non moins rare que l'édition originale de Marot et les recueils de Strasbourg 1 5 3 9 et d'Anvers i54i, et plus précieux sous un rapport, puisqu'il contient la liturgie complète des Eglises réformées, ce volume, que M. Gaifïe, bibliophile émérite, a mis à notre disposition avec une parfaite amabilité, mérite aussi une description détaillée, qui rectifiera plus d'une erreur (2). Cette plaquette in-18, en caractères gothicjues, de 160 pages, -2 (j lignes à la page , a pour titre : La manye re de faire prières aux églises francoy | ses, tant deuant la prédication comme après, | ensemble pseaulmes et canticques franco y s quon chante ans dictes églises, après sen suyt lordre et façon d'administrer les sa I crementz de Baptesme, et de la saincte Cene de nostre seigneur lesu Christ, de es pouser et confirmer le mariage deuant | lassemhlee des fidèles , au ccques le sermon | tant du Baptesme que de la Cene. Le tout selon la parolle de nostre seigneur. |
u) De Strasbourg, Pierre Alexandre passa paroisse dont Calvin avait été le premier pas-
à Heidelberg, on il travaillait comme mission- tour. (J. Bonnet, Lettres françaises de Calvin,
naire en i546; en 1 555 , il était de nouveau I, 1 6 3 ; II, a 38, a h'\ , et III, l\ 8 5 de l'édition
pasteur à Strasbourg; le magistrat de cette ville anglaise.)
lui interdit la chaire en décembre 1 558 , sur (2) M. Bovet ne l'a pas eu sous les yeux, cl
les instances du parti ultra-luthérien , dirigé les éditeurs slrasbourgeois de Calvin en ont
par Pierre Marbach. En 1 503, le triomphe de ignoré l'existence; do là une lacune dans leur
ce parti amena la suppression du culte dans la helle publication.
S. Paul aux Coloscen. 3.
Enseignez et admoneste: Vm l'autre en pseaulmes en louenges et chansons spirituelles auec grâce. Chantons au seigneur en rostre cueur.