II AVANT-PROPOS
par la Providence comme l'instrument destiné à faire triompher la vérité. Les révélations qui tombaient de ma plume, les documents que j'évoquais, leur authenticité même dont on paraissait douter comme pour mieux assurer la victoire du droit en me forçant à déposer les pièces originales chez mes éditeurs , MM. Mellier frères, place Saint- André des Arts, n** 1 1 , à Paris, l'ardente polémique suscitée autour de ce livre, tout a contribué à lui donner presque l'apparence d'un événement.
J'ai répondu vivement à des critiques passionnées ; mais ces critiques, qui avaient leur bon côté, m'ont fait étudier avec encore plus de soin les manuscrits qui sont toujours à la disposition du public, dans la librairie de MM. Mellier frères. Ce dépôt, auquel on semblait tenir avec tant de convoitise pour essayer de m'accuser de légèreté ou de mauvaise foi, a dû dessiller les yeux des plus soupçonneux ou des plus exigeants. Je me suis exécuté à la première sommation, et je crois que trèspeu d'historiens pourraient, dans le même cas, donner une semblable preuve de probité. On n'est pas toujours maître, en effet, des pièces qu'on cite ; elles se trouvent tantôt dans des archives d'Etat, tantôt dans des portefeuilles particuliers. Il est souvent impossible de les déplacer. Peut-être la critique comptait-elle un peu sur ces obstacles et voulait-elle triompher d'une difficulté qu'elle avait tout lieu de croire insoluble ?
On a voulu savoir, on m'a demandé avec instance comment tant de matériaux précieux étaient tombés
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entre mes mains. Je me suis contenté de les montrer ; les hommes sensés ont respecté mon secret. D'autres n'eurent pas cette réserve, et les fables les plus invraisemblables sont mises en circulation. Je les lis même dans des ouvrages qui aspirent à passer pour sérieux. Les uns me déclarent le complice ou le corrupteur de toutes les chancelleries et de tous les diplomates; on en voit même qui tirent de cette découverte historique toute une conspiration des plus riches capitalistes de France. Un sourire de pitié peut seul répondre à de pareilles suppositions.
De nouveaux documents dont j'ignorais l'existence m'ont été adressés; je les ai encadrés dans le récit. Un grand nombre de personnes me témoignaient, par écrit ou de vive voix, le désir de trouver dans Clément XIV et les Jésuites j des fragments plus étendus de la Correspondance des cardinaux de Bernis et Malvezzi, ainsi que de celle du marquis d'Aubeterre. J'ai compris tout ce que l'histoire avait à gagner à l'accomplissement do ce vœu; je me suis empressé d'y adhérer dans cette nouvelle édition.
La question soulevée par moi était grave et très-grave. J'ai cherché à la résoudre froidement, logiquement, ainsi qu'il convient à un écrivain qui, après s'être démontré à lui-même la vérité, veut la démontrer aux autres. Il n'est plus possible de tergiverser avec l'histoire, de chercher des faux-fuyants en révoquant en doute l'existence des manuscrits , de se rejeter sur le plus ou le moins de culpabilité des Rois de la maison de Bourbon,