‹ CléopâtreChapitre 26 sur 58 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Et c'est la soif amère et chaude du baiser 1 Non, ne m'accueillez pas de votre raillerie, Femmes, reg-ardez-moi, qui sanglote et qui crie, Et vous aurez pitié du chagria qui me mord. Et pour me sauver, pour m'arracher à la mort, Vous irez doucement vers la consolatrice Et vous lui direz qu'elle vienne et me g-uérisse. Je tends mes bras vainqueurs à ses tendres liens. Vous lui direz qu'il est des serments que je tiens : C'est un large troupeau de rois qui m'environne. Qu'aux diamants déjà sertis dans sa couronne Elle ajoute aujourd'hui de nouveaux diamants. Mais qu'elle aussi prenne pitié de mes tourments. Qu'elle soit bonne et soit aimante, et qu'elle oublie Et mon erreur, et ma faiblesse, et ma folie, Car le hideux remords me déchire à long's crocs, Et je suis malheureux !

(Gléopàtre est entrée doucement.

Elle teod les bras à Antoine.)

GLÉOPÀTRE

Viens dans mes bras, héros !

(Antoine va vers Cléopâtre. Domitius, Scaurus, Cbarmioa et Iras sortent.)

SCÈNE VI GLÉOPÀTRE, ANTOINE ANTOINE Je te revois. Enfin ! 0 toi la seule aimée !

Co

Mets tes baisers divins à ma lèvre afifamée, Mets à mon cou le doux collier de tes bras chers Et que les blancs étés chassent les noirs hivers ! Le jardin est heureux. Un vin fervent m'enivre. Le ciel rit. La douleur s'enfuit. Je me sens vivre !

J'ai pleuré, j'ai pleuré, comme autrefois Isis.

Mes g-rands jeux de lotus ont pleuré sur les lys.

Rien ne pouvait guérir ma souffrance profonde.

Que fait mon tendre époux ? Que fait-il par le monde ?

Disait Isis avec des sano;-lots dans la voix. ^

Au cercueil d'Osiris j'ai pleuré de longs mois.

Mais voici qu'Osiris renaît parmi les rires ;

Il éveille la voix immortelle des Ivres;

Je vois sur mon chemin la jeunesse des fleurs :

Quand renaît Osiris, Isis n'a plus de pleurs.

Il est là, le héros divin, celui que j'aime,

Il est là, dans l'éclat de sa gloire suprême :

Qu'on mêle à mes cheveux l'or et les diamants ;

Je marche dans la joie et les enchantements !

Je suis la grande Isis, la lumière et l'étoile,

Et pour toi, pour toi seul, je lèverai mon voile.

ANTOINE Tu me pardonnes ?

Sois pardonné, Dieu cruel.

Dont l'erreur me cachait le sourire du ciel .

ANTOINE

Loin de toi, j'ai soufïert aussi. Les heures lentes Ne m'apportaient que des images désolantes.

Je savais bien, que, plein de remords, invoquant

Ma bonté, tu me reviendrais : j'ig-norais quand.

Et je priais l'amour et la mer protectrice :

Oh, faites que bientôt son navire atterrisse,

Leur criais je, et qu'un soir très prochain^ l'oublieux

Sèche de ses baisers les larmes de mes jeux.

Tu t'es peut-être un peu trop long-temps fait attendre.

Qu'importe à présent ? Te voici. Le jour est tendre.

ANTOINE

0 reine, je voulais te soumettre des rois

Et des rois m'ont suivi, qui subiront tes lois.

Guider des rois ! Ce jeu n'est point fait pour des femmes. Un héros, par les monts ou par les vastes lames, Peut conduire au combat des guerriers courageux ; Mais nous devons jouer, nous, à de petits jeux ; Notre bras est sans force, et nos goûts sont frivoles. Reposons nos beautés parmi les toisons molles, Soyons frêles, et n'arrêtons nos yeux fardés Que sur les osselets agiles ou les dés.

ANTOINE

Non, reine, je connais ta force et ta bravoure. Parmi les rois dont le fier troupeau nous entoure,

6a * CLÉOPATRE

Dresse-toi, souveraine au reg-ard merveilleux ;

Ils obéiront tous à l'éclair de tes yeux.

Tous sont prêts à mourir pour ta beauté sereine,

Gléopâtre, Isis, ô Déesse souveraine !

Avec leurs fantassins, avec leurs cavaliers,

Daig-ne accueillir les rois, tes nobles alliés.

Oui, qu'on adore, au lieu de Rome, Alexandrie ! Que de joyeuses fleurs ma route soit fleurie! Moi qui, par un sourire, ai su vaincre César, Ce sont des rois domptés que j'attelle à mon char.

ANTOINE Va, les peuples jamais ne perdront la mémoire De celle qu'ils auront contemplée en sa gloire.

(Sur un signe d'Antoine, paraissent les rois alliés, parmi des guerriers qui portent de lourds présents.

Des gens du peuple les suivent et les acclament.)

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