‹ CléopâtreChapitre 57 sur 58 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

CLÉOPATRE Mon diadème. Iras, et mon manteau royal. Car il faut, par ce soir mortel et nuptial, Que Gléopâtre soit éblouissante. Pierres Merveilleuses où rient les célestes lumières, Emeraudes, saphirs, escarboucles, prêtez A l'amoureuse vos éternelles clartés !

Mes femmes, parez-moi des plus fières parures. Que parmi mes cheveux brillent les perles pures. Je vais encore sur le Cydnus. On m'attend. Que vos doig-ts jolis soient agiles, et pourtant Faites que, grâce à vous, -je reste la plus belle. J'entends là-bas, j'entends Antoine qui m'appelle. Il me voit. Il m'approuve, ô joie 1 et comme il rit D'Octave, du vainqueur dont le bonheur fleurit Pâle ainsi que les fleurs qui s'ouvrent à l'automne. Tu me trouves bien lente, et ton amour s'étonne. J'arrive, ô mon amant ! Je suis d'air et de feu !

(Parce du diadème, vêtue du manteau royal, Cléopàtre s'assied près de la table où. est la corbeille de figues. Tandis ^qu'elle parait Cleopâtre, Iras a plongé son bras dans la corbeille sans qu'on l'ait aperçue.)

Me voici prête ! Charmion, un long* adieu !

(Elle embrasse longTiement Charmion.j

Iras...

Oh..

(Elle embrasse Iras qui tout à coup échappe à l'étreinte et tombe aux pieds de Cléopàtre.)

CHARMION

Ai-je donc un aspic sur la lèvre ?

Puisque tu meurs ainsi, toi, si frêle et si mièvre, L*étreinte de la mort est un baiser d'amant.

CHARMION J'entends les dieux pleurer, pleurer éperdument.

Antoine qui m'attend sur les rives funèbres

Te verrait avant moi venir dans les ténèbres !

Non, non, il ne faut pas que, même un seul moment,

Il me croie infidèle à mon tendre serment.

Je suis lâche. Doux meurtrier, que ta piqûre

Me délivre à jamais de cette vie obscure.

Ouecesparfumssont frais! Des chants montentdans l'air

Le voici, le voici, le héros qui m'est cher.

N'est-ce pas, mon amant, que je suis belle encore ?

0 céleste baiser ! Rojal comme l'aurore î

Antoine, je...

(Elle meurt. Elle reste souriante, les yeux grands ouverts.)

CHARmON

Maîtresse ! Etoile d'Orient !

Ta divine beauté rayonne en souriant.

(Des fanfares. Entre Âlexas.)

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