ÉROS
U les repousse aussi.
O mes filles, pourquoi m’omenez-vous ici ?
cuahmk'N, à Antoine.
C’osl la reine, seigneur, depuis deux jours criante, Ellovous cherche, hélas! pâle, triste, mourante...
ANTOINE
Arrière! arrière ! non... je ne veux pas la voir.
CHARMION
Ayez pitié, seigneur ; un si grand désespoir...
ANTOINE
Non. [A part.) Qui peut maintenant se vanter d’étro brave? Le bravo Antofno a fui devant le lâche Octave!...
N’espérons plus, Iras.
ÉROS, à Antoine.
La reine !...
ANTOINE
Non... non, non !
Jo t’avais défendu de prononcer sou non».
iras, entraînant la reine.
Viens, viens...
cléopatre s'éloigne, puis revient et se jette aux genoux d'Antoine.
Pardonne-moi, noble cl chère victime...
ANTOINE
Non, je veux le haïr pour expier mon crime.
OEÜI'ATUt;.
CLKOPATRK.
Jo suis coupable, hélas! sois juste, maudis-moi,
. Maw permets-moi du moins de pleurer près do loi.
ANTOINE
Tu m’as pris mon honneur, femme, cruelle femme! J’étais grand, tu m’as fait vil, misérable, infâme I Me trahir pour César... co rival tant haï!
clbofatrb, pleurant.
Je ne serais pas là si je t’avais trahi.
ANTOINE
Pourquoi donc tes vaisseaux à lavdile gonflée M’ont-ils fui lâchement au fort do la mêlée?
A quoi bon m’excuser? tu no me croirais past antoink.
Et pour la suivro, moi, j’ai quitté mes soldats I Mon armée invincible, et malgré tout Adèle!
Pour elle, je l'ai fait... et j’en rougis près d’elle I... Mais enfin que dis-tu pour te justifier?
A qui veux-tu mo vendre et me sacrifier?...
A César, à César, tout le prouve et t’accable...
ClÉdPATftR.
Oui, tout est contre moi ! délire inexplicable!... Moi-même je m’accuse, et j’ignore comment S’est fait dans mon esprit ce fatal changement. J’espérais tant d’éclat d’une telle journée.
Et j'avais tant de foi dans notre destinée !
Des présages fâcheux me tout mentaient en vain...
Je bravais lus conseils de l'oracle divin;
Ecartant, malgré tout, une crainte importune. J’aimais à confier mon sceptre à ta fortun'o.
J’avais un noble rôle et voulais le remplir;
Au combat j’assistais en reine sans pâlir...
J’adorais un hcros, do l’empire heureux maître...
Et par un coup du sort, sans exemple peut-être.
De ses exploits guerriers, fenuno, j’étais témoin !... Que j'étais Aère alors... je t’entendais de loin,
Ta voix nous arrivait en rugissant murmure...
Que je te trouvas beau dans l'or de ton armure...
Je n’avais mémo pas le frisson du danger.
Tu me semblais un être à la terre étranger,
Un de ces immortels quo respecte la Parque...
Je le suivais des yeux sur ta royale barque.
Non, jamais fier guerrier, illustre conquérant,
Ne fut dans un combat plus terriblo et plus grand...
artoine, tri’cmanf.
Tu mo voyais combattre?
Oui, j’admirais ta rage,
Et j’avais tant d’orgueil quo j’avais du courage.
Mon corps était d'diraiu, mon âme était de feu,
La guerre me semblait un maguifique jeu.
Va, je ne tremblais pas !... au milieu do mes femmes. Sur le pont du vaisseau, recevant l’eau des lames. Livrant au* vents mon voile et mes cheveux flottant». Mêlant ma voix do reine aux cris des combattants,
Je m’enivrais, ainsi que d’uno grande fête,
De cet orage humain, plus beau que la tempête. Nous buvions h Neptune, à Jupiter Stator,
A Mars, et nous jetions aux flots nos coupes d’or... Joyeuses, nous allions de la proue à b poupe.
Chaque libation voyait tomber sa coupe...
Prodigues, nous cherchions par de riches présents,
À nous Caire des flots et des dieux complaisants. ANTOINE.
Tu demandais aux dieux lo succès de nos armes, lu partageais nos vœux, nos dangers, nos alarmes.
Tu m’admirais, dis-tu 1... Pourquoi m’as-tu quitté?
Quel démon te poussait? dis!...
CLÈOPATBB.
La fatalité.
Ecoute!... devant nous commençait le carnage...
Des brandons enflammés nous suivaient à la nage,
Une invisible main, les tenant sous les eaux,
Tout h coup Ica lançait à bord de nos vaisseaux.
En vain on punissait d'un dard la main hardie,
De tous cotés sur l’onde éclatait l'incendie...
Et ce spectacle affreux, confus dans son horreur,
Ces escadres, luttant sur la mer en fureur;
Sur la rive, ce camp, cette immobile armée,
Suivant, jugeant uos coups b travers la fumée.
Ces cris, co sifflement des dards, des javelots,
Co sang qui rougissait l'azur mouvant des (lots...
Ce tumulte sans fin brisa ina force vainc...
Ohl c’était trop d'orgueil, môme pour uno reine...
Je ne te voyais plus combattre à l’horizon...
Et déjà je sentais chanceler ma raison...
Lorsqu'un hasard fatal vint combler co délire :
Un Soldat fut blesse... sur le pont du navire 11 tomba . tout son sang à gros bouillons coulait.
Je m'approchai de lui... Dieux! il lo ressemblait!
Je no sais quelle idée, un rêve, un vain présage!...
Mais eu voyant la mort sur ce noble visage,
Tout it coup je pensai que, comme ce soldat.
Tu pouvais a Ion tour périr dans co combat...
Toi, mou!.. Ohl /entrevis cette douleur immeuse... Toi, mourir pour César 1 toi!... misère... démence i
• Quand un peut vivre aime, mourir pour uu vain nom !... Dans ce triste moment, je l'avoue, ô Junon,
Je ne compris plus rien à l’orgueil, à la gloire,
A cc faux souvenir qu'on appelle l'histoire,
A co bruit enivrant des échos éternels...
Tes ennemis pour moi c’etaient des criminels.
Je maudissais ta gloire et ta fojigue intrépide...
La guerre!... me semblait uu jeu lâche et stupide..
Je n’apercovais plus dans ce devoir sacré . Quo des périls affreux pour uu être adoré...
J’oubliais les exploits, les destins do grand homme.
Et César... et l'empire... et mon Egypte,., et Uome...
Je ne voyais plus rien quo um sang répandu,
Quo sur loi, sur la tête un glaive suspendu I...
Et tout me sembla bon, dans cet horrible rêve, Pourarrêter co sang et détourner ce glaive 1 Trembldute, ivre de peur, je donnai lo sigual.
Tu devais obéir à cet o dre fatal,
Je le savais... Enfin, dans ma fuite si prompte,
Jo n’ai rien calculé, ta douleur ni ta honte...
Et quand je t’ai revu, quand jo l’ai retrouvé,
Je ti’ai pas dit: J’ai fui ; j’ai dit : Jo t’ai sauvé! Aujourd’hui je comprends, et le remords m’accable.
ANTOINE
Et moi qui t’accusais!*., c'est moi qui suis coupable!
Tu pleures! toi, pleurer?...
Je meurs, pardonne-moi.
ANTOINE
L’empire ne vaut pas uno larme de toi.
Jl bit tend les bras, elle s'y jette .
O Heine, tu le sais, ma misère est profonde,
J’ai fui devant Octave, il m'a repris le monde...
Eh bien ! ce seul moment, ce moment m’a rendu Tout ce qu’il a conquis, tout ce que j’ai perdu.
Qu'il vienne, co vainqueur, à mon tour je lo bravo!
Tes succès de hasard, jeune et prudent Octave,
Mc rendent peu jaloux, j’aime mieux mes revers... Laisse-moi Cléopâtre et garde l'univers...
Tu nu mo hais donc plus?
ANTOINE
J© t’aime pour tes larmes.
Je redeviens A nto*ne. Eros, rends-moi mes armes!
A Cléopâtre.
Gloire, force, raison, toi soûle es tout pour moi,
Et jonc crains plus rien quand je me fie à toi;
Car voilà mon secret, ma Cléopâtre, écoute :
Jo n’ai qu’un ennemi, c’csl le doulo, le doulo;
C’est l’ennemi fatal dont rien no me défend.
Jo crains plus celui-là que César triomphant ;
Quand je doute de toi, tout mon courage expire... Pourquoi combattre alors?... Je ne veux plus l’empire!... J’oublie alors mon nom, mes devoirs les plus grands,
Ma gloire, mes drapeaux, mes vieux soldats mourants,
La chose la plus sainte et la plus respectable ,
Pour aller éclaircir co doulo insupportable.
Je te forcerai bien à croire en moi toujours.
Ah ! mon coeur indigné se révolte à son tour 1 C’est bien là ta justice, aveugle cl fol amour !
De l'éternelle erreur c’est l'éternelle proie :
Il faut mentir toujours pour qu’un amant \ ous croie;
Il ne trouve d attrait que dans la trahison !...
Eh! bien oui .. j’en conviens. . jadis .. avec raison On a pu m'accuser pour ce vaia diadème,
J’aurais trahi cen» rais, mai» ici, mais toi .. je l’aime.
Et moi, moi, jo te .hais (tour mieux me délier h CLÉOPÂTRE.
Oh 1 la mort, si ia mort peut me justifier!...
Frappe, Antoine, je m'offre aux coups de ton épée,
Tu m’aitneras peut-être après m’avoir frappée !
a.xtoixe, la repoussant.
Pleure, gémis, je sais ce que valent les pleurs.
Adieu donc... sois cruel... mais crains d’autres malheurs, Va, ju ne vivrai pas longtemps abandonnée.
Et bientôt, malgré loi, tu m’auras pardonné© 1...
Adieu !...
SCENB VI
SCENTE V
Les Précédents, VENTIDIUS, ses Soldats, venu mus.
O spectacle touchant I nobles, dignes amours !
A Antoine.
Pardonne à qui t’enlève à ce doux esclavage;
Mais Octave vainqueur est maître du rivage.
Mes chefs!...
VENTiniCS.
So sont rendus sans combat et sans bruit; Avec ceux de César ils sonpent cette nuit.
Dieux!...
vENTiDics, à Antoine.
On parle tout haut d’un traité que la roino A signé, d'un traité qui te livre et l'enchaîne.
ANTOINE
Quoi ! reprendre sitôt un pardon usurpé !
Tu crois?...
ANTOINE
Ventidius ne m’a jamais trompé.
El voilà donc pourquoi tu te faisais si tondre,
Pour laisser à César le temps de me surprendre^!... Le but do ce mensonge indigne... le voila I Combien l’a-t-il donné de cette têtc-là ?...
Antoine I
Et j’écoutais cette incroyable histoiro !...
Ce fabuleux récit fleurissait ma mémoire:
« Un blessé dont le sang à gros bouillons coulait, Dont le front était pâte et qui mo ressemblait! > Par Jupiter Stator! c’en est trop, cl je jure Que ce plaisant mensonge est ta dernièro injure. Va signer le traité qui me livre aujourd'hui.
Jo connais trop César pour traiter avec lui. •
ANTOINE
Tu prétends...