‹ Cléopatre tragedie en cinq actes, en versChapitre 28 sur 30 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ANTOINE, mourant, étendu sur tro lit de repos, CLÉOPÂTRE, pûle, les cheveux épars, C1IARMION, IRAS.

clbopatue, pleurant.

Lâche ot fatal mensonge I...

ANTOINE

. Injustice crucllot

Grands dieux, qui permettez quo j’expire auprès d'elle, Soyez bénis ! ei vous, sombres divinités.

Prolongez les instants quo vous m’avez comptés.

*Oh ! Cléopâtre l

Il l’embrasse.

A toi ma dernière pensée l J’avais peur de mourir sans t’avoir embrassée.

cléofatrr.

Sanglant... pâle, est-ce ainsi qu’Antoine m’est rendu 1 Ah ! melheureuxl paur toi tout n’était pas perdu.

Ton armée... cllo était encor puissantoct forte.

Tu pouvais triompher.

ANTOINE

Mais jo te croyais morte.

Toi-mômo m’as tTorapé par un faux bruit... nourouoi?

Pour t’apaiser... savoir si tu vivrais sans moi...

ANTOINE

Tu lo sais maintenant... cruelle ? est-tu contente?

Est-ce que ma douleur a trompé ton atlpnle ?

T’ai-je comprise au moins?... A ces fausses rumeurs Jo n’a» dit qu’un seul mot : Elle est morte, je meurs.

Mais... viens plus près do moi... soutiens-moi... je frissonne. Hors à Proculéius, no te fie h personne...

Oh l commo lo destin s’est acharné sur nous 1 Va, nous nous aimions trop, les dieux étaient jaloux.

ANTOINE

Moi, je n’accuso pas les dieux, la destinée...

Je choisirais encor 1a part qu’ils m’ont donnée :

J’ai suivi sur la terro un glorieux-ehemin ;

Romain, je n’eus jamais pour vainqueur qu’un Romain. J’ai véci* noble cl fier, aimé do loi que j’aime...

J'ai de beaux souvenirs... enfin dans la mort môme,

Je suis heureux encore... Heureux, no me plains pas... C’e«t pour toi que je meurs, cl jo meurs-dans les bras...

Il meurt. Cléopâtre reste immobile et contemple Antoine mort

Mortl mort (•

iras, A Charmion.

Rcgarde-!a... qu’elle ost calme ! je tremble. CLÉOPÂTRE, A CVuinnioM.

Dans le même tombeau tu nous mettras ensemble.

Charmion ferme les yeux d’Antoine.

Quoi , scs yeux sont fermés... sont fermés pour jamais ! Jamais I... O mon Antoine ! oh l comme je l’aimais !

Jo vais lo retrouver... dans sa sombre demeure,

Avec lui jo descends... et pourtant je le pleure;

C’est qu’en de tels moments le cœur esl déchiré...

Voir, voir l’horrible mort sur un corps adoré,

Cest affreux! c’est affreux... Je ne suis qu'une femme... Se sentir arracher la moitié do son âme,

Aimer qui ne vit plus, aimer avec ardeur ün être éteint, glacé, dont on cherche le cœur J...

Tenir froide une main qui vous brûlait vivante !...

Ah! cVi trop, ma raison se trouble, s’épouvante...

Cette horrible douleur brise ma force... Iras t...

Oh !... comment se peut-il que jo n’en meure pas? ..

Elle tombe dans les bras de ses femmes. Revenant à elle. Isis, reine des cicnx, écoule ma prière ;

Conduis-moi vers Antoine à mon heuro dernière... Autrefois commo moi tu plouras ton époux,

Isis, veillo sur lui.

A ses femmes.

Vous, pleurez h genoux*

CLÉÜPATUL

F.l loi, qui me l'as pris, sois Hère dans la joie,

0 Mort ! lu n’ous jamais une plus belle proie!

Jamais guerrier plus grand, plus illustre, plus beau.

Ne para de son nom les marbres d’un tombeau.

I*: tiédir dans lo sénat, dans l’armée cl dans Home, • Dans i unie où toul est grand, il su! être un grand homme. Les peuples attendris se levaient à sa vois,

11 marchait entouré d'un cortège de rois;

Car l'univers entier vivait de sa pensée.

Fh Lien ! cette grandeur que nul n'a dépassée,

01 éclat, ce pouvoir n’élaient rien b ses yeux...

Il cherchait dans la vie un bien plus précieux;

Fl voilà ce qui rend si belle son histoire:

Dès qui! comprit l’amour, il méprisa la gloire;

Vainqueur, il se laissa noblement désarmer.

Fier que l’on dit un jour : Antoine sut aimer !

El s’il voulut, régnant sur la terre et sur l’onde, l’osséder et tenir entre ses mains lo monde,

César, ce n’était pas pour l’asservir un jour...

Non ! c’était pour en faire une offrande II 1 amour!

Elit pleure.

CBAIWlOIt.

La pâleur do la mort s'étend sur son visage...

Appelons-le trois fois, h Rome c’est l’usage.

. S'approchant du corps d'Antoine et étendant la main. Antoine!

Cléopâtre, étendant la main.

Antoine l

SGèrVE U.

CLEOPATRE, CHARMION, IRAS, OCTAVIF, sa Suit*. octavie, au fond du théâtre , mime geste.

Antoine!

3 f ornent de stupeur.

cléopatre. s’approchant f Antoine. ’

Elle arrive trop tard !

J’ai son dernier soupir et son dernier regard.

ocAvir, regardant Antoine.

O malheureux! .. il a roula mourir prés d’olle...

Ainsi jusqu'il la mort infidèle... infidèle !...

El je iiel.us pas là pour lui fermer les yeux;

Il ne m’a point nommée au moment des adieux!

Il s’est frappé lui-même... oui, voilà sa blessure...

Pour elle !... et celte mort est encore.uno injure!

eu t r< mi on, A Odaue, qu'cite vei/i emmener.

Nous sommes chez la reine, et l’on n’y doit entrer...

cléopatre, T interrompant.

Elle l’aimait aussi, laissons-la le pleurer.

Ma douleur suit sa plainte amère et déchirante.

OCTAVIE

Mais... je le reconnais, jje l’ai vue à Tarentc... l-ne Grecque, une esclave... une esclave... mais... loi...

Eb ! qui donc d’entre vous est Cléopâtre?...

Moi!

OCTAVIE

Al» ! tu te déguisais !... vivant, tu vin9 le prendre Chez moi !... mais il est mort, et tu vas nie le rendre.

Ici, moi je n’ai pas besoin de me cacher...

Il cri mort, et je viens h mon tour le Chercher!...

Au nom do son pays, de ses fils, je te somme De rendre la victime au dieux vengeurs de Home.

CLEOPATRE, s'approchant d Antoine.

Mo séparer de loi !... jamais ! tu m’appartiens.

A Octaric.

Tes droits ?

OCTAVIE

OrorniMu faire valoir les tiens?

Oui..

t^CTAVIE.

Tu ne sais donc plus que moi, j étais sa femme? CLÉOPÂTRE.

Je sais qu’il m’a donné sa vie avec son âme,

Qu’il a voulu mourir sur mon coeur, dans mes bras. Qu’il m’aimait, qu’il m’aimait et qu’il ne t’aimnil pas. OCTAVIE.

Tremble, car maintenant je n’ai plus rien à craindre. Tout est fini pour moi, nen ne m’oblige à feindre.

Rien ne vient m’imposer des égards superflus •

J’oso enfin te haïr.

Moi, je ne te hais plus.

A tes cris outrageanis je reste indifférente,

Et comme toi je dis : Je t’ai vue à Tarante.

Ce souvenir me calme, et tu peux m’insulter,

J’ai compris ta grandeur, et je veux l'imiter.

OCTAVIB.

N’est-ce pas que je fus clémente eu ma tendresse ?

J’ai respecté l'époux jusque dons sa maîtresse.

ILs m’outrageaient tou? deux... jai supporté l'affront. J’ai caché saintement la rougeur de mon front.

J’ai dévoré mes pleurs, et j'ai nié son crime,

El je n’ai pas voulu qu’on m’appelât victime!..

C’est qu'un dernier espoir me soutenait toujours;

Je (o laissai b toi sa gloire et ses beaux jours.

Mais jo me réservais, pardonnant sa faiblosso, L’honneur de consoler son auguste vieillesse.

A loi ses pas vainqueurs, h moi ses pas tremblants;

A toi tous se? lauriers, à moi scs cheveux blancs.

Jeune, ardent, orgueilleux, il m’avait dédaignée ; Vieillard, il m’aimerait, pieuse et résignée;

On devient généreux à l’heure do mourir,

On cherche avec amour ceux qu’on a fait souffrir,

Et j’attendais le prix do ma longue souffrance;

Je supportais... ta joie !... avec cette espérance...

Elle pleure.

Et tu m’as toul ravi, sans pudeur, sans remords.

Sa gloire, son amour, sa vieillesse et sa mort!...

Eh! pourquoi malgré nous partout t’a-t-il suivi© ! CLÉOPÂTRE.

Jo l’aimais ! cet amour était toute ma vie.

OCTAVIE

Quelle preuve, dis-moi, de cet amour si beau ?

Je lui donnai mon trêno et jo prends son tombeau. OCTAVIE.

Jo suis sa veuve, et moi seule jo dois le suivre.

Va, ne te flatte pas ; toi, tu pourras survivre,

Et tu pleures trop haut pour mourir de ton deuil.

Une douleur qui tue est moins folle d’orgueil,

Tu vivras!...

OCTAVIE

Jo vivrai jiour le voir notre esclave,

Paur te voir attachée au char vainqueur d'Oelave.

ttÉOP \tue, saisissant son poignard.

jamais; (Les Officiers la désarmait.) Ohl

OCTAVIE

Tu no peux échopper à César

César est maître ici...

Mon poignard I... mon poignard !...

octavie.

Garde?, malheur h vous si la mort nous l’onlèvu

par Jo feu du poison, ou par le fer tfU glaive t ..

Vous hors do ce tombeau, de cc pays fatal, soldats, portez le corps de votre général ;

Qu’il soit purifié, lavé de tous leurs crimes Par des libations de larmes légitimes l Rendez à cc Romain ses drapeaux triomphants.

Rendez... rendez co pèro aux pleurs de ses enfants!...

Les Soldais font im dais de leur « drapeaux dont ils couvrent le corps t Antoine, qu'ils emportent ensuite hors du tombeau, Octane suit le cortège en pleuront.

clêopatre, s'élançant vers Antoine.

Antoine l Antoine I... adieu !...

CiunsuoN, la retenant.

La résistance est vaine...

On vient me l'arracher!... Et je ne suis plus reinol...

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