SCÈNE IL
CLÉOPATRE, TH É ONE, Femmes de Cléopâtre.
THÉONE
Pourquoi, m'interdisant votre auguste entretien, Votfe cœur aujourd'hui se ferme- t-il au mien? Le second des Césars vieiit-il pour mettre en cendre Les remparts protégés par le nom d'Alexandre ? Fuyant loin des palais et du temple des Dieux, Vous cherchez les tombeaux où dorment vos aïeux ; Vous venez habiter ces pyramides sombres,...
Mes aïeux !.-. Mon aspect doit indigner leurs ombres. Tu ne fus pas témoin du jour où mes vaisseaux , Pour fuir loin des combats, fatiguèrent les eaux; Du jour où la di^cforde, à mon sceptre fatale , Sur les merà d'Actiura vit renaître Pharsale. Peins-toi ce fier tyran , cet Octave odieux; , Entraînant ati combat Rome entière et ses Dieux; L'onde roulant au loin Tappareil de la guerre, Et la tner décidant les destins de la terre.
Vois avec tous leurs rois , l'Aurore et l'Occident , Se chercher, s^ heurter, sur l'abîme grondant; Ces apprêts de la mort, ces luttes redoutables ; De l'airain des vaisseaux les chdcs épouvantables ; Ces flots que rougissaient des flots de sarig humain ; Ces torches qui , dans l'air se traçant un chemin ,
Et du feu des volcans couvrant les mers profondes. S'attachaient à nos mâts , et brûlaient sous les ondes ; Trois cent mille guerriers qui, sur le bord des eaux , Contemplaient de leur camp le combat des vaisseaux; Et Rome à vaincre Rome elle-même occupée , Sur des flots tout couverts des débris de Pompée. Antoine eût triomphé!... Ciel vengeur, qui l'eût dit! Dans mon indigne cœur la terreur descendit.
Cléopàtre au milieu des horreurs de la guerre Redevint tout à coup une femme vulgaire.
Ce honteux souvenir me poursuivra toujours.
Pour la première fois, je tremblai pour mes jours; Je tremblai... Sur les flots de cette mer sanglante , Antoine, en frémissant, vit s'enfuir son amante, Théone , et mon vaisseau , dans ces momens d'effroi ^ Emporta sa fortune et sa gloire avec moi.
Immobile , frappé d'une horreur imprévue , Le sceptre impérial disparut à sa vue.
Et , loin de son rival me suivant éperdu , Il lui laissa le monde avant qu il fut perdu. De ses sombres remords domptant la violence , Sur mon vaisseau funeste il s'assit en silence ; Durant trois jours entiers, courbé sous son affront. De sa robe sanglante enveloppa son front , Refusa de me voir , et sa douleur profonde Fut son dernier hommage à l'empire du monde.
11 arrêta sa fuite aux rochers de Pharos ; Perdu pour ses guerriers , c'est là que ce héros Se punit de mon crime et , détestant ma chaîne ,