LÉSIONS DES VAISSEAUX SANGUINS
Dans éet article, nous donnerons un aperçu des remarques que nous avons faites sur les plaies des artères et des veines ; énsuite hous rétracerons Îles principaux caractères de lanévrisme des artères, et nous rendrons compte des phénomènes singuliers que cette maladie nous à offerts chez ce malades que nous avons eu l’occasion de traiter.
… Comme il est inutile de répéter tout ce que les auteurs ont dit sur les plaies des arteres,: je me bornerai à indiquer les préceptes que je crois les plus utiles pour le traitement de celles de ces plaies qui sont les plus communes, surtout à l’armée. 1° Lorsque le tube d’une artère est coupé on détruit en entier par une cause vulnérante, après une hémorragie relative au calibre du vaisseau ou à. d'autres, circonstances, particulières, les: deux bouts de cette artère éprouvent une sorte. de rétraction, les parois se mettent en contactet se
collent entre elles avec plus ou moins de promptitude, selon que cette rétraction est favorisée par une compression ou une constriction immédiate, exercée par une cause mécanique externe ou par la contraction des fibres musculaires ambiantes. La constriction immédiate a un effet plus prompt et plus efficace, parce que la tunique interne de l'artère se fronce et s'enflamme presque aussitôt. 1l est fréquemment arrivé à nos blessés, après avoir été amputés sur le champ de bataille, d’avoir eu, par l'effet d’un transport précipité ou par toute autre cause accidentelle, les ligatures des artères détachées peu d'heures après l’opération, sans quil soit survenu dhémorragie : néanmoins pour prévenir cet accident, qui peut, d’ailleurs avoir lieu dans les premiers momens, je les coupe à peu près au niveau dela plaie du moisnon, afin qu'elles ne puissent éprouver aucun tiraillement.
Cette solution de continuité des artères, avec destruction d’une partie de leur tube, est suivie, dans les deux bouts séparés, d’une constriction d'autant plus forte que le vaisseau aura été plus distendu par la cause vulnérante; c'est ce qui a lieu lorsque les causes qui produisent cette solution de continuité sont des corps poussés par la poudre à canon, tels que des balles, des grains de mitraille, des éclats d’obus, etc. Dans ces cas, à peine a-t-on quelques instans d’hémorragie primitive, et à moins que de nouvelles causes d’asthénie n’empéchent l’inflammation adhésive,
Joblitération de la cavité des deux bouts coupés
du vaisseau est complète, et l’hémorragie n’a plus
lieu : cependant lorsque les artères rampent dans
des tissus serrés, la rétraction est nulle , l’hémorragie continue, et elle est très-difficile à arrêter ;
phénomène que j'ai observé maintes fois dans les artères du cuir chevelu. Au reste, l'artère se ré-
+racte peu dans sa longueur, mais elle se rétrécit
fortement, et elle s’allonge plus ou moins en se tordant sur elle-même par un mouvement spiroïde qu’on augmente visiblement en opérant une traction à son extrémité; aussi, lorsqu'elle a été détachée ou isolée de ses adhérences celluleuses, et fortement distendue avant d’être rompue ou coupée, on ‘voit le bout correspondant au cœur éprouver la torsion et l’allongement dont nous avons parlé. J'ai observé plusieurs fois ce phéno-
mène dans les plaies d'armes à feu et dans celles par arrachement. Il donne la preuve, 1° que la
tunique propre des artères est composée de fibres motrices spiroïdes , formées elles-mêmes d’autant de petites artérioles qu'il y a de fibres élémentaires ; à l'instar de celles dela tunique musculeuse des intestins ou des fibres rayonnantes de l'iris (mes recherches et les belles injections de Prochaska appuient cette assertion); 2° qué ce n’est pas le caillot qui arrête l’hémorragie, car il n'en
° e LL pu e 0 ° existe point dans l'intérieur de ces vaisseaux ainsi
rétractés ; au moins dans les premiers momens , et que C'est à cette espèce de contraction parti-
r0o6 PLAIES DES ARTÈRES.
culière qu'est due la cessation de l’hémorragie * 2° Si l'artère n’est ouverte ou blessée que dans une portion de son diamètre, l’hémorragie ne s’arrête que très-difficilement ou ne s'arrête point du tout , et le malade est toujours en danger : toutefois la nature travaille à rétrécir le tube de l'artère et. à en faire recoller les parois. Certes la torsion serait bien plus prompte si le vaisseau était totalement divisé : cependant, malgré l'obstacle qu'oppose la portion de l'artère continue aux deux bouts, l'ouverture ou la plaie peut se fermer de matière à ne plus permettre le passage du sang (comme cela arrive dans les veines après l’opération de la saignée); ses bords se rapprochent par l'effet du resserrement et de la torsion du vaisseau; enfin ils contractent une adhésion avec les membranes ou le tissu cellulaire ambiant , surtout ‘si l’ouverture est petite,commecelled’une piqürepar exemple: dans ce cas, le calibre du vaisseau est conservé, -et le sang peut continuer d'y passer; circonstance trés-rare, car nous ne l'avons observée que trois fois. Je rapporterai, dans l'article suivant (Anévrisms), le précis des observations que . nous avons recueillies sur les sujets chez lesquels cette circonstance s’est présentée; mais, jelerépete, le çaillot seul n'arrête pas l'hémorragie, et d'après ces faits, les indications ‘seront relatives.
\ Woyez la Notice sur les causés spontanées de pr au tome ÎT de la Relation de mes Campagnes. |
Dans le premier cas, il faut explorer avec précaution toute l'étendue de la plaie ; et si rien ne parait pouvoir détruire linflammation adhésive commencée dans ce vaisseau, il faut se contenter, après avoir débridé les angles de la blessure, de la recouvrir d’un appareil ordinaire, et faire garder au blessé le repos le plus absolu.
Siau contraire l’hémorragie se renouvelait spontanément, il ne faut pas se borner à lier le bout supérieur de l'artère, il faut encore pratiquer une ligature au bout inférieur, surtout si le vaisseau est d’un gros calibre. Cette précaution est moins nécessaire pour les petites artères, dans lesquelles le sang rétrograde plus difficilement.
3° Si l’artèren’estqu’entamée,après l'avoir miseà découvert il faut faire une double ligature, l’une audessus, l’autre au-dessous de l'ouverture, et couper ensuite Je vaisseau entre les deux liens, selon le précepte d’Aétius”, de qui Maunoir de Genève a sans doute emprunté sa méthode : si l'artère est parfaitement isolée et très-évidente, on peut commencer par la section et lier ensuite les deux bouts. Ce moyen est plus prompt et plus sûr, à moins que les circonstances ne soient assez favorables pour donner l'espérance de conserver le calibre du, vaisseau. Dans cette supposition, il faut en suspendre la ligature et seconder les vuës
1 Voyez l'Histoire de la Chang > par an tom, IE, pag. 643.
bienfaisantes de la nature par tous les moyens que l'art et le génie du chirurgien peuvent suggérer.
Dans tous les cas, le débridement de la plaie compliquée de la lib d'une artère, est toujours indiqué ;, et quelque volumineux que soit le caillot de sang qui remplit cette plaie, il est insuffisant pour arrêter l'hémorragie : quoi qu’en disent les partisans de cette opinion , non- seulement le sang peut sourdre à travers ces caillots, mais la présence de ce fluide carbonisé dans l’interstice des muscles ou dans les cavités, produit des accidens fâcheux dont nous avons eu plusieurs fois occasion de parler. Dans cette circonstance, il faut se hâter d’extraire tous les caillots, mettre l’artère à découvert, s'il y a lieu, et en faire la ligature immédiate. Il est inutile de passer une ligature d'attente, car si la première vient à manquer ou qu'elle ait coupé le vaisseau, on ne préviendrait pas l’hémorragie, et d’ailleurs une nouvelle ligature serait aussitôt passée. Ensuite, si cette ligature d'attente touche l'artère par l'un de ses points, lorsqu'elle est dénudée et enflammée, il peut en résulter une ulcération accompagnée d'hémorragie, comme nous l'avons vu chez un blessé à Drékdé:
Si l'artère est d’un gros calibre et dans un état d’inflimmation commençante, ce qui peut être déterminé par l’état des parties, il ne faut pas que la ligature soit appliquée immédiatement sur le vaisseau , parce que la section s’en ferait avant l’é-
PLAIES DES ARTÈRES. 109 poque où l'adhésion intérieure peut s'opérer, et l’on s'expose à des hémorragies consécutives. Il faut alors interposer , entre la ligature et l'artère, un corps intermédiaire pour en protéger les tuniques: Je me sers à cet effet, et depuis fort longtemps, d'un petit rouleau de sparadrap de diapalme, et j'en recommande particulièrement l’usage , lorsque, obligé d'employer l'aiguille, on doit embrasser une portion du tube artériel ; car lorsque la ligature peut se faire à l’aide de la pince à disséquer, à l'extrémité du vaisseau , cette précaution est inutile.
4” Lorsque les artères sont petites et préfuridés ment cachées dans le fond des parties charnues, il est aslquefois difficile, pour ne pas dire impossible, à moins de faire de grands sacrifices, de pouvoir mettre le vaisseau lésé à découvert pour en faire la ligature. Dans ce cas, j'emploie, avec un grand succès, unetente étroite de charpie, enduite d’une substance balsamique: saturée de: quelques gouttes d'acide sulfurique, qu'on conduit profondément. à la faveur du doigt, jusqu’à ce qu’on'ait touché l'extrémité du vaisseau ouvert que l'on re: connait, à. sa, pulsation. . L’hémorragié s'arrête à l'instant , et il est rare qu'elle se reproduise. Ce procédé m'a parfaitement réussi dans un:grand nombre de cas désespérés. On doit compléter le pansement par un appareil contentif et légèrement serré. nr
Pour arrêter l’hémorragie de très-petits yais-
110 PLAIES DES ARTÈRES. seaux , il suffit ordinairement du contact de Pair froid ; des ablutions d'oxicrat, d’eau froide, ou d'une légère compression, moyens toujours msutfisans pour les vaisseaux un peu considérables: aussi je désaprouve entièrement que, dans lamputation d’un membre, on ne fasse point de ligature: aux artères , et qu'on cherche à les oblitérer au moyen des lambeaux du moignon , qu’on réunit immédiatement et avec force à l’aide de Ja suture et des bandelettes agglutinatives’, ainsi que je l'ai vu faire en Saxe, en Pologne et en Russie ”. Pour donner une juste idée de la contrattilité dès artères, nous allons rapporter is Le de pu feront. xéife mes assertions. |
T° Observation: -— Pendant la ciripialéé de Saxe, en 1813, un jeune soldat de l’ex-garde (Françoïst Due) fut apporté à l'hôpital de ce corps établi dans la ville de Dresde, pour une blessure d’ärmé à feu à la cuisse gauche ; qu’il avait reçue à la bataïlle livrée sous: les murs de cette ville. La balle avait traversé obliquement le membre à son tiers inférieur, de dedans: en déhors, de’ manièreque Tartène: fémorale avait été détruite à quelques lignes au-dessus de son passage dans laponévrose de la longue: portion du triceps adducteur. TH y eut d’abord une TT re trés-orté , e. x'tagellé SE
4 Tous LA soldats de ces nations que nousayons trouvés dal Le ambala te ces amputés d après ce procédé, moururent, sans exception, les uns s des effets de k gangrène , et les autres du tétanos. |
PLAIES\DES ARTÈRES. (:#tt dèrent la faiblesse générale , le froid de l’extrémité et la. disparition de Fartère poplitée. Au fond de la plaie, qui fut débridée, on trouvait une petite éminence: conique qui donnaïît de légères pulsations elle était formée par l'extrémité rompué et rétractée de l'artère. Comme il n’y eut point de nouvelle: hémorragie ; je me bornai à un pansenient simplement contentif, et je voulus attendre les événémens : je prescrivis un régime adoucissant} etre fis observer le plus grand repos au malade:::L’hémorragie ne se renouvela-plus, la plaiesecicatrisa, et ce militaire sortit de l'hôpital, complétement guéri, le soixante-unième jour ‘de Paccident. Les pulsations de l'artère poplitéé mont point repart depuis, et il est certain qu'un: systèmerde: nouvelles artères ; fourñies par les derniers rameaux des collatérales supérieures à la rupture du tronc principal, aura remplacé les branches: principales de l'artère poplitée.
Il*°,Oôservation:-— À mon passage à Braxelles jeusioccasion de voir un: jeune: Soldat anglais qui! avait reçu. une blessure semblable à celle:de l’aidez! de:camp.Arrighi "; avec cette différence seulement’ que! chez l'Anglais la plaieétaitau côtégauche delæ face, et que la carotide;externe n'avait pas été entiè rement:; coupée. comme; cliez-Arrighi ; aussi chez le: premier l'hémorragie reparut-elle x la levée du pre-. mierlappareil: Le chirungien anglais: s'empressa de: mettre, la cavotide primitive à découvert; et llem-