OBSERVATION V
7 umeur érectile de la région inter sourcilière. — Extirpation.
Juliette M..., âgée de sept mois et demi, a, depuis sa naissance, au niveau de la racine du nez, une tumeur aplatie de la grandeur d’une
__ Tumeur érectile de la région inter sourcilière, comprimée par les mors île trois pinces pour empêcher l’afflux du sang.
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1)E LA FORCIPRESSURE.
pièce de 2 francs, à bords légèrement saillants et présentant tous les caractères des tumeurs érectiles sous-cutanées. Elle est molle, élastique, dépressible et augmente de volume quand l’enfant pousse des cris. Elle u’est pas pulsatile. La peau est saine. Comme cette tumeur a déjà été traitée sans succès par les injections de perchlorure de fer, la compression et la ligature, M. Péan se décide cà l’extirper (février 1874), et, pour éviter l’hémorrhagie, saisit avec trois pinces hémostatiques ordinaires les angles de la tumeur, de manière à la circonscrire à peu près complètement, ainsi que le montre la figure (fig. 6).
L’opérateur fait alors une incision semi-circulaire de la peau à la partie inférieure delà tumeur et dissèque celle-ci avec beaucoup de soin sans être gêné par l’écoulement du sang. Les pinces ne furent retirées qu’au bout de quatre heures; il n’y eut pas d’hémorrhagie et la réunion se lit presque entièrement par première intention.
OBSERVATION VI v Tumeur érectile de la langue.
G... Marie, vingt et un ans, fleuriste, entre le 21 décemhre 1874 à 1 hôpital Saint-Louis, salle Sainte-Marthe, n° 75.
Réglée à treize ans et demi, voit très-irrégulièrement.
La malade raconte que, depuis sa naissance, elle portait une tache rouge occupant toute la partie antérieure de la moitié latérale gauche de la langue. Cette tache devenait plus rouge de temps en temps, ne faisait aucune saillie, n’était pas animée de battements et ne causait ni gêne, ni douleur.
Depuis l’àge de cinq ou six ans, cette tache donnait lieu tous les ans, au printemps, à un léger suintement sanguin, mais la malade n’a pas remarqué qu’elle augmentât d’étendue.
Au mois de juillet dernier, la malade eut par la bouche, sans cause occasionnelle appréciable, une véritable hémorrhagie qui se répéta pendant cinq à six jours consécutivement et dura près d’une heure pendant les trois premiers jours.
Le 13 décembre 1874, nouvelle hémorrhagie, qui débuta comme la précédente, pendant que la malade mangeait et dura environ une demiheure.
Pendant les huit jours suivants, il y eut encore un écoulement de sang tres-rouge, à deux ou trois reprises différentes chaque jour. C’est alors qu’un médecin consulté pour la première fois lit appliquer du perchlo-
DE LA FOnCIPMESSUUE.
t'ure de fer. Les hémorrhagies précédentes n’avaient pas coïncidé avec une absence ou une diminution des règles.
Entre les mois de juillet et de décembre, la malade dit que les dimensions de la tache ont augmenté. Le 21 décembre elle entre à l'hôpital tellement affaiblie par les pertes de sang qu’elle ne peut marcher, et peut à peine parler.
On constate alors une tuméfaction notable de la moitié latérale gauche de la langue qui est recouverte de croûtes noirâtres formées par le perchlorure de fer.
Le 2â décembre, la langue étant à peu près nettoyée, on remarque, dans une étendue de 2 centimètres environ auprès du bord libre et à
pIOl> 7. Tumeur érectile de la langue circonscrite entre les mors de trois pinces
hémostatiques avant d’en faire l’extirpation.
gauche, une tumeur constituée par des papilles irritées et hypertrophiées, et en arrière de celle-ci, une autre saillie du volume d’un haricot, assez rénitente. et qui est le siège de battements isochrones a ceux du pouls, comme on peut facilement le constater en saisissant avec deux doigts cette saillie de haut en bas ou de dedans en dehors. Le reste de la langue ne présente rien de particulier. Pas de nouvelle hémorrhagie depuis l’entrée de la malade. On ne diminue pas sensiblement cette tumeur en comprimant la langue au delà de son siège.
Cette malade fut opérée le t) janvier 1875 de la manière suivante :
DE LA FORCIPRESSÜRE.
Deux éponges portées sur deux pinces à arrêt sont préalablement placées profondément entre les joues et l’arcade dentaire, comme le fait toujours M. Péan dans ces sortes d’opérations, afin d’empêcher le sang de pénétrer dans le larynx. L'opérateur place ensuite transversalement une pince hémostatique qui saisit la langue près du bord postérieur de la tumeur; une seconde pince est placée longitudinalement sur la partie médiane de l’organe; enfin, une troisième est appliquée sur le plancher buccal (fi'g. 7). Ces pinces ainsi disposées empêchaient le sang d’arriver par l’orifice de section des vaisseaux, et permirent à M. Péan de disséquer facilement la tumeur avec le bistouri. Celle-ci est, en effet, enlevée dans toute son épaisseur, mais comme elle n’envahit point la totalité de l’organe, il en résulte une assez large perte de substance qui siège sur la face dorsale. On enlève, l’une après l’autre, les trois pinces à compression, et l’on place successivement de petites pinces hémostatiques, au nombre de six, sur les différentes branches artérielles qui donnent du sang, ce qui rend l’hémorrhagie insignifiante et l’opération extrêmement rapide. Au bout de vingt-quatre et de trente-six heures, toutes les pinces furent retirées, sans donner lieu à aucune perte de sang.