LUE A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
Dès les premiers temps de la chirurgie, les praticiens ont compris l'utilité des appareils solidifiables dans le traitement des fractures.
Hippocrate les recommandait déjà pour quelques fractures difficiles à contenir.
Plus tard, les chirurgiens arabes en généralisèrent l'usage. Aussi, dans les siècles postérieurs, nous les voyons décrits successivement par Ambroise Paré, Fabrice d'Aquapendente, Wil seman, Moscati, et la plupart des auteurs de chirurgie jusqu'à nos jours.
Ces appareils, invariablement composés d'étoupes trempées dans un mélange de farine et de blancs d'œufs battus, n'étaient toutefois employés qu'exceptionnellement jusqu'au commencement de ce siècle, où Larrey père en a préconisé l'emploi comme méthode générale.
Depuis lors, plusieurs chirurgiens éminents se sont évertués à trouver de nouvelles substances solidifiables en même temps qu'à perfectionner leur mode d'application. C'est ainsi que l'on vit Dieffenbach préconiser le plâtre, M. Seutin l'amidon, M. Velpeau la dextrine, d'autres la colle de pâle, Bérard le carton mouillé. M. Félix Paquet la gutta-percha, etc.
Chacune de ces modifications présentait en réalité quelque avantage spécial ; mais chacune d'elles se trouvait entachée d|
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quelque inconvénient grave, qui faisait hésiter les praticiens à en adopter l'usage d'une manière définitive; C'est ainsi que la dextrine, l'amidon, la colle de pâte, le carton mouillé, ont l'inconvénient grave de se dessécher trop lentement, d'exiger par conséquent un supplément provisoire d'attelles extérieures. De plus, ces substances, lentes à se solidifier, se ramollissent facilement au contact de la suppuration des cataplasmes et de tous les liquides, ce qui rend impossible leur emploi dans les fractures compliquées. Quant à la gutta-percha, certainement elle a des qualités précieuses, elle se solidifie rapidement, elle reste inallérable au contact des liquides ; mais, c'est malheureusement une substance rare, d'un prix élevé, qu'on ne se procure que difficilement, et dont la rigidité surtout laisse beaucoup à désirer.
Reste donc le plâtre. Cette substance est des plus communes, elle se trouve partout; sa solidification est des plus rapides, son inaltérabilité parfaite; seulement, les procédés employés jusqu'à présent pour son application étaient tellement défectueux, que l'usage en était vraiment impossible.
Dicffenbach, qui le premier se servit de cette substance, se contentait de la verser à l'état de pâte liquide sur le membre malade, de manière à saisir celui-ci dans un moule, qu'il fallait ensuite briser avec un marteau, quand on voulait l'enlever.
Quelques chirurgiens essayèrent, il est vrai, de [tarer à ce grave inconvénient en divisant le moule en deux ou trois parties; mais ce procédé n'en avait pas moins encore de trop graves inconvénients pour être pris en considération sérieuse.
En 1 858, M. Lafargue deSaint-Émilion proposa de mélanger le plâtre à l'amidon, et eut l'idée de saupoudrer de ce mélange les compresses et bandelettes du bandage ordinaire de Scultel, préalablement humectées; de celle manière on obtient un appareil solide et léger à la fois; mais l'application en est minutieuse el difficile, et ne remplit encore que très-imparfailement les indications si nombreuses et si délicates, que présentent les diverses variétés de fractures.
Tous les appareils solidifiables se trouvaient donc, pour une raison ou pour une autre, entachés de quelque vite capital qui
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en rendait la vulgarisa Lion impossible. C'est alors que l'idée; me vint de chercher la solution du problème, non pas dans l'invention d'une nouvelle substance solidifiable, mais bien dans une meilleure application de quelqu'une des substances déjà connues.
Celle à laquelle je donnai la préférence fut le plâtre, qui se trouve partout, dont le prix est presque nul, et qui, de plus, offre sous le rapport de la consolidaLion et de l'inaltérabilité LouLes les qualités désirables.
Seulement, au lieu de ces procédés pénibles dont on avait jusqu'alors fait usage pour son application, j'imaginai de le délayer simplement dans l'eau, et d'en imbiber ensuite une bande roulée, comme M. Velpeau le faisait déjà pour la dextrine.
J'obtins ainsi des appareils excellents, aussi simples, aussi légers, d'une application aussi farcile que les appareils dextrinés, et cloués, en outre, de l'avantage de se consolider en quelques minutes, en même temps que de résister parfaitement à toutes les substances humides.
Déjà nos appareils plâtrés se trouvaient donc supérieurs aux meilleurs appareils solidifiables, lorsque, à l'occasion d'un accident que j'éprouvai moi-même (une fracture du péroné), j'eus l'idée d'un nouveau perfectionnement dont je fis usage pour mon propre compte, et dont je fis immédiatement profiter mes malades.
Ce perfectionnement consiste à réduire tout l'appareil à de simples attelles. On prend pour cela de longues compresses de linge que l'on trempe dans le plâtre liquide, on les plie ensuite en plusieurs doubles, puis on les étend le long du membre fracturé, sur lequel on les maintient avec une simple bande.
En se solidifiant, ces compresses acquièrent une consistance extrême, et comme elles sont exactement moulées sur le membre, elles constituent des attelles d'une perfection absolue.
Mais là ne se bornent pas les avantages de ce perfectionnement. Peu à peu l'usage m'en a révélé d'autres bien plus précieux encore.
En effet, l'un des grands inconvénients des appareils solidifiantes était précisément cette difficulté de les enlever en tout
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«ni en partie^ ee qui leur a même valu le nom d'appareils inamovibles. De là, ces accidents si graves de gangrène, d'ulcérations, qui, bien qu'assez rares, n'en laissaient pas moins le chirurgien dans de \ives inquiétudes.
Ce son1 ces accidents ou ces craintes qui avaient engagé M. Seutin à proposer son appareil amovo-inamovibJe. Mais, cette idée précieuse n'avait point encore, malgré les efforts de son auteur, obtenu de réalisation vraiment pratique.
Dans notre nouveau système d'appareil, rien, au contraire, n'est plus simple et plus facile que de remplir celte indication. Chaque jour le chirurgien peut inspecter la blessure, y appliquer des topiques, et cela sans déranger en rien le membre de sa fixité absolue. Bien plus, si, comme cela a lieu dans les fractures compliquées, il devient nécessaire de laisser à découvert, d'une manière permanente, telle ou telle portion du membre, pour y pratiquer des opérations ou des pansements voir même des irrigations, le nouveau système se prête avec la plus grande facilité à toutes ces exigences.