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INTRODUCTION DE L'IODE DANS LA THÉRAPEUTIQUE

C'est en 1814 que Courtois, salpêtrier du faubourg Saint- Antoine, découvrit l'iode dans les eaux mères des soudes de varech.

Introduit bientôt dans la thérapeutique par Coindet, de Genève, ce merveilleux métalloïde ne tarda pas à y prendre la première place. Ce fut d'abord comme spécifique du goitre et de la scrofule qu'il fut proposé, et c'est en cette qualité encore qu'il est connu du public et même du monde médical, bien qu'il guérisse fort peu le goitre et qu'il ne guérisse peut-être pas du tout la scrofule.

Quoi qu'il en soit, le nouveau médicament fut expérimenté sur une grande échelle, et les guérisons presque miraculeuses qu'il opérait en grand nombre ne tardèrent pas à passionner vivement les esprits.

Lugol, médecin de l'hôpital Saint-Louis, et chargé d'un service de scrofuleux, l'employait à peu près chez tous ses malades; il en obtint des cures tellement extraordinaires que toute objection paraissait impossible. C'étaient des ulcères horribles, des caries osseuses, des tumeurs blanches du genou, du pied, de la hanche, qui guérissaient en quelques semaines. Un fait cependant produisait un élonnement profond : c'est que dans ces salles où gisaient un si grand nombre de scrofuleux, la merveilleuse influence de l'iode ne se manifestait que sur un nombre très-restreint de malades, et tandis que ceux-ci guérissaient avec une promptitude qui tenait du prodige, les autres, placés en apparence dans des conditions analogues, n'éprouvaient pas la moindre amélioration.

On conçoit que cette sorte de paradoxe devait prêter à des discussions violentes; pendant que ceux qui avaient rencontré des cas favorables proclamaient bien haut les vertus du nouveau

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médicament, les autres, plus nombreux, qui n'avaient éprouvé que des échecs, niaient absolument sa valeur, et taxaient volontiers d'exagérations ou d'impostures les affirmations de leurs antagonistes.

Ces débats menaçaient de se prolonger encore bien longtemps, quand Wallace et Ricord vinrent démontrer que parmi les nombreuses affections contre lesquelles l'iode était préconisé, celles qui guérissaient avec une si merveilleuse facililé n'étaient autre chose que des affections syphilitiques arrivées à leur troisième période.

En effet, l'efficacité de l'iode contre ces affections est tellement évidente et rapide, que tous les esprits furent promptement ralliés à cette grande vérité.

Il n'existe vraiment rien de plus merveilleux que cette puissance de l'iode contre les affections anciennes, alors que cellesci ont résisté au mercure et qu'elles présentent toute l'apparence de l'incurabilité.

Il vous arrivera de voir les ulcères les plus hideux, des tumeurs blanches suppurées, des tumeurs d'apparence cancéreuse, desphthisies même, desépilepsies, alors qu'elles ont une origine syphilitique, disparaître avec une promptitude qui dépasse toute imagination. Yingt-quatre heures suffisenl pour amener dans ces graves affections une amélioration sensible; six semaines ou deux mois pour compléter la guérison.

Mais tandis qu'il guérit avec une si merveilleuse facilité les plus graves désordres d'origine syphilitique, l'iode reste complètement inerte contre les affections similaires dues à des causes différentes. Aussi, quand vous entendrez dire que l'iode a guéri des cancers, comme le pensait Ulliac, des phthisies tuberculeuses, comme on le proclame en ce moment dans certains journaux, des scrofules, comme le dit cà peu près tout le monde, soyez surs qu'il y a eu erreur de diagnostic volontaire ou involontaire.

L'iode n'a jamais guéri de cancer; l'iode n'a jamais guéri do tubercules; l'iode ne guérit pas la scrofule; ce qu'il guérit, mais ce qu'il guérit merveilleusement, ce son! les accidents

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syphilitiques tertiaires. Or, ces accidents peuvent revêtir les apparences les plus semblables au cancer, aux scrofules, à la phthisie tuberculeuse, à l'épilepsie, elc; et c'est précisément ouérissanl les uns sans nmdilicr en aucune Tanin les autres que ['iode esl devenu la merveilleuse pierre de touche à l'aide de laquelle il a été possible de constituer la classe nouvelle des accidents syphilitiques tertiaires, dont la création consigne l'un (1rs progrès les plus importants de la chirurgie contemporaine.

Jusqu'alors, en effet, nous ne connaissions guère de la syphilis que les manifestations dites secondaires, et tout au plus quelques affections osseuses ou eu lanées ; mais 1rs affections syphilitiques du cerveau, du J'oie, du poumon, les tumeurs profondes des muscles, du tissu cellulaire, etc., étaienl entièrement confondues sous le nom d'épilepsie, de ramollissement du cerveau, de phthisie, d'hépatite chronique, de cancer avec d'autres maladies, similaires quant à leurs principaux symptômes, niais essentiellement différentes quant à leur origine et surtout quant à leur curabilité.

.Or, en voyant guérir avec une si merveilleuse promptitude certaines de ces affections réputées incurables, tandis que d'autres identiques en apparence n'éprouvaient absolument aucune modification, les praticiens durent se demander quels étaient li s caractères spéciaux de ces affections privilégiées, et en quoi elles pouvaient différer des autres. C'est alors que l'on arriva peu à peu à reconnaître que toutes ces affections si dissemblables avaient néanmoins un lien commun, et que ce lien était leur origine syphilitique. C'était donc le virus syphilitique et non telle ou telle altération organique que l'on avait la puissance de neutraliser.

Quelque prodigieuse que pût paraître d'abord cette puissance, elle ne heurta pas les esprits ; car déjà, dans cette même classe de. maladies syphilitiques, une puissance analogue était depuis longtemps reconnue au mercure sur les manifestations si variées que nous connaissons sous le nom d'accidents secondaires.

xxiv PROGRÈS DE LÀ CHIRURGIE CÔNTEM PORATNÉ.

A ce sujet, je me permettrai mênjje de hasarder une considération qui ne sera peut-être pas sans intérêt pour l'intelligence de l'histoire de la syphilis.

Vous savez que c'est au quinzième siècle que tous les syphiliographes rapportent l'invasion de la syphilis; c'est au moins de cette époque que datent les premiers documents précis sur cette affection. Or, quand on considère que c'est précisément à cette époque que Paracelse introduisit le mercure dans la thérapeutique, n'est-il pas probable qu'il en a été du mercure comme de l'iode; et si, comme cela ne peut être mis en doute, c'est à ce dernier médicament que nous devons d'avoir pu reconnaître le,s accidents tertiaires et les distinguer de toutes les affections analogues avec lesquelles ils avaient été jusque-là confondus, n'est-il pas raisonnable de penser qu'il en a été de même du mercure au quinzième siècle? En guérissant les maladies de la peau d'origine syphilitique, comme l'iode guérit les maladies viscérales de même origine, ce médicament précieux a dû opérer une révolution profonde dans les connaissances de cette époque, et révéler au monde médical comme une maladie nouvelle ce groupe d'affections fort ancien en réalité, mais que nulle pierre de touche n'avait pu jusqu'alors permettre de distinguer des autres affections similaires.

Indépendamment de ces merveilleuses propriétés qui lui ont mérité le premier rang dans la thérapeutique, l'iode en possède encore d'autres qui, pour être d'un rang secondaire, n'en ont pas moins dans la chirurgie une importance considérable. Je veux parler de ses propriétés caustique et antiputride. Comme caustique il appartient à la classe des cathérétiques ou caustiques légers; quand on l'emploie sous forme de teinture, par exemple, il exerce sur la peau une stimulation rapide et puissante, sans toutefois provoquer la vésication ; ce qui permet de réitérer fréquemment son application, et d'obtenir ainsi une action continue qui provoque la résolution de nombreux engorgements chroniques, alors même que ses propriétés spécifiques n'ont aucune raison d'être mises en jeu. Colle même propriété légèrement cathérétique, jointe à sa propriété anli-

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putride, t'a rendu encore d'un emploi précieux dans une multitude d'autres circonstances.

C'est ainsi que son usage est devenu presque général comme détersif dans les abcès froids ou par congestion, comme stimulant dans les kystes de toutes sortes, alors qu'il s'agit de modifier la vitalité de la membrane interne de ces kystes, pour obtenir leur guérison, et nous verrons plus tard que sous ce point de vue l'iode a contribué pour une part importante à l'un des progrès les plus considérables de la chirurgie contemporaine : au développement de la précieuse méthode des injections dans les cavités closes.

Mais ce n'est pas seulement par son action directe comme agent thérapeutique que l'iode a produit une si profonde révolution dans la chirurgie. En guérissant avec une merveilleuse promptitude plusieurs de ces graves lésions que l'expérience des siècles avait considérées comme incurables, il ébranla toutes les idées relatives à l'importance de l'anatomie pathologique; puisque des tumeurs énormes, des caries osseuses, des ulcères horribles, des tumeurs blanches des plus graves avec dégénérescence des ligaments, des os et de toutes les parties constituantes de l'articulation, pouvaient guérir en six semaines ou deux mois sous l'influence de l'iode, ce n'était donc plus à la lésion elle-même que s'attachait le caractère d'incurabilité, et dès lors, toutes les investigations minutieuses pour constater la profondeur ou l'étendue d'une lésion, pour savoir si elle envahit telle ou telle partie d'un organe, n'avaient donc plus désormais qu'un intérêt secondaire, puisque par le fait seul de la destruction de la cause qui les avait provoquées ces mêmes lisions disparaissaient spontanément avec une promptitude merveilleuse.

Or,. cette démonstration est tout simplement le renversement complel de celle école- anatomo-pathologique qui fut à la fois si prétentieuse el si stérile, tandis que la doctrine si féconde de l'intoxication, que la découverte récente de l'infection purulente venait de fonder, recevait au contraire une nouvelle et puissante consécration; mais d'autres conséquences plus immédia-

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lement pratiques et plus inattendues peut-être surgirent encore tle la nouvelle découverte.

Du moment qu'il était bien établi que les altérations anatomiques les plus graves pouvaient disparaître par les seules forces de l'organisme et qu'elles n'avaient plus par conséquent rien d'essentiellement incurable, la foi thérapeutique commença à renaître, et la chirurgie, qui naguère se hâtait d'opérer toutes les tumeurs, toutes les dégénérescences, comprit que le couteau n'était désormais qu'une ressource ultime, et qu'avant d'y recourir il fallait épuiser l'usage des moyens médicaux.

Dès lors on vit diminuer chaque jour le chiffre des amputations, au point que maintenant, dans les hôpitaux, c'est à peine si ce chiffre atteint le dixième de ce qu'il était il y a trente ans.

Toutes ces arthrites, toutes ces tumeurs blanches dont vous nous voyez actuellement obtenir la guérison, étaient alors impitoyablement amputés. Ce n'est cependant pas que l'iode en guérisse un grand nombre; mais en guérissant celles qui reconnaissent une cause syphilitique, l'iode démontrait que ces affections n'étaient pas essentiellement incurables, et par conséquent enhardit les chirurgiens à les poursuivre par toutes les ressources de la thérapeutique.

Certainement le dernier mot n'est pas dit à ce sujet, et beaucoup de lésions organiques résistent encore à tous nos moyens, mais alors même que nos efforts échouent, il nous reste la foi dans l'avenir ; et nous sommes soutenus par cette certitude consolante que le jour n'est peut-être pas éloigné où toutes les maladies chroniques trouveront aussi leur iode. C'est à la génération nouvelle qu'est dévolue celte lâche. Qu'elle marche donc résolument dans cette voie, et que l'exemple de la génération contemporaine excite en elle une noble émulation.

PROGRÈS DE LA CHIRURGIE CONTEMI'O RAINE

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