CHAPITRE III
DE LA FORCIPRESSU P» E AVANT LES OPERATIONS COMME MOYEN D ’HÉMOSTASIE PRÉVENTIVE
Hémostatiques préventifs : ligature préalable, compression avec les doigts ou des instruments spéciaux. — Compression élastique. — Méthode d’Esmarch. — Pinces hémostatiques. — Observations : Excision de la luette. Polype de l’utérus. Hypertrophie avec allongement de la lèvre antérieure du col. — Tumeur épithéliale de la joue. — Tumeur érectile sous-cutanée du front. — Tumeur érectile de la langue. — Autre tumeur
de la langue. — Pinces hémostatiques spéciales pour les lèvres, les joues, etc —
Tumeur érectile volumineuse de la lèvre inférieure et de la joue traitée par les injections, après hémostasie préalable au moyen de ces pinces.
L’hémostasie préventive, comme son nom l’indique, est celle qui a pour but de prévenir l’arrivée du sang dans les parties qui doivent être intéressées par le couteau du chirurgien. Le plus sûr moyen de suspendre la circulation dans une région est certainement de jeter au préalable une ligature sur le vaisseau principal de cette région; mais si l’on évite ainsi certaines difficultés opératoires, on se crée pour ainsi dire de nouveaux dangers en pratiquant deux opérations au lieu d’une. Aussi ce moyen est - il réservé aujourd’hui presque exclusivement pour certaines opétions très-graves de la face, et pour l’extirpation des tumeurs qui s’engagent profondément dans la loge parotidienne. Dans les autres cas où la suspension du cours du sang doit être obtenue, on a généralement recours à la simple compression faite au moyen des doigts ou d’ instrument spéciaux tels que le garrot, le tourniquet de J.-L. Petit, le compresseur de Dupuytren, etc
DE EA FORCIPRESSURE.*
Depuis bientôt deux ans, les chirurgiens ont renoncé à ces instruments qui sont avantageusement remplacés parla compression élastique, selon la méthode d’Esmarch. Mais cette compression n’est, applicable qu’aux opérations qui se pratiquent sur les membres : celles qui portent sur d’autres parties du corps doivent
être exécutées la plupart du temps sans hémostasie préventive.
C est pour combler en partie cette lacune que, dans ces dernières années, M. Péan a imaginé de faire servira l’ hémostasie préventive les pinces dont il se servait journellement pour faire de l’hémostasie définitive.
Dans ce but, ce chirurgien place une ou plusieurs pinces non plus sur les vaisseaux, mais sur les tissus sains, autour du point où doit porter le bistouri. Ces instruments compriment mieux que les doigts des aides et gênent moins la manœuvre opératoire. Mais pour que ce procédé soit applicable, il faut que l’opération porte sur une région ou sur une tumeur assez faciles à circonscrire. Il en est ainsi des tumeurs pédiculées ou faciles à pédiculiser, quel que soit leur siège, et en particulier de toutes les productions polypeuses dont l’extirpation peut être rendue difficile ou dangereuse à cause de leur grande vascularité. Il suffit pour cela de placer à la base du pédicule une ou plusieurs pinces, et de pratiquer l’excision au-dessous de leurs mors. C’est ainsi qu’on agira pour pratiquer l’ablation des hémorrhoïdes, des polypes de l’utérus, du rectum, etc...
Si, au contraire, on a affaire à de petites tumeurs sessiles dont la dissection demande à être faite minutieusement, et dont on redoute la vascularité, on les circonscrira entre les mors de plusieurs pinces beaucoup plus facilement qu’avec les doigts des aides. Ce procédé sera surtout avantageux pour l’extirpation d’un certain nombre de tumeurs érectiles et pour l’excision des végétations. Il rendra encore d’importants services dans l’ablation des cancroïdes des lèvres, des tumeurs gingivales de nature fongueuse, éreclile ou épithéliale, des cancers de la langue, et
DE L A FORCI PRESSURE
dans les opérations du bec-de-lièvre, du phimosis, etc... Si, après l’opération, on craignait que l’enlèvement des pinces ne tût suivi d'hémorrhagie, on pourrait les laisser en place jusqu’à ce qu’elles eussent déterminé l’oblitération définitive des vaisseaux, ou saisir directement avec de nouvelles pinces les points qui continueraient
a saigner.
Quel que soit le procédé auquel on donne la préférence, on réalise ainsi les bénéfices de l hémostasie préventive et de 1 hémostasie définitive sans être obligé de recourir à l’emploi toujours redoutable des caustiques.
La conduite à tenir varie du reste avec chaque opération, et c’est à ce titre que nous allons maintenant rapporter quelques observations destinées à montrer les avantages de ce procédé.