‹ Clinique de l'hôpital de CayenneChapitre 1 sur 4 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

N’attachant qu’une faible importance au mémoire qu’on va lire , je ne l’eusse pas livré au public, si la Société de médecine de Paris n’eût, d’elle-même, pris ce soin en le faisant insérer dans la Revue Médicale. Quoique pénétré de Fcxiguité et du peu de mérite de ce document, j’en ai cependant fait tirer quelques exemplaires à part , afin d’en augmenter les voies d’écoulement et de circulation, et d’être plus assuré qu’il parviendrait à la connaissance de nos confrères des tropiques.

Ce qui frappe dans ce mémoire, ce qui mérite peut-être quelque attention , c’est la hardiesse des formules thérapeutiques , c’est , si l’on veut , une vigueur d’empirisme tout opposée aux moyens débiles et méticuleux sur lesquels repose aujourd’hui la pratique française.

Il est remarquable , que théoriciens et pathologistes plus complets que nos confrères étrangers , que nourris et imbus de la physiologie la plus vaste et la plus éclairée , que les premiers dans la découverte des principes actifs des végétaux, et les mieux instruits des formules qui pré-

sidcnt aux préparations métalliques , nous soyons cep en dant les plus timides de tous les praticiens au lit ou malade(i)! Mieux vaudrait, ce me semble, des aliments grossiers et indigestes, destinés à une faim vorace, que la profusion et la somptuosité s’adressant à des estomacs sans

désirs et privés de toute énergie !

Quels que soient les moyens dont on compose ses ressources médicatrices, il faut, selon moi, les employer avec énergie; procédant delà sorte, on obtiendra des résultats plus faciles à constater, et les croyances oscilleront moins long-temps. Ainsi , si vous usez de la saignée, vous arriverez plutôt à l’appréciation de [opportunité et du degré d’héroïsme d’un pareil moyen, en imitant le professeur de la Charité, qu’en vous plaçant ici sous uns sorte de charme homœopathique.

fortement imbu de l’opinion que je viens démettre, j’ai osé insister , de la manière ra plus itérative , sur 1 emploi de l’émétique , alors que j attaquai les affections pectorales, surtout quand celles ci s’offraient h 1 état chronique. Les résultats que j’ai obtenus en suivant cette

(1) A quelques exceptions près , je caractériserais la médecine française comme moins effective que celle de lAngletene. En France on accorde trop de confiance à des moyens que nous reconnaissons inertes , on attend trop du régime diététique , qui ne peut éloigner la maladie ; la médecine expectante , quoique moins dangereuse dans les mains de l’ignorance et de la présomption , est en même temps moins puissante et moins bienfaisante dans les mains même d’un médecin judicieux et habile. (. Esquisse de ï histoire de la médecine depuis son origine jusqu au dix-neuvieme siècle , pax Bostock, M. D. F., r. s. — Voyez-en l’analyse dans la Revue médico-chirurgicale anglaise, n° 1 , 15 mai 1836.)

méthode, empruntée h Giovani de Vitis , ont été plus que favorables, et j’ai cru devoir les signaler.

En parcourant ce travail, on rencontrera souvent le mercure comme principal agent de médication. Ici, je crois devoir engager ceux de nos confrères qui exercent sous la zone torride h faire un usage plus étendu des préparations mercurielles ; et, s’ils n’entendent la médecine curative que sous la forme antiphlogistique , je leur rappellerai qu’il est plus d’un praticien qui , sans considérer le médicament dont il s’agit , comme un agent négatif et débilitant , le regarde comme un des modificateurs les plus puissants de l’état inflammatoire.

Abandonnant toute digression théorique, et ne voulant pour arguments que les faits contenus dans cet opuscule, je me bornerai à consigner ici que je rapporte la mortalité, plus que minime, de notre hôpital à l’usage en grand que mes confrères et moi faisons aujourd'hui de la panacée dont Musgrave , l’ornement de la médecine anglaise, comme l’appelle Huxam , a généralisé l’application dans son pays.

Certes , s’il est une maladie où nos opinions indigènes s’irritent de voir recourir au mercure, c’est la dysenterie, et cependant , il n’est pas, dans les régions inter-tropicales , de remède plus héroïque contre cette maladie , fléau dévastateur, dont les coups cesseront peut-être bientôt de nous tant alarmer !

Déjà deux de nos colonies sont en possession d’une formule dont le proto-chlorure de mercure fait la base ; et , depuis cette adoption, des avantages inouïs ont été obtenus dans le traitement de la dysenterie , comme le constatent , et ma correspondance avec M. le docteur

De Leissègues , et une lettre de M. Famiral Makan , gouverneur de la Martinique, à M. l’amiral ministre.

L’attention s’arrêtera sans doute encore sur l’habitude où nous sommes, à Cayenne, de juguler les plus forts accès de fièvre à l’aide du calomélas. Je ne sais quel ancien médecin de Montpellier appelait ce médicament la clé du système hépatique, preuve qu’il le tenait pour précieux dans toutes les maladies où la bile est en jeu. Or, quelles sont, à la Guiane, les affections pyrétiques les plus meurtrières, si ce ne sont les fièvres rémittentes bilieuses? Sans vouloir trop préjuger des autres localités inter-tropicales, ma pensée est que toute fièvre grave, qui n’est pas le typhus ictérodes , se trouverait généralement bien de l’administration du calomel. Ouvrir les premières voies , modifier la constitution des fluides et les appauvrir radicalement , n’est pas indication futile ni erronée dans une foule de maladies aiguës; c’est une conduite heureuse et rationnelle, quand il s’agit des plus redoutables affections pyrétiques.

La quinine , parmi les médicaments de premier rang , paraîtra peut-être avoir été plus que prodiguée ; dans l’emploi, en apparence exagéré , que nous en avons fait, nous prions le lecteur de tenir compte du soin que nous avons toujours eu de ne pas trop insister sur le même organe. Ainsi, nous préservons celui ci, non pas d’irritations, que la quinine ne saurait provoquer, mais de ces névralgies consécutives, et pour ainsi dire, posthumes, que ce remède peut éveiller, quand on s’obstine à ne pas varier les points de son application. De plus , en agissant de la sorte, on se procure l’immense avantage de s’adresser l\ des tissus

vierges, ou du moins , non fatigués ni émoussés par l’action virtuelle de ce précieux médicament.

Sans sortir du domaine des fièvres, nous ne parlerons des épithèmes réfrigérants que pour les remplacer par les cantharides. L’eau froide, en sa qualité d’agent négatif, ne saurait occuper en thérapeutique qu’une place très-secondaire; on verra les reproches que nous lui adressons.

En revanche, nous faisons grand cas des vésicatoires, dont nous usons en général, à une période beaucoup plus rapprochée du déh ut du mal, que l’habitude n’en est contractée en France. Lisez l’ensemble des observations recueillies dans les hôpitaux de la métropole, et vous remarquerez que ce moyen énergique n’apparaît que sur la lin des maladies; comme s’il n’était pas indiqué de devancer, mais seulement de .suivre les graves symptômes. Cette manière retardataire d’user des cantharides me rappelle la pratique d’un médecin de Cayenne, que je n’ai pas connu, et à qui il fallait arracher ce topique; attendu, disait-il, qu’on doit toujours garder une poire pour la soif. . Si l’on prétend que ce qui est né¬

cessaire dans un pays où les maladies vont au pas de course devient inutile ailleurs , je répondrai que c’est là une erreur; et que , puisqu’il n’y a rien de fatal , comme on le dit aujourd’hui , dans l’évolution des maladies, il ne faut pas plus accepter les petites journées de celles-ci en Europe, qu’on ne pourrait se permettre de laisser galoper trop long-temps celles-là sur le sol brûlant de l’équateur.

Comme nous dépasserions de beaucoup les limites d’un avant-propos, en nous livrant à de pins longs commentaires sur les vues cl les faits qu’on trouvera consignés

dans ce mémoire, nous terminerons en faisant appel aux praticiens qui combattent journellement les fièvres graves, pour qu’ils expérimentent sur la valeur et l’opportunité du feu dans celles appelées soporeuses , syncopales , cholériques , algides etc . C’est en désespoir de cause que nous sommes venu à user, avec les plus brillants résultats, de ce moyen, en apparence extrême, mais qu’on peut dire n’être nullement douloureux dans les circonstances où se trouve ici l’économie.

DE

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