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NETTOYAGE DE LA BOUCHE ET DES DENTS

Article 1er. — Préliminaires.

§ 1er. — Position du patient et de l'opérateur.

Position du patient. — Le patient doit être assis

(i) Ce néologisme, qui nous vient d’Amérique et qui est employé à l’Ecole dentaire de Paris depuis sa fondation, a été définitivement consacré par M. le professeur Brouardel, doyen de la Faculté de médecine de Paris, à la tribune du Sénat, lors de la discussion de la loi sur la médecine en 1892.

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

dans le fauteuil d’opération, la tête solidement appuyée dans la têtière.

La position du siège, du dossier, du fauteuil et de la lèLière varient suivant la taille du patient et la partie de la bouche sur laquelle on doit opérer. La mobilité des différentes pièces qui composent le fauteuil d’opération du dentiste permet de placer le patient dans la position la plus favorable pour l'opération à exécuter.

D’une façon générale, le patient doit être placé de telle sorte que la partie de la bouche qui doit être opérée soit le mieux éclairée possible et que l’opérateur ne soit pas gêné dans ses mouvements.

Lorsqu’il s’agit delà mâchoire inférieure, le siège du fauteuil doit être aussi bas que possible ; le dossier vertical et la têtière portée en avant ; le patient ayant la bouche ouverte touche avec son menton le nœud de sa cravate.

Si, au contraire, il s’agit de lamàchoire supérieure, le siège du fauteuil doit être élevé, le dossier renversé et la têtière portée en arrière.

Position de l’opérateur. — L’opérateur se place à droite du patient et un peu en avant, lorsque les opérations doivent porter sur les dents inférieures ou les faces triturantes des molaires supérieures ; un peu en arrière, lorsqu’elles doixœnt porter sur les dents supérieures.

Le bras gauche de l’opérateur entoure la tète du patient, afin de la maintenir solidement fixée dans la têtière avec l’avant-bras et la paume de la main, pendant qu’il tient entre le pouce et l'index de la même main le miroir, qui lui sert à éclairer, par réflexion, la partie de la bouche qu’il opère de la main droite et à écarter en même temps la joue ou la langue.

Ces règles générales pour la position du patient et de l’opérateur s’appliquent à peu près à toutes les

opérations de chirurgie dentaire. Nous signalerons dans les descriptions qui suivront les modilications qu’elles pourront comporter.

§ 2. — Examen ou exploration de la bouche.

Le patient étant bien placé dans le fauteuil d'opération, dont les diverses parties ont été vérifiées et solidement serrées et les différentes précautions antiseptiques étant prises au point de vue de l’opérateur et du matériel opératoire (t), le dentiste procède à l’examen de la bouche et à ^interrogatoire du malade dans les conditions indiquées (p. 5).

Il établit son diagnostic et note sur le schéma de la feuille d’observation (p. 22) les différentes altérations qu’il constate et qu’il devra traiter.

Article II. — Antisepsie de la cavité buccale.

La première opération qui s’impose, après l’examen de la bouche, est la mise en état d’asepsie de la cavité buccale.

Cette opération comprend :

1° Le lavage de la bouche ;

2° Le nettoyage des dents par l’ablation des dépôts de tartre et autres substances recouvrant les dents.

§ 1er. — Lavage de la bouche.

Cette petite opération constitue une précaution antiseptique obligatoire. Elle doit être maintenant considérée comme la manœuvre préliminaire de toute opération sur la bouche ou les dents.

(i) Voir Antisepsie du matériel opératoire et de l’opérateur .

Godox. — Clinique dentaire. 8

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

M. le Dr Lancereau.x (1) a formulé ainsi ce que nous énonçons plus haul : « Toute opération d<ms la cavité buccale sera précédée d’un lavage de la bouche ■à l'aide d’une solution boriquée. »

Les lavages consistent en rinçages répété- avec une solution (l’un des divers antiseptiques recommandés pour la Louche : l'acide borique, le chloral, l’acide phénique ou thymique, etc.

Ces rinçages peuvent être faits par le patient luimême.

Pourtant ils seront plus soigneusement pratiqués par l’opérateur avec une seringue ou une poire en caoutchouc à canule courbe remplie de solution antiseptique tiède. Le jet devra être assez fort et dirigé surtout, entre les interstices dentaires et les cavités des dents cariées.

Cette première opération débarrasse les dents de tous les débris alimentaires et des divers dépôts qui les recouvrent. Elle modifie favorablement le milieu buccal.

Les substances qui résistent à ces lavages, telles que le tartre, certaines taches verdâtres ou noirâtres sur la couronne des dents et qui servent souvent d’indications pour compléter le diagnostic, ne peuvent être enlevées que par le nettoyage.

§ 2. — Nettoyage des dents.

CeLte opération a pour but principal l'ablation du tartre qui se dépose sur les dents dans le voisinage de la gencive, principalement sur les faces linguales des incisives et des canines inférieures et sur les faces labiales des molaires supérieures.

(i) Rapport sur les mesures de précautions à prendre \ taries dentistes pour éviter la transmission des affections contagieuses. Conseil d’hygiène publique el de salubrité du département de la Seine M. le Dr Lancereauï, rapporteur. Paris, iS9o.

Certains auteurs ont conseillé l’emploi d’agents chimiques, tels que les acides, pour faire dissoudre le tartre, mais leur action nuisible sur l’émail des dents les a fait abandonner.

On doit donc proscrire l'usage de tous acides végétaux ou minéraux, susceptibles d’attaquer les tissus dentaires.

On n’emploie plus, pour l’ablation du tartre, que les moyens mécaniques.

L’opération du nettoyage comprend trois périodes : 1° le grattage; 2° le polissage et 3° le brossage.

Grattage. — Instruments. — Les instruments qui servent à cette opération se composent de grattoirs, de tiges de bois ou de jonc, de poudre à polir, de brosses et de la seringue déjà employée pour les lavages buccaux.

Les collections de grattoirs pour le tartre sont très nombreuses et comprennent des instruments de formes très variées.

Le grattoir se compose d’un manche et d’une pointe ou grattoir proprement dit. Le manche est une tige cylindrique ou octogonale avec un renflement au voisinage de son union avec la pointe afin d’offrir une meilleure prise dans la main pendant l’opération. Cette partie de l’instrument est en bois ou en ébonite. Il est préférable qu’elle soit en métal, pour supporter les manipulations qui ont pour but de la rendre aseptique.

La pointe ou grattoir est en acier. C’est une lame triangulaire, en forme de fer de lance à pointe effilée, affectant des courbures différentes suivant les faces des dents auxquelles elles sont destinées.

Les formes le plus généralement employées sont :

1° Le grattoir droit, pour les faces labiales inférieures ou supérieures ;

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

2° Le grattoir courbé à angle droit large, pour les faces linguales des dents inférieures;

3° Le grattoir courbé à angle droit étroit, pour les inlerstices dentaires des dents inférieures;

4° Le grattoir à courbure ellipsoïde, avec pointe effilée, pour le côté droit inférieur, les faces linguales des molaires inférieures, les interstices dentaires et les ablations de tartre sous la gencive ;

5° Le même instrument, pour le côté gauche inférieur (les courbures de la pointe sont dirigées naturellement de côté opposé dans ces deux dernier instruments) (fig. 2).

Fig. a. — Gralloirs (Ash).

Mode d’opérer. — 11 faut attaquer le tartre en faisant pénétrer la pointe du grattoir entre la gencive •et le bloc tartrique, que l'on détache par un coup sec de bascule.

Il faut éviter, autant que possible, de gratter sur la dent au-dessous de son collet à cause de la sensibilité du périoste et aussi pour ne pas blesser le> gencives.

Il est cependant nécessaire, dans certains cas, d’aller avec la pointe de l’instrument détacher des

petits morceaux de tartre situés au delà du collet de la dent sous la gencive, àlaiscela doit se faire avec infiniment de précautions.

11 faut exercer une pesée sur les morceaux de tartre alin de les détacher de la dent, autant que possible par gros blocs.

Le grattage se pratique d'abord sur la face labiale des dents inférieures, en commençant par les dents antérieures.

Pour cette opération, la paume de la main gauche est appliquée sous le menton et la lèvre est abaissée avec le pouce ou l’index. La main droite tient l'instrument entre le pouce, l’index et le médius et s'assure d'un point d’appui soit sur la main gauche, soit sur les dents pour éviter de blesser le patient ■et d’ébranler les dents si elles sont déchaussées.

C’est le grattoir droit n° 1 qui est le plus employé pour cette première face, complété par le grattoir n° 2 courbe, large pour les molaires,

Pour la face labiale des dents supérieures, la paume de la main gauche est appliquée de façon que l 'index soulève la lèvre supérieure, pendant que le pouce est posé sur le bord incisif des dents antérieures.

Le grattoir droit et le grattoir courbe large suf- Iisent pour cette opération.

Si pourtant il restait quelques débris de tartre fixés sur la racine, sous la gencive, on peut les atteindre avec les grattoirs ellipsoïdes à pointe effilée, n° 4 ou n° 5, suivant le côté.

Il s’agit maintenant d’opérer sur la face linguale. Le bras gauche entourant la tète du patient, afin de la maintenir fixe dans la têtière, on se sert du miroir tenu de la main gauche pour pouvoir explorer la face linguale des dents et l’éclairer.

Les faces linguales des dents antérieures sont

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grattées d’abord, avec le grattoir courbe à angle droit large n° 2.

11 ne faut pas négliger la face interne des molaires* inférieures, pour laquelle les grattoirs à courbure ellipsoïde, nos 4 et 5, sont plus commodes.

Lesfaces interstitielles sont grattées en dernier lieu avec les grattoirs à pointes effilées, n05 3, 4 et 5.

A la suite de cette opération du grattage, les instruments doivent glisser facilement sur les surfaces nettoyées et les interstices des dents, et la langue du patient ne doit plus y rencontrer aucune rugosité.

Le grattage opéré, il faut faire rincer la bouche du patient avec un peu d’eau additionnée d'alcool phéniqué ou de tout autre dentifrice antiseptique. 11 vaut mieux encore laver à la seringue avec un jet de liquide antiseptique ou d’eau oxygénée chaque interstice dentaire et même, en cas de décollement de la gencive, chaque cul-de-sac gingival.

Cette partie de l’opération doit être faite très soigneusement et répétée plusieurs fois pendant le nettoyage.

11 est bon également de passer un fil de soie floche ou de caoutchouc (Andrieux) entre les interstices déni aires pour les débarrasser de toutes les particules de tartre, qui, quoique détachées par le grattoir, n’ont pu être délogées par les lavages.

Polissage. — Cette seconde opération est très importante. Elle a pour but de débarrasser les dents des fines particules de tartre que le grattage n'a pu enlever et qui pourraient être le point de départ de nouvelles concrétions calcaires.

Instruments. — Le polissage se pratique à l'aide de tiges en bois d’oranger, de noyer, de hêtre ou de jonc, maniées à la main ou montées sur le tour dentaire.

Les tiges employées à la main sont taillées en sif-

fiel à l'une de leurs extrémités et écrasées en forme de balai à l’autre extrémité.

Les tiges destinées à être montées sur le tour dentaire (fig. 3} sont en cône ou en pointe.

On se sert aussi quelquefois de petites capsules en caoutchouc qu’on charge de poudre et qui se moulent facilement sur les dents. On les monte sur le tour pour les animer d’un mouvement circulaire.

Fig. 3. — Brosses montées sur tour (Ash).

Mode d'opérer. — L’extrémité écrasée du bois, tout d’abord humectée de la solution antiseptique, est chargée d’un mélange par parties égales de ponce très fine (ponce à la soie) et de blanc d’Espagne en poudre, que l’on étend ainsi sur la face des dents à polir. On frotte ensuite les dents sur toutes les faces et en tous sens avec l’extrémité taillée en pointe; verticalement d’abord, puis horizontalement, ensuite au collet.

Brossage. — L’opération du polissage se complète par le brossage.

On emploie à cet effet des brosses montées sur le tour. Leur forme circulaire est tantôt aplatie sur ses deux faces, tantôt en entonnoir, tantôt en forme de pinceau (fig. 3).

On garnit les dents de poudre à polir et on les brosse chacune, pendant quelques instants, sur toutes leurs faces. Pour éviter les éclaboussures pen-

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

dant l’opération, on peut humecter les brosses d'un peu de glycérine.

Procédé pour enlever les taches vertes ou noires.

— Pour enlever les dépôts verdâtres de nature organique qui se forment sur la face labiale des denD antérieures, généralement sur les dents supérieures, et plus souvent chez les enfants de dix à quinze ans, le grattage est avantageusement remplacé par le frottage à l’aide d'un morceau de bois ■chargé d’un mélange de ponce et d’iode ou d'eau oxygénée (Iieidé).

Le polissage et le brossage se pratiquent ensuite d’après le manuel opératoire ordinaire.

Dans certaines fièvres graves, la fièvre typhoïde par exemple, les dents se recouvrent de dépôts épais de mucosités qui provoquent la carie. On doit les enlever, à mesure qu’ils se forment, avec de petiLes baguettes de bois garnies d'ouate hydrophile humectée d’une solution alcaline de magnésie nu de bicarbonate de soude.

Après le nettoyage. — Une fois les dents bien nettoyées, de petites saignées locales (scarifications verticales à l’aide du bistouri) peuvent être pratiquées sur la gencive, partout où il y a congestion gingivale (Delhou, Brasseur).

La bouche doit être rincée avec une solution antiseptique (voy. p. 134) avant, pendant et après 'le nettoyage.

On se trouve bien, après le nettoyage, d'un badigeonnage des gencives, en cas de gingivite tartrique, avec la solution suivante :

Tenture d iode

Alcoolature d’aconit

aa 5 grammes.

Le nettoyage des dents constitue la partie la plus

importante du traitement des diverses gingivites et de la pyorrhée alvéolaire, celle qui doit être pratiquée au début de tout traitement des affections gingivales. Cette opération doit donc être exécutée très soigneusement.

Complications résultant du nettoyage. — Elles sont peu fréquentes et peu graves.

Voici néanmoins celles qui méritent quelque attention :

1° L'ébranlement ou même la chute des dents peut se produire, lorsqu’elles sont fortement déchaussées par suite d’un dépôt abondant de tartre.

On doit, pour éviter cette complication, maintenir les dents, lorsqu’elles sont chancelantes, avec les doigts de la main gauche pendant l’opération.

2° La sensibilité extrême du collet des dents qui étaient recouvertes de tartre.

Cette sensibilité disparait généralement au bout de quelques jours.

3° Les déchirures légères des gencives qui se produisent souvent lorsque le tartre se trouve en dépôt au-dessous de la gencive, sur la racine de la dent.

On en facilite la guérison par des lavages antiseptiques répétés.

4° L 'infection des gencives, par suite de l’emploi d’instruments insuffisamment nettoyés. Wetzel cite plusieurs cas d’infection.

11 est donc nécessaire de faire toujours un très rigoureux nettoyage des instruments avant de s’en servir. Aussi il est prudent de faire l’antisepsie de la série d’instruments de nettoyage sitôt l’opération terminée, surtout lorsqu’il s’agit de patients suspects, la pointe de ces instruments constituant par les gencives les meilleurs agents d’inoculation des affections contagieuses.

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

L’opérateur est souvent victime pendant l’opération du nettoyage d’un petit accident qui mérite d’être signalé et contre lequel il est bon qu’il se mette en garde. C'est l’envoi dans l’œil de l’opérateur de petits fragments de tartre, qui peuvent amener des complications, soit parce qu'ils sont durs, soit parce qu’ils contiennent des germes septiques.

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