Leçoa faite le vendredi 31 Mars
les élèves que pendant vingt-cinq ans j'ai vus travailler à mes côtés et que j'ai suivis dans la vie.
Comment enfin ne serais-je pas étreint d'une intense et cependant réconfortante émotion en songeant aux années de mon enfance modeste? Comment ne pas dire que tout ce que je puis être et à quoi ma naissance ne semblait pas m'avoir destiné, je le dois aux sacrifices, à l'énergie de parents vers lesquels se reporte aujourd'hui ma pensée reconnaissante?
Je songe, d'autre part, aux quelque trente années de mon existence que j'ai consacrées à l'étude anatomo-clinique des afïections du système nerveux. J'ai la claire notion que c'est de tout le fruit de cette expérience qu'il faudra que je vous fasse profiter. C'est une responsabilité que j'accepte, mais qui ne m'en parait que plus lourde à porter quand je songe aux Maîtres qui m'ont précédé à cette même place.
Vous savez que cette chaire a été londée Dour Charcot et illustrée par lui. Elle fut ensuite occupée pendant seize ans par le professeur Raymond. Comme pour Charcot, la mort devait venir prématurément l'y trouver.
Malade depuis plusieurs années , Raymond avait fait front devant la souffrance. Il n'avait rien voulu ralentir de son activité, et l'apparition de son dernier et important ouvrage a
coïncidé à quelques jours près avec l'annonce brutale de sa mort. Cello-ci fut en quelque sorte symbolique de sa vie.
Réfugié dans sa chère campagne du Poitou, il avait appelé près de lui, pour lui donner ses soins, son disciple et ami Florand. Un soir, il est pris d'une crise plus violente qui bientôt se calme. Mais il ne veut pas entendre parler de repos, il demande à se lever, à passer dans son cabinet de travail. Il pensait à l'œuvre qui restait à accomplir, h l'enseignement à donner. Ce fut la mort qui vint le trouver et avec elle enfin le calme et le repos.
Il mourut en travaillant simplement, sans
drame, sans apparat. Ce fut là d'ailleurs toute sa vie, vie de simplicité, vie de pensée aussi et de travail laborieux. Il fut le rude ouvrier d'art qui passe une existence à faire un chefd'œuvre dont la pleine valeur ne s'aperçoit que lorsqu'il est terminé et aussi, peut-être, quand la patine du temps lui a donné son définitif aspect.
C'est le sort commun des travaux des neurologistes de ce temps que, si brillants soientils, ils s'estompent devant l'œuvre éclatante de Charcot. Les hommes de génie répandent autour d'eux une si vive lumière que leur mort fait ombre sur toute une époque. Le temps, qui fait justice de toutes choses, sans rien retrancher à la gloire de Charcot, fera sans doute mieux ressortir toute l'importance de l'œuvre de Raymond.
Certes, il fut rebelle à ces synthèses hâtives et révolutionnaires, qui, après avoir introduit dans les esprits d'un temps le doute et l'incertitude sur les données qui semblent les plus fécondes et les mieux assises, retombent le plus souvent dans le domaine des hypothèses controuvées. Il ne fut pas un faiseur de bruit, mais il fit, en analyste à la fois précis et subtil, une œuvre sûrement et profondément documentée, une œuvre dont chaque page témoigne de l'effort d'un esprit consciencieux et rassis, se défiant de la conjecture et des affirmations audacieuses insuffisamment étayées.
Il faut lire les nombreux ouvrages qu'il a publiés pour se rendre compte de la somme de travail qu'il a dû fournir. Chacune des leçons contenues dans ses Cliniques constitue une mise au point de tel ou tel sujet de la pathologie nerveuse. Certes les idées originales n'y manquent pas, pas plus du reste que les idées générales. Mais elles arrivent à leur place : après les faits et non point avant eux. Parmi ces travaux, je vous citerai particulièrement ceux qui ont trait aux affections familiales du système nerveux^ à la paralysie alterne supérieure, aux névrites, aux lésions du cône médullaire, etc.
Professeur ou savant, Raymond sut conserver à l'Ecole de la Salpètrière, représentative auprès de l'étranger de la Neurologie française, tout son renom et tout son éclat. Il sut
attirer autour de lui les élèves de tous les pays du monde. Nous lui en devons une vive reconnaissance et comme médecins et comme Français.
Raymond, disais-je tout à l'heure, ne fit pas de bruit... mais il fit du bien. Et ceux-là seuls qui l'ont approché de très près pourront dire quelle fut la profonde bonté de cet homme, qu'une perpétuelle défiance de luimême tendait à isoler de ceux qui le connaissaient insuffisamment. Dans sa vie privée, il fut un simple et un bon, modeste, affable, conciliant, ne ménageant ni ses efforts, ni son appui à tous ceux — et ils étaient nombreux — qui avaient su se faire aimer de lui. Un sourire sceptique errait parfois sur ses lèvres. Mais qui ne sait que ce scepticisme d'apparence est souvent un genre inconscient pris par les grands sensibles. Il suffit de savoir combien Raymond était susceptible de souffrir, combien il sentait vivement l'injustice humaine, pour comprendre que c'est à la classe des grands sentimentaux qu'il appartenait, classe de gens qui, prenant les choses à cœur, souffrent plus et jouissent davantage, classe de gens qui en d'autres termes vivent dans la plus belle et la plus large acception de ce mot.
Tel fut aussi Charcot, qui, avec un masque d'audace et d'énergie, un abord froid, une parole précise et sévère, fut l'être le plus
profondément sensible, poussant l'amour de la vérité scientifique jusqu'au scrupule. Une phrase ne sortit jamais de sa bouche, ne jaillit jamais de sa plume, qu'elle n'eût été longuement méditée. Chacune de ses leçons fut écrite entièrement de sa main, relue, répétée, corrigée pendant des heures. Cet homme, dont la renommée fut mondiale, qui fut le Maître des Maîtres, auprès duquel accourait tout ce que la science médicale comportait de talents, cet homme, dont l'esprit s'envola si souvent jusque sur les hauts sommets, trouvait sans cesse insuffisante l'expression de sa pensée. Charcot fut un génie, mais un génie au service d'une conscience et ce fut là la caractéristique de son œuvre.
Ce que fut cette œuvre, vous le savez tous; mais pour bien la comprendre il faut la situer, et étant donné comment se forme et se développe une science telle que la Neurologie, voir quelle fut la part prise par Charcot dans sa constitution et dans son essor.
Comment donc se forme une science médicale? Vous êtes-vous jamais demandé, Messieurs, comment, du Ibuillis inextricable des faits non classés, avaient pu sortir des cadres nosologiques définis, des affections cliniquement, anatomiquement, voire pathogéniquement déterminées? C'est à poursuivre cette étude quei'on s'apercoitcombien, à un moment
donné, l'influence d'un homme peut être décisive sur l'évolution d'une science.
La preniièie étape parcourue par toute science d'observation est une étape de simple classification, où les faits observés se groupent suivant leurs caractères extérieurs. Mais pour l'évolution même de cette première période, encore est-il nécessaire que se développent des moyens d'investigation, des procédés particuliers d'analyse des faits. La science, en d'autres termes, groupe les faits par analogie d'abord, par analyse ensuite. Chaque procédé d'examen clinique ou anatomo-pathologique devient le point de départ de différenciations nouvelles. Mais si ce travail se poursuivait indéfiniment, la science médicale en arriverait à n'être formée que de faits particuliers qu'isolent les uns des autres tels ou tels caractères cliniques, telles ou telles lésions anatomo-pathologiques. Et en particulier pour ce qui concerne le système nerveux, il n'est point de cas si strictement superposables qu'ils ne soient point capables d'être dissociés par l'un ou l'autre de leurs caractères extérieurs.
Aussi bien le travail d'analyse doit-il être suivi du travail de synthèse. Ceci est la banalité même. Mais il n'empêche que la valeur de la synthèse dépend directement de la valeur des méthodes d'observation, dont les unes sont susceptibles de faire apparaître des caractères généraux, alors que les autres ne
permettent qu'une étude plus ou moins approfondie du cas particulier. Et plus que des siècles d'analyse, l'intervention d'une méthode qui permette à la fois l'analyse et la synthèse, contribue aux progrès de la science.
En théorie, la synthèse devrait être le résultat direct de l'analyse et ne rien comprendre que l'analyse n'aurait antérieurement donné. En fait, il en est tout différemment, et c'est là précisément qu'intervient l'homme de génie dont les conceptions générales viennent dominer les faits, mettre la clarté là où il n'y avait qu'obscurité. Les faits dès lors se classent et se coordonnent par rapport à l'idée générale introduite dans la science. Ils vivent en quelque sorte de cette idée, se subordonnent à elle. Là est le progrès, là aussi est le danger.
C^est qu'en effet. Messieurs, l'idée générale n'a pas par elle-même une valeur intrinsèque. Elle ne constitue en somme qu'une association plus ou moins fortuite de mots. En soi, elle est purement verbale. Et il ne suffit pas pour qu'une idée générale prenne place dans la science, qu'elle constitue même une heureuse association d'idées.
L'idée est une force, mais une force n'existe qu'autant qu'elle rencontre un mécanisme sur lequel elle puisse s'exercer. Là où il n'y a que l'idée sans la méthode qui permette à l'idée d'agir et de se développer, il n'y a que stérile agitation. Là au contraire où l'idée se
renforce de tous les procédés qui permettent de l'utiliser, il y a travail et progrès.
La langue scientifique n'est pas si riche en termes, que toutes les associations de mots possibles n'aient pu prendre jour dans l'esprit des chercheurs. De là vient d'ailleurs que lorsque la critique historique s'attaque à l'œuvre d'un homme de génie, elle n'a point grand'peine à lui contester son originalité, à lui trouver des précurseurs. Mais en quoi diminuera-t-on l'œuvre d'un Pasteur, si même l'on démontre qu'avant lui la notion d'une pathogénie infectieuse possible avait hanté l'esprit de bien des auteurs? Et qu'aurait-on à retrancher de l'œuvre de Becquerel et des Curie, si même on démontrait que leurs idées sur la transformation de la matière ne diffèrent, en somme, que peu de celles qu'avaient nos ancêtres, les chercheurs de pierre philosophale?
L'homme de génie. Messieurs, n'est pas celui qui a une idée. C'est l'homme qui sait faire vivre une idée, cette idée ne lui fût-elle pas entièrement personnelle et lui eût-elle été directement suggérée par les travaux mêmes de ses contemporains.
En médecine, où dans tous les domaines la part de l'inconnu reste encore prépondérante, il y a bien peu de lois, il n'y a guère que des théories et l'œuvre d'un homme peut être singulièrement dangereuse, si l'idée qu'il cherche à faire vivre se trouve être partiellement ou complètement inexacte. Une idée
fausse peut retarder la science de vingt ans, et quelquefois pendant des siècles la science vit de conceptions inexactes basées sur l'autorité seule de ceux qui les avaient établies.
C'est que le médecin aura beau se proclamer un observateur précis, il ne saura jamais néanmoins que voir les faits au travers du prisme de ses idées.
Combien d'observations, combien de travaux ayant coûté à leurs auteurs une peine extrême, se trouvent-il aujourd'hui stérilisés parce que déficients sur tel point alors négligeable, aujourd'hui prépondérant! Il n'est pas dans la nature de l'homme d'être un observateur impartial. Qu'il le veuille ou non, toutes ses observations, toutes ses recherches auront un but préalablement conçu, but de vérification, but de contrôle, recherche d'une conception nouvelle à établir, mais qui existe avouée ou déguisée dans la pensée avant que d'être dans les faits. L'idée dépasse toujours les faits. Et c'est pourquoi, si le progrès se fait par l'idée, c'est par l'idée aussi que se fait le recul. L'observateur qui sait être impartial — et il est rare — qui apporte à la science des faits précis, soigneusement et complètement élucidés, fait souvent beaucoup plus pour le progrès que le manieur d'idées hardies. Le vol de celui-ci paraît plus puissant. Mais souvent il vaut mieux raser la terre que de s'élever pour se perdre dans les nuées et ne plus savoir où se poser.
(]omme l'a si bien dit J. Soury dans son grand ouvrage sur le Système nerveux central : « Il y a, dans tout savant, un inventeur, c'està-dire un croyant, presque toujours prisonnier de sa doctrine, de sa théorie, de son système, au moins pendant qu il en construit l'édifice. La part d'illusion nécessaire qui domine tout esprit créateur est la condition même de son activité. Non seulement le savant espère trouver; s'il réussit à son gré, il demeure convaincu. Et pourtant, ainsi que le démontre l'histoire critique des théories et des doctrines, si le problème est un, les solutions varient et varieront toujours, surtout dans certaines provinces des sciences biologiques. La science n'est pas, elle devient. »
Ne croyez pas cependant. Messieurs, que je sois un contempteur de l'idée générale. Je me rends compte que c'est par des généralisations successives que l'homme prend et des choses et de la vie une plus large compréhension. Il s'approche ainsi de l'absolu, dont il reste d'ailleurs toujours séparé par l'infini. Mais précisément parce que, généralisations toujours incomplètes et toujours insuffisantes, les idées passent, les faits restent. Et à mon sens, la valeur des idées se mesure par l'aide qu'elles apportent à l'observation des faits.
De la plus précise des méthodes d'observation, d'idées générales fécondant les faits, mais établies sur eux, voilà de quoi fut faite
l'œuvre de Charcot, qui apporta à la Neurologie française essentiellement une niéthode, — la méthode anatomo-clinique, — une idée, celle des localisations. Que la méthode anatomo-clinique ait été celle de Laënnec et de Cruveilhier, que Bouillaud, L. Tiirck et Broca puissent d'autre part être considérés comme ayant les premiers mis à jour une localisation cérébrale, cela ne retranche rien au mérite de Charcot. Comme je le disais plus haut, les grands hommes ont toujours eu des précurseurs. Mais Charcot sut faire vivre ses idées, sut les féconder et accomplit grâce à elles la plus considérable des œuvres.
Charcot tient donc, Messieurs, une place unique dans l'histoire de la Neurologie. Mais ce serait une souveraine injustice de ne pas citer à côté de lui les noms de Vulpian et de Duchenne (de Boulogne), qui ont, eux aussi, contribué, et pour une très grande part, à la constitution de cette science. Pour qui veut faire l'histoire de la Neurologie au cours de ces cinquante dernières années, il n'est nul meilleur moyen de jalonner les étapes de cette histoire que d'étudier ce qu'était cette science avant Charcot, avant Vulpian, avant Duchenne (de Boulogne), et ce qu'elle devint après eux.
Ce fut, en 1862, leur stage de médecins au Bureau central terminé, que Vulpian et Char-
— lo —
cot arrivèrent comme chefs de service à la Salpêtrière.
Quel était, à cette époque, l'état de la Neurologie ? Dans le domaine de l'anatomie et de la physiologie un certain nombre de notions étaient acquises, mais combien incomplètes, combien souvent inexactes.
Les travaux de Magendie et de Ch. Bell avaient fixé le rôle respectif des racines antérieures et postérieures. L'existence des cellules nerveuses était entrée dans le domaine des faits scientifiques classés après les travaux d'Ehrenberg, de Valentin, de Remak, de Purkinje, d'Hannover, de Wagner.
On n'avait encore qu'une notion très approximative de la texture des centres nerveux. On commençait, il est vrai, à ne plus envisager la moelle épinière comme un simple conducteur et à ne plus admettre que sa substance blanche n'était formée que par les racines médullaires, les racines antérieures constituant les cordons antérieurs, les racines postérieures formant les cordons postérieurs. Mais du rôle propre de la moelle, on ne connaissait encore que fort peu de chose.
Dans ces conditions, que pouvait être la pathologie nerveuse ? En ce qui concerne la moelle épinière, rien d'important n'avait été publié depuis l'admirable ouvrage d'Ollivier (d'Angers) paru en 1824, et on se contentait d'une vague sémiologie, de quelques notions sur les vices de conformation, sur les atteintes
traumatiques, l'inflammation, la compression, l'atrophie et l'hypertrophie de cet organe.
Pour le cerveau, dont l'anatomie de texture avait été esquissée par Vicq d'Azyr, par Reil et par Burdach, l'hémorragie, le ramollissement, l'hydrocéphalie, le tout dominé encore sous l'influence des idées de Broussais par la doctrine de l'encéphalite, et voilà le bilan scientifique de la pathologie cérébrale. Au cours des années suivantes, l'encéphalite devait perdre du terrain parce que avec les travaux de Rostan, de Carswell et surtout de Virchow, apparaissait le rôle considérable des oblitérations vasculaires.
La pathologie des nerfs périphériques avait, par contre, une importance excessive en ce sens qu'on attribuait à des lésions périphériques — de nature d'ailleurs ignorée — toute une série de symptômes reconnus aujourd'hui comme étant d'origine centrale.
Un peu plus tard, des notions importantes se précisent sur la texture et les fonctions du cerveau et de la moelle, grâce aux travaux de Flourens, de Pfliiger, de Longet, de Van Deen, de Schrœder van der Kolk, de Lenhossek, de L. Clarke, de Goll, grâce surtout aux œuvres grandioses de Baillarger, de Stilling, de Foville, de Gratiolet. C'est, d'autre part, Virchow qui montre dans le tissu nerveux l'existence d'une trame interstitielle, la névroglie. Dans le domaine de la physiologie, ce sont encore les célèbres expériences
de Waller, qui, inli oduisant dans lu science la notion des « centres trophiques », constituent la plus importante des découvertes de l'époque. Cependant, Messieurs, la pathologie nerveuse commençait à peine à se dessiner, et si le clinicien de 1850 revenait parmi nous, la terminologie scientifique que nous employons aujourd'hui serait pour lui à peu près vide de sens. Il reconnaîtrait l'hémorragie et le ramollissement, les vices de conformation et les traumatismes, comprendrait la signification sémiologique d'un certain nombre de termes pnr nous usités. Mais les cadres nosologiques, les affections définies et, à l'heure actuelle, classiques, il les ignorerait à peu près complètement. On ne parlerait plus sa langue, mais on parlerait celle de Charcot.
Si l'activité de Charcot s'exerça dans tous les domaines de la médecine, si, en particulier, en dehors des aflections du système nerveux son œuvre en anatomie pathologique suffirait à assurer la survie d'un nom, cette œuvre de Charcot ne fut cependant que minime, par rapport au rôle qu'il joua dans le développement de la science neurologique. Précédé dans cette voie par Bouillaud et Broca d'une part, par Cruveilhier et L. Tiirck, d'autre part, Charcot sut faire vivre la doctrine des localisations cérébrales. C'est à lui, somme toute, que l'on doit cette notion capitale qu'en
lait d'affections du système nerveux, l'appareil symptomatique est tout entier sous la dépendance, non de la nature, mais du siège de la lésion.
Pour établir sa doctrine, Gharcot eut à soutenir des luttes mémorables contre les partisans de l'homogénéité fonctionnelle du cerveau, théorie dont Flourens avait été le promoteur, et dont plus tard Brown-Séquard fut le fervent défenseur. Les expériences de Fritsch et Ilitzig, suivies de celles de Ferrier, avaient bien démontré que certaines régions de l'écorce étaient excitables et que d'autres ne l'étaient pas. Mais ces expériences furent, au début, contestées par certains auteurs qui pensaient que l'excitation électrique agissait par diflusion sur les parties sous-jacentes de la substance blanche.
Si nous prenons l'œuvre de Gharcot dans l'ordre des temps, nous le voyons étudier successivement Vhémorragie et le ramollissement cérébi'al, mettre en valeur avec Bouchard le rôle des ané<,>rysmes miliaires, étudier la maladie deParkinson et la différencier de la sclérose en plaques, compléter Vanatomie pathologique et la symptomatologie du tabès, étudier les troubles trophiques consécutifs aux maladies du système neri>eux, décrire la pachy méningite cervicale. Ce fut là l'œuvre des dix premières années de son séjour à la Salpêtrière.
Dans les dix années suivantes, il poursuivit
ses études sur le tahes et sur les dégénèrations secondaires. Il décrivit le tabès dorsal spasmodique, la sclérose latérale amyotrophique, étudia la compression de la moelle, les paraplégies urinaires, les atrophies musculaires d'origine médullaire. Ce fut au cours de cette période qu'il posa d'une manière définitive sa doctrine des localisations cérébrales et médullaires que tous ses travaux antérieurs permettaient d'établir sur de suffisantes assises. Dans les dix dernières années de sa vie, Charcot s'attacha à l'étude de Isl syphilis du cerveau, de Vaphasie, de Vatrophie musculaire progressive, de la syringomyélie, de la maladie de Basedow, des tremblements, etc.
Telle est, brièvement résumée, l'œuvre de Charcot dans le domaine des affections organiques du système nerveux. Mais on comprendrait difficilement qu'un esprit aussi vaste que le sien n'eût été hanté par les affections fonctionnelles du même appareil et par les problèmes de tout ordre qu'elles soulèvent. Par ses études sur Vhystérie, Charcot sut soustraire aux psychiatres un domaine que ceux-ci tenteront vainement de reconquérir. Certes, sa doctrine sur l'hystérie n'est pas restée entière. Mais Charcot n'aurait-il eu que le mérite de faire comprendre aux médecins, qu'en dehors des lésions matérielles, les problèmes d'ordre psychologique posés par certains troubles psychiques
offraient à leur activité un champ considérable, que toute notre reconnaissance devrait lui être acquise.
Ce fut encore Charcot qui, introduisant en France la maladie de Beard, donna à la neurasthénie une symptomatologie précise. Dans ce domaine encore, il n'est pas certain que les notions posées par Charcot soient définitives. Mais pour la conception de l'hystérie, comme pour la compréhension de la neurasthénie, Charcot fut un précurseur.
Ce serait. Messieurs, un travail fastidieux que de poursuivre davantage l'étude de l'œuvre de Charcot. La majeure partie en est restée classique, et il ne sera pas d'affection du système nerveux qui, dans la suite de mes leçons, ne m'obligera à vous rappeler la part prise par Charcot à son établissement, aux progrès faits dans son étude.
Aussi bien, si considérable qu'ait été dans le détail l'œuvre de Charcot et de ses élèves, je serais tenté, pour mon compte, de lui attacher moins d'importance qu'à la méthode et à la doctrine dont nous lui sommes à peu près uniquement redevables. Si telle ou telle des données émises par Charcot a pu dans la suite être contestée, les travaux même consacrés à la discussion de ses idées sur tel ou tel point de la pathologie nerveuse n'ont eu de valeur qu'autant qu'ils se sont inspirés de sa méthode et de sa doctrine. On peut dire que les travaux qui, depuis trente
ans, ont permis à la science neurologique de s'établir, sont tous inspirés de l'œuvre de Charcot.
Vulpian, mon illustre INIaître, fut, pendant dix ans, associé aux travaux de Charcot, et fonda avec lui cette Ecole de la Salpêtrière, qui a jeté tant d'éclat sur notre pays.
Vulpian était à la fois clinicien, anatomopathologiste et expérimentateur. N'admettant pas que les élèves jurassent in i>erba magislri, il savait leur inculquer l'amour de la recherche et des travaux originaux, leur laissant pleine et entière liberté dans leurs appréciations, à la seule condition qu'elles fussent basées sur des faits rigoureusement observés.
D'une modestie extrême, d'un abord simple et facile, Vulpian était l'homme du devoir et jamais on ne le vit reculer devant une tache qu'il s'était engagé à remplir. L'ingéniosité dans l'expérimentation , l'exactitude dans l'observation des faits, leur arrangement méthodique, une grande sévérité en matière de preuves, un dédain absolu pour les hypothèses brillantes et pour les généralisations hâtives, une sobriété extrême dans les conclusions, tel est le cachet distinctif des œuvres de ce Maître regretté. J'ai suivi quatorze ans son enseignement, j'ai eu son affection, j'ai admiré son caractère. 11 a été pour moi un guide et un exemple, et je suis heureux au-
jourd'hui de pouvoir lui rendre un pieux hommage.
Certes, au début, comme à la fin de sa vie, Vulpian fut surtout un expérimentateur, mais il sut mettre l'expérimentation à sa place. Comme l'a dit Charcot : « Dès l'origine de sa carrière, Vulpian sut partager son activité entre le laboratoire et la salle d'hôpital. De bonne heure il avait dû être amené à comprendre que sans le concours de l'expérimentation, l'observation pure se montre souvent impuissante, tandis que, par contre, les données expérimentales, en tant du moins qu'il s'agit de la pathologie de l'homme, restent presque toujours sans applications lorsqu'elles ne sont pas soumises incessamment au contrôle de la Clinique... Aussi, doit-on le considérer comme l'un des fondateurs, l'un des promoteurs principaux de cette méthode puissante qu'on peut, à juste titre, appeler française, et qui, parce qu'elle reconnaît et proclame hautement les droits de la Clinique, peut seule diriger par des voies sûres le mouvement qui conduit à la rénovation scientifique de la médecine par la physiologie. »
Dans le domaine du système nerveux, la division encore classique aujourd'hui des scléroses médullaires en systématiques et en diffuses, les études sur la sclérose en plaques et la paralysie agitante, sur Vatrophie musculaire progressive, sur Vataxie locomotrice, sur les myélites toxiques, sur les atrophies
secondaires de la moelle èpinière, sur la méningite spinale, sur la déviation conjugée de la tête et des yeux dans V hémiplégie..., telle fut l'œuvre de Vulpian, soit seul, soit associé à Charcot,
Cette œuvre fut donc considérable, et ce serait d'autre part oublier les lois les plus élémentaires de la psychologie que de ne pas penser à l'influence réciproque que durent exercer l'un sur l'autre deux grands et vastes esprits comme ceux de Vulpian et de Charcot.
C'est encore, Messieurs , Duchenne (de Boulogne) qu'il faut tirer hors de pair, Duchenne, dont on ne sait pas si l'on doit le plus admirer le génie d'observation ou l'énergie morale qui permit à un médecin isolé, sans service d'hôpital, sans élèves, privé de toutes ressources scientifiques, de devenir un des premiers savants de son temps. Vous savez tous, Messieurs, ce que fut l'œuvre de Duchenne. Il me suffira de vous rappeler qu'il établit la symptomatologie de Vataxie locomotrice, confondue jusqu'à lui avec la paraplégie, et qu'il découvrit la paralysie lahio-glosso-laryngée. C'est encore lui qui classa, à l'aide d'observations nombreuses et admirablement prises, les différentes variétés à^ atrophie musculaire. C'est à Duchenne, enfin, que nous devons V électro-diagnostic, ainsi que cet ouvrage, célèbre entre tous, sur lo. physiologie des mouvements , encore aujour-
d'hui classique, et qui représente une somme de labeur dont il est difficile de se rendre compte. Le génie, a-t-on dit, n'est souvent qu'une longue patience. Aucune vie de savant n'a, plus que celle de Duchenne, démontré la vérité de cet adage.
Enfin, Messieurs, dans ce grand mouvement scientifique qui, en quarante ans, créa une science telle que la Neurologie, n'oublions pas ce que nous devons à des anatomistes tels que Meynert, Luys et Deiters, à des physiologistes tels que Cl. Bernard, Schiff ou Brown-Séquard. Si j'insiste sur le rôle joué par la physiologie expérimentale dans le développement de la Neurologie, c'est que j'estime que les médecins n'ont pas toujours apprécié à leur juste valeur les immenses services qu'elle nous a rendus.
Quels sont les progrès réalisés en Neurologie dans ces vingt dernières années, dans quelle voie cette science paraît-elle devoir désormais s'engager , telles sont les questions que je voudrais à présent envisager avec vous. Les progrès sont incontestables. Est-ce à dire que quoi que ce soit ait été changé à la méthode qui a servi à établir les bases de la science qui nous occupe? 11 n'en est rien^ et chacun des progrès effec-
tués résulte d'une nouvelle et heureuse application de la méthode anatomo-clinique. Mais les découvertes que nous devons à cette méthode sont dues en grande partie à de nouveaux moyens d'investigation, que les progrès de la technique ont mis à la disposition des chercheurs.
C'est, tout d'abord, dans le domaine de l'observation anatomique, les méthodes qui nous ont donné une notion plus précise de la texture du système nerveux. Je ne ferai que vous citer — car vous les connaissez certainement — les travaux de Golgi, de Ramon y Cajal, qui nous ont éclairés sur la texture neuro-fibrillaire des cellules nerveuses et qui nous ont montré quels étaient les rapports qui existaient entre elles et les fibres nerveuses. Les travaux de Nissl nous ont, par ailleurs, fixés sur l'existence dans la cellule nerveuse de substance chromatique, dont la disposition varie suivant les éléments cellulaires considérés, suivant aussi les cas pathologiques envisagés. La méthode de Marchi, enfin, nous permet de suivre la dégénérescence secondaire de fins fascicules nerveux, voire même de fibres isolées. Ainsi s'est créée une anatomie pathologique fine du système nerveux et qui est loin d'ailleurs d'avoir encore dit son dernier mot.
C'est, d'autre part, dans le domaine de l'anatomie normale et pathologique de l'encéphale et de la moelle épinière, la méthode
des coupes microscopiques sériées qui, introduite dans la science neurologique il y a à peine un quart de siècle, y tient aujourd'hui une place telle, que les travaux anatomo-cliniques faits sans son secours perdent dans leurs conclusions à peu près toute valeur. Certes, l'emploi de cette méthode est exclusif des travaux hâtifs qui jaillissent du cerveau de l'observateur, bien plus que de l'examen objectif des faits. Il faut du temps pour examiner complètement et minutieusement, par la méthode des coupes sériées, une pièce pathologique. Mais c'est le cas ici, plus que jamais, de répéter la phrase classique : « Le temps ne respecte pas ce qui a été fait sans lui. » Seule, la méthode des coupes sériées permet de topographier exactement le siège et l'étendue des lésions. Seule, elle permet de ne pas prendre pour la lésion spécifique la lésion contingente, nullement responsable d'un appareil symptomatique. Et si l'on devait caractériser l'œuvre anatomo-clinique de ces vingt dernières années, je crois bien qu'on pourrait la définir tout entière par les résultats que cette méthode nous a fournis.
Le laboratoire, enfin, est venu au secours de la clinique. Il nous a apporté avec la ponction lombaire, l'examen du liquide céphalo-rachidien et, en ces temps derniers, avec la réaction de Wassermann, des procédés d'une utilité diagnostique incontestable.
Mais malgré toutes ces techniques nou-
velles, malgré la contribution considérable qu'elles ont apportée à l'observation anatomopathologique, les idées générales que Charcot. avec des moyens plus réduits, avait dégagées des faits, n'en restent pas moins toujours intactes. La grande idée de la localisation qui domine son œuvre, reste la notion large et féconde autour de laquelle viennent se grouper, avec plus de précision et plus de force démonstrative encore, les nouveaux faits, mieux et plus complètement étudiés. Et les tentatives qui ont été faites contre elle ne me paraissent pas avoir été heureuses.
Il n'en est pas moins vrai que dans ce domaine de la spécificité fonctionnelle et , partant, symptomatique des différentes parties du système nerveux, de nombreuses découvertes ont été faites, de nombreuses données se sont complétées ou modifiées. Des précisions ont été apportées dans les localisations motrices corticales. Les voies de la sensibilité, le rôle de la couche optique, les voies optiques centrales, les voies cérébelleuses ont vu leur étude se compléter. Simultanément se développait une pathologie précise des nerfs périphériques dans leurs atteintes isolées ou polynëvritiques. Je pourrais poursuivre longtemps de la sorte cette énumération des travaux qui ont modifié Tanatomie pathologique et, partant, la clinique des affections du système nerveux pen-
dant ces vingt dernières années. Mais j'aurai trop souvent occasion d'y revenir au cours de monenseignement,pourm'yarrêter longtemps aujourd'hui. J'insisterai cependant sur une anatomie pathologique et sur une symptomatologie à peu près entièrement nouvelles et paraissant devoir apporter à la clinique et aux conceptions pathogéniques de précieux secours. Je veux parler ici des localisations radiculaires. Leur étude, à peine ébauchée il y a quelques années, se complète tous les jours, et tous les jours le rôle important joué par la localisation primitive d'une lésion au niveau des racines médullaires, se trouve plus péremptoirement démontré.
Dans le domaine de la clinique proprement dite, de nouveaux moyens d'investigation ont surgi. Qu'il s'agisse de l'examen de la sensibilité, de la motilité, des fonctions des organes des sens , de la recherche des réflexes, de nouveaux signes nous ont été fournis par de nombreux observateurs, nous permettant une analyse plus précise de nos malades. Si peu de cadres nosologiques nouveaux ont été créés, si, en somme, la terminologie s'est peu modifiée, par contre, la sémiologie s'est assez considérablement enrichie. Qu'elle soit peut-être devenue un peu trop touffue, qu'on ait parfois compliqué inutilement des symptomatologies, la chose est possible. Il n'en est pas moins vrai que nous possédons aujourd'hui une sémiologie radiculaire, une
sémiologie de la couche optique, une sémiologie cérébelleuse qui n'existaient pas il y a quelques années. Enfin, dans le domaine intellectuel, je serais assez porté à attacher une importance très réelle aux faits que Liepmann a isolés sous le nom d^apraxie.
En somme, la caractéristique de ces vingt dernières années résulte des progrès réalisés dans la technique neurologique et des secours qu'ils ont apportés à l'observation des faits. Mais l'esprit neurologique est resté le même. C'est la même notion de l'importance du siège de la lésion qui domine toute l'histoire contemporaine de la Neurologie.
En cinquante ans, la Neurologie s'est donc constituée. Et l'on peut dire qu'il n'est pas actuellement de branche de la médecine qui soit plus florissante, plus riche en travaux de tout ordre venant chaque jour enrichir le domaine scientifique. Si, actuellement, la Neurologie se développe dans tous les pays du monde, ce n'est pas cependant pour nous une petite satisfaction que de penser qu'originellement elle a été une science purement française, et que, même à l'heure actuelle, c'est la direction donnée par des Maîtres tels que Charcot, Vulpian, Duchenne (de Boulogne) qui est encore suivie.
Mais si la Neurologie a eu un si magnifique essor et tel que, dans l'histoire des sciences, on en trouverait peu d'exemples.
est-ce à dire qu'actuellement elle soit une science finie, ne réservant aux travailleurs que des champs de recherches extrêmement réduits? Il n'en est rien. Et l'admiration qu'on éprouve devant ce qui a été lait ne doit pas nous faire perdre de vue l'œuvre qui reste à accomplir. Elle est considérable, quel que soit le domaine particulier de la Neurologie que l'on envisage.
La méthode anatomo-clinique nous a déjà beaucoup donné. Mais nous avons encore beaucoup à attendre d'elle. Sommes-nous, par exemple, aujourd'hui beaucoup plus fixés que nous ne l'étions du temps de Charcot, sur la physiologie et la pathologie du lobe frontal ou des corps striés? Et si, sur une carte de l'encéphale, nous devions fixer les régions dont l'histoire médicale reste à faire, nul doute que la terra incognita l'emporterait en étendue, sur les champs dont les chercheurs ont déterminé l'histoire médicale.
C'est qu'ici la méthode anatomo-clinique se heurte à un obstacle résultant, en vertu de conditions anatomiques ou physiologique» particulières, de la rareté de l'atteinte de certaines régions de l'encéphale par des lésions localisées. Mait> qui dit rareté ne dit pas immunité absolue, et il est bien certain que, par des recherches concordantes de tous ceux qui disposent d'un matériel d'études, la science arrivera quelque jour à éclaircir bien des problèmes encore en suspens, à
explorer bien des régions encore plus ou moins complètement inconnues.
Il s'en faut cependant que cette poursuite de localisations nouvelles ou mieux définies soit le seul champ d'activité qui s'offre à nous. Je vous disais tout à l'heure que, dans toute science médicale, après la période d'analyse venait la période de synthèse. Mais les synthèses elles-mêmes ainsi réalisées ne sont jamais que provisoires. En ce qui concerne la science neurologique, la synthèse s'est faite presque exclusivement dans le domaine de la localisation et de la compréhension anatomique et physiologique des phénomènes constatés. Ce serait se montrer ignorant de l'évolution générale des sciences médicales, que de penser que l'œuvre de la science doive se borner là. La synthèse anatomique est une étape nécessaire, et de l'avoir parcourue on n'en est pas pour cela arrivé au but. C'est une étape, dis-je, qu'on ne peut pas ne pas franchir. Mais lorsque la synthèse anatomo- physiologique est faite, et seulement lorsqu'elle est faite, c'est au tour de la synthèse pathogénique de tenter de s'établir.
Dans ce domaine, il serait puéril de nier que tout ou à peu près tout reste à faire. Isolée des autres cadres de la médecine par la spécialisation même de sa méthode, la Neurologie s'est peut-être faite spécialité trop fermée. A côté des spécialités et au-dessus
d'elles, il existe une Pathologie générale. Quelques notions sur l'hérédité, sur le rôle des diathèses, des intoxications, des infections, en particulier sur le rôle de la syphilis, et c'est à peu près tout ce par quoi la Neurologie se rattache à la Pathologie générale.
Prenez des manifestations aussi banales, par exemple, que le ramollissement ou l'hémorragie cérébrale. Savons-nous le pourquoi de leur fréquence dans telle ou telle zone de l'encéphale? Savons-nous pourquoi elles sont l'apanage de tels individus plutôt que de tels autres? Savons-nous pourquoi, en dehors de l'existence d'une artério-sclérose généralisée, le système vasculaire de l'encéphale se trouve, chez certains sujets, atteint d'une façon élective par le processus scléreux?
Prenez toutes les lésions systématisées de la moelle épinière, que connaissons-nous de leur mécanisme pathogénique? A quoi répond, à ce point de vue, la sclérose latérale amyotrophique? Que même vous envisagiez la syringomyélie, la sclérose en plaques, et devant des questions du même genre vous resterez dans la même incertitude.
C'est dire en d'autres termes que si nous possédons une classification nosologique, voire une classification anatomo-pathologique des affections du système nerveux, nous n'avons encore aucune classification pathogénique. J'ajouterai que l'ébauche commence à peine à en être tentée. En effet, les esprits
ne sont pas encore orientés dans cette voie et trop souvent le neurologiste croit avoir le droit de se refuser à toute incursion dans le domaine de la Pathologie générale.
La méthode anatomo-clinique a donné à la Neurologie un merveilleux essor. Mais vouloir limiter le domaine des recherches aux faits seuls qu'elle permet d'élucider, ce serait, à mon sens, faire de la Neurologie une science par trop fermée et par trop bornée.
C'est là d'ailleurs, et dans tous les domaines, le défaut des spécialités outrancières. Elles permettent à vrai dire une connaissance plus complète et plus précise des phénomènes qui leur appartiennent. Mais elles oublient trop volontiers qu'elles ne sont que des parties d'un même tout, et que ce sont des lois identiques ou analogues qui, dans toutes les parties de l'organisme, président aux processus pathologiques.
Demander à la méthode anatomo-clinique tout ce qu'elle peut encore nous donner, — et c'est considérable, — tenter d'autre part d'entrevoir la signification pathogénique des diverses lésions qui atteignent le système nerveux : c'est là l'œuvre de l'avenir, ce sera là votre œuvre à vous, Messieurs.
Votre œuvre sera encore autre. Car vous ne devrez pas oublier que si vous devez être de bons observateurs, c'est en somme le but thérapeutique qui, en dernière analyse, doit toujours se présenter à vous. A cet
égard et à l'heure actuelle il est bien certain qu'il est peu d'affections qui, plus que les atteintes organiques du système nerveux, échappent complètement à toutes règles thérapeutiques.
Certes je reconnais que dans certains cas l'intervention chirurgicale peut nous être d'un précieux secours. D'autre part, les ressources qui nous sont fournies par la rééducation, par la physiothérapie sous toutes ses formes, ne laissent pas d'être parfois fort importantes. Trop souvent leurs résultats, comme d'ailleurs ceux de la thérapeutique médicamenteuse, sont bien décevants. Séquelle des grands processus morbides, l'affection nerveuse organique apparaît encore à notre époque comme le type de l'affection contre laquelle la thérapeutique reste trop souvent impuissante.
Il n'y a de thérapeutiques sérieuses que les thérapeutiques pathogéniques, et je serais pour ma part assez porté à attribuer au défaut de notion pathogénique dans la classification neurologique, le déficit, la faillite presque, de la thérapeutique dans ce domaine. C'est pourquoi une orientation de la Neurologie vers les synthèses pathogéniques me paraîtrait particulièrement profitable.
*** Je voudrais encore vous montrer quelle est
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la place exacte que la Neurologie doit tenir dans l'enseignement médical, et quelle est à mon sens la double importance que son étude offre pour vous.
Ce serait en effet une erreur de s'imaginer que le rôle de l'enseignement médical soit un rôle didactique pur. En tout ce qui concerne la clinique, l'expérience médicale proprement dite, le médecin est surtout un autodidacte et gagne plus à la fréquentation des malades, cette fréquentation fût-elle même solitaire, qu'à l'audition d'un nombre indéterminé de leçons magistrales. Mais ce serait, à mon sens, singulièrement rabaisser le rôle de l'enseignement médical, comme d'ailleurs le rôle de tout enseignement, que de le borner à l'exposition de faits, de signes, voire même d'idées. Je conçois les attributions du professeur comme bien plus hautes, et j'estime qu'il doit éduquer autant qu'enseigner. Former des esprits, peut-être aussi former des cœurs, c'est là, je crois, la plus belle partie de sa fonction.
Certes, par le contact continu et par ces actions qui s'exercent dans le subconscient d'homme à homme, il peut exercer une large influence sur l'esprit de ses élèves. Mais combien plus fort il est, à cet égard, quand, dans la nature même de son enseignement, il trouve de quoi former les esprits à une méthode sûre et d'une application continue, quand il y trouve aussi de quoi éduquer, de
quoi élever les sentimentalités individuelles.
La Neurologie comporte deux champs d'observation extrêmement différents à tous points de vue. D'une part ce sont les affections organiques du système nerveux, d'autre part ce sont les affections fonctionnelles.
J'estime qu'au point de vue de la formation de l'esprit médical, il n'est pas d'observation qui soit plus précieuse que celle des atteintes organiques du système nerveux. On y apprend à devenir un esprit précis, ordonné et sachant remonter du symptôme à ses causes.
Je dis qu'il n'y a pas d'observation plus précise que l'observation neurologique. En effet, dans presque tous les domaines de la médecine, l'appréciation joue un rôle important déterminé par les qualités sensorielles du clinicien. Apprécier, par exemple, à l'auscultation ou à la percussion, une différence d'intensité ou de tonalité de son, cela peut se faire d'une façon extrêmement différente suivant l'acuité auditive de l'observateur. Délimiter une tumeur à la palpation, cela suppose encore une certaine délicatesse de toucher. Certes les sens s'éduquent et s'affinent. Mais à s'en rapporter à la finesse de son audition, à se confier à la sûreté de son toucher, le médecin finit par devenir un véritable manœuvre, chez lequel l'intelligence besogne au minimum.
Dans la clinique neurologique il en va tout différemment. Toute l'observation neu-
rologique pourrait en effet se résoudre en un certain nombre d'équations. Dans chacune de ces équations, un des termes serait constitué par l'ensemble des symptômes observés, et l'autre par le schème de la lésion auquel correspond la symptomatologie constatée.
L'existence d'un réflexe, la force d'une contraction musculaire, un trouble de la sensibilité, tout cela peut se mesurer et se mesure en quelque sorte mathématiquement. L'observateur apprend à voir ce qui est et non ce qui pourrait être. Il apprend, en d'autres termes, et c'est là une qualité médicale de grande importance, à être impartial.
Ce n'est pas tout; j'estime que la clinique neurologique a aussi cet énorme avantage d'apprendre aux esprits à devenir des observateurs méthodiques. Les cadres sémiologiques y sont si précis, si nettement déterminés, qu'il est à peu près impossible à l'observateur de ne pas procéder avec méthode. Sensibilité, motilité, réflectivité, etc., sont autant de chapitres d'examen, comportant chacun un certain nombre de paragraphes définis. Par la force des choses, l'élève est obligé de se plier à une discipline qu'il apportera plus tard, et à son grand profit, dans l'examen de tous ses malades.
Nous devons enfin à la méthode anatomoclinique d'avoir donné à chaque symptôme, pour ainsi dire, un substratum anatomique.
L'atteinte isolée de tel ou tel réflexe correspond à une lésion dans une zone déterminée. Telle topographie des troubles de la sensibilité répond à une lésion périphérique, telle autre à une lésion radiculaire, telle autre à une lésion médullaire ou cérébrale. En clinique neurologique le symptôme n'est qu'exceptionnellement isolé de sa cause anatomique. Il me paraît inutile d'insister sur le bénéfice qu'un esprit peut retirer de la sorte, de la pratique neurologique. Il y apprend à voir symptomatiquement, à concevoir anatomiquement, à ne pas séparer le symptôme de la cause qui l'a engendré. Par une gymnastique continuelle il y apprend à rechercher le pourquoi de ses observations.
Donnant aux esprits de la précision, de la méthode, et le goût de la recherche des causes, la Neurologie me paraît donc pouvoir être considérée, à juste titre, comme la meilleure des éducatrices parmi les différentes branches des sciences médicales.
J'ai parlé pour la pratique des affections organiques du système nerveux. Arrivons-en maintenant aux affections fonctionnelles, aux psycho-névroses.
Vous savez qu'il s'agit là d'un domaine encore contesté. Ce sont d'une part les psychiatres, qui veulent intégrer dans des syndromes mentaux la plupart des manifestations présentées par les névropathes. Ce
sont d'autre part les médecins organicistes, qui ne veulent voir dans les phénomènes neurasthéniques ou hystériques que le résultat proche ou lointain d'atteintes organiques, d'ailleurs variables autant suivant les malades que suivant les auteurs considérés.
Vous savez quelles sont mes opinions à cet égard, et comme quoi je pense qu'à côté des atteintes relevant d'une débilité psychologique constitutionnelle, qu'à côté de modifications passagères ou durables dues à l'action sur le système nerveux de troubles de (onctions diverses», il y a place dans la Neurologie pour un chapitre spécial, fort vaste, et à mon sens à peu près entièrement constitué par la pathologie de l'émotion.
Le rôle de l'émotion en pathologie nerveuse me paraît en efifet être considérable. Il a été, je dois bien le dire, à peu près complètement méconnu jusqu'à ces dernières années. Certes, vous trouverez dans les ouvrages classiques l'émotion citée comme facteur des états névropathiques. Mais vous trouverez côte à côte avec elle et indiqués comme jouant un rôle aussi ou plus important, le surmenage, la fatigue, les infections, les intoxications, etc.. Il semblerait qu'avec la mentalité organiciste de l'époque, on éprouve une certaine pudeur à concevoir l'action pathogénique de phénomènes autres que ceux que le microscope, la chimie, l'expérimentation peuvent nous permettre de constater
objectivement. D'autre part, il faut bien ajouter que l'émotion constitue un phénomène psychologique par lui-même assez imprécis, et l'on comprend l'hésitation manifestée par certains bons esprits, qui se refusent à admettre que des phénomènes morbides nettement caractérisés puissent relever de causes insuffisamment définies.
On a dit que l'émotion était une réaction d'inadaptation. Cette définition n'est pas sans mérite. Mais il est clair, cependant, que si nous l'acceptons, nous faisons entrer du même coup dans la sphère émotive tous les phénomènes de la vie. En effet, la persistance d'une idée dans la conscience psychologique est en raison inverse de la facilité que nous avons à nous adapter à cette idée. Tout ce à quoi nous sommes suffisamment adaptés, se passe dans le domaine de l'automatisme et de l'inconscient. D'être conscient, un phénomène se présente par là même comme nécessitant de notre part une certaine adaptation. La conscience psychologique n'est donc qu'un moyen d'adaptation, que la preuve, si l'on veut, de notre imperfection. Dans ces conditions, il devient extrêmement difficile de séparer les phénomènes psychologiques normaux des phénomènes capables d'exercer une action pathologique, puisque entre le phénomène de conscience le plus banal et l'émotion la plus caractérisée, la plus traumatisante, tous les intermédiaires existent, ne différant
que dans le degré et non dans la nature.
A mon sens et considérée comme agent pathosène, l'émotion doit être envisagée différemment. Elle comporte l'intervention de ce qui dans l'homme est d'une analyse précise à peu près impossible, je veux dire de ce que d'un mot — qui n'est qu'un mot — nous appelons le subconscient. Là où il y a envahissement du conscient par le subconscient, là où il y a mise en jeu désordonnée des éléments constitutifs de la personnalité, là il y a émotion.
Et il ne faut pas considérer seulement les grosses émotions sidérantes comme ayant un rôle pathogénique direct dans la genèse des psychonévroses. Bien au contraire, je suis porté à faire jouer un rôle prépondérant aux actions émotives moins intenses mais plus continues, comme la préoccupation, comme l'inquiétude.
Quelle que soit la conception psychologique que l'on se fasse de l'émotion, il n'en est pas moins vrai et pour tout le monde, que, dans la vie intérieure, l'émotion est à peu près tout, et que dès lors, Ton conçoit mal que l'action pathogénique des causes émotives ait été si souvent et si complètement méconnue. Les causes émotives sont dans le domaine psychique et moral, ce que les actions mécaniques sont dans le domaine physique. Il y a des actions mécaniques qui sont normales. Il y a des frottements répétés qui
amènent à des lésions, il y a des actions mécaniques brutales qui causent des luxations ou des fractures. De même, il y a des émotions qui sont saines et qui ne font qu'élever la mentalité et la moralité des individus. Il y en a d'autres qui agissent comme tout à l'heure le frottement et dont l'action ne se traduit qu'à la longue. II en est enfin dont l'action est sidérante et dislocatrice.
Certes, à la résistance aux actions émotives comme aux actions mécaniques, il y a des variations individuelles. Une mondaine a la peau plus fine et plus délicate qu'un ouvrier des champs ; mais il n'y a pas de résistance indéfinie, et dans la genèse des psychonévroses, quelque important que soit le rôle du terrain, l'émotion n'en occupe pas moins le premier plan.
Mettant donc enjeu des notions aussi complexes que celles de la personnalité, de la sentimentalité individuelle... vous concevez combien l'observation dans les affections fonctionnelles du système nerveux doit différer de ce qu'elle est dans les affections organiques du même appareil.
Certes vous aurez dans l'examen d'un malade atteint de troubles fonctionnels, à déployer vos talents d'observateur pour éliminer, et dans tous les domaines, les lésions organiques qui peuvent être le point de départ d'une symptomatologie à apparence fonctionnelle. Vous aurez encore à chercher
les épines qui peuvent contribuer à l'établissement de telle ou telle systématisation, par combinaison de troubles fonctionnels et de troubles organiques.
Mais les erreurs de diagnostic évitées, combien votre rôle va-t-il être différent de celui du clinicien pour lequel toute la symptomatologie a une traduction objective. Ici tout ou à peu près tout sera subjectif! Il faudra, pour saisir complètement la nature des phénomènes présentés par vos malades et leur cause, que vous preniez une notion exacte de la personnalité de vos sujets, que vous vous adaptiez à leur mentalité, à leur caractère, à leur éducation. Il faudra que vous sachiez, je ne dis pas comprendre, mais partager des sentiments dont les nuances sont parfois extrêmement délicates. Ce n'est que très rarement que vous aurez l'occasion d'employer une logique subtile. C'est votre cœur qui marchera, si je puis m'exprimer ainsi, et beaucoup plus que votre raison. Chez l'homme le sentiment est à peu près tout et la raison peu de chose.
Voulez-vous de la vérité de cette dernière proposition une preuve objective ? Vous la trouverez facilement dans l'histoire comparée des systèmes philosophiques et des religions. Ceux-là, faisant appel à la raison, n'ont trouvé qu'unnombre fortrestreintd'adeptes ; celles-ci ont réuni dans une foi commune des millions d'êtres : elles faisaient appel aux sentiments.
Tant il est vrai, Messieurs, que l'homme n'use de son intelligence que s'il y est forcé, alors qu'il se laisse volontiers aller à son sentiment. C'est que clans l'ordre évolutif la raison est une acquisition tardive, beaucoup moins puissante que le sentiment, que l'on peut en quelque sorte considérer pratiquement comme inné.
Vous apprendrez ainsi à pénétrer dans les personnalités, h concevoir dans son intimité le mécanisme de l'esprit humain. Vous en tirerez de saines et réconfortantes notions. Vous aimerez votre métier, parce qu'il vous aura appris k comprendre et à aimer les hommes.
A cette clinique-là, vous laisserez bien vite déferler et mourir la vague de scepticisme qui tend à submerger chacun des sujets de nos générations modernes. Vous verrez, à interroger vos malades, que l'humanité est meilleure qu'on ne le pense et que s'il y a tant de névropathes c'est, peut-être, qu'il y a beaucoup de braves gens, dédaigneux des philosophies subtiles, mais qui, parce qu'ils savent vivre et aimer, sont appelés à beaucoup souffrir. Enfin, à cette éducation vous gagnerez cette autorité du cœur par laquelle, croyezm'en, le médecin s'impose beaucoup plus à ses malades que même par l'autorité de son intelligence ou de son savoir.
A comprendre les personnalités, les mentalités, à saisir le pourquoi et le comment psy-
chologique des psychonévroses, vous apprendrez d'autre part à les soigner. J'espère en effet, Messieurs, que ceux d'entre vous qui suivront mon enseignement, prendront goût à la psychothérapie. Ce n'est pas que, contrairement à d'autres, je pense qu'elle constitue quelque chose de très rationnel, susceptible d'un enseignement didactique nettement ordonné. Les actions thérapeutiques psychiques sont à mon sens d'ordre à peu près purement sentimental. Elles se résument dans l'action bienfaisante qu'un être peut exercer sur un autre.
Savoir mettre un malade en confiance, en sécurité vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis de de sa maladie, lui donner, en d'autres termes, la paix intérieure, voilà surtout ce qu'il faut rechercher.
A procéder de la sorte, on obtient les plus beaux succès thérapeutiques, et c'est, je vous assure, une des plus hautes et des plus légitimes satisfactions que puisse éprouver le médecin quand, par action sympathique, il a pu, à un névropathe, refaire un état moral et mental, — et quand je dis état moral et mental j'entends du même coup toutes les innombrables conséquences que, dans le domaine de la vie physique proprement dite, les attitudes psychiques vicieuses entraînent si souvent.
La sympathie, me direz-vous, ne s'apprend pas. Certes non. Mais si vous apprenez à aimer
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votre profession, si vous apprenez à chercher les causes morales d'états qui paraissent si souvent physiques, vous arriverez aisément à gagner la confiance et partant la sympathie de vos malades. Votre action thérapeutique en deviendra considérable.
Pour mon compte, j'estimerai mes efiPorts ultérieurs largement payés, si j'arrive à démontrer h quelques-uns d'entre vous que le médecin ne doit pas se borner à pratiquer des examens physiques et à écrire des ordonnances et que la sphère morale rentre dans son domaine, parce que c'est dans celle-là, qu'avec un peu de bonté et de pitié il peut faire le plus de bien.
Et pour aujourd'hui, Messieurs, je serai récompensé de ma peine si j'ai pu vous convaincre de l'importance que l'étude de la Neurologie peut avoir dans l'éducation de vos esprits. Elle vous donnera une méthode sûre, une technique impeccable. Elle vous apprendra, d'autre part, et ce ne sera pas son moindre rôle, à savoir manier les hommes, parce que vous saurez que si ceux-ci obéissent quelquefois au raisonnement, ils cèdent plus volontiers et sans contrainte aux actions sentimentales exercées par ceux qui savent se faire aimer.
l'aris. — L. Maretheux, imprimeur, 1, rue Casselle. — 85G0.