‹ Clinique des maladies du système nerveuxChapitre 235 sur 253 · MODE DE DÉBUT · texte numérisé non relu

MODE DE DÉBUT

qui tenaient à la fois du tétanos, de la chorée et de l'épilepsie. »

On lui donna successivement sept bains en dix-huit heures de temps. Elle était toujours dans une agitation extrême: « La tête en opistothonos, la face grimaçante, poussant des vociférations énergiques, elle avait tout le

corps secoué par une véritable folie musculaire La

nuit se passa dans une agitation convulsive, avec quelques moments de répit A la visite du matin, je

trouvai une amélioration réelle. La malade parlait, répondait juste et sans délire Dans la journée du

25 juillet, les douleurs rhumatismales reparurent aux articulations des deux poignets et du genou droit, avec

un peu de fièvre , le lendemain il n'y avait plus qu'un

peu de douleur au poignet gauche, et, le surlendemain, toute douleur avait disparu. »

Ecoutez attentivement, je vous prie, la suite du récit : « Cependant l'amélioration se maintenait. Il était évident que la malade allait guérir. La convalescence fut fort longue et Vagitation choréiforrne persista. ; toutes les fois que la malade voulait remuer un membre, le mouvement se faisait par saccades; la parole était lente, scandée, comme dans certaines scléroses en plaques . L'intelligence était nette, mais avec une nuance marquée d'enfantillage. Le 30 juillet, il y eut retour très accentué de douleurs rhumatismales qui se généralisèrent les jours suivants ; cette fluxion articulaire dura une huitaine de jours. Pendant cette crise, les mouvements choréiformes augmentèrent encore et ils persistèrent jusqu'à la sortie de la malade, qui eut lieu le 2 septembre. A ce moment, la marche était encore impossible; il y avait une incoordination motrice très accusée, et tous les mouvements étaient irréguliers, exagérés, choréiques. Cet état a persisté fort longtemps et persiste peut-être encore aujourd'hui. L'interne du service, M. Avezou, a été visiter la malade chez elle en novembre dernier, et il l'a trouvée à peu près dans le

TREMBLEMENT ET DYSARTHRIE. 417

même état : elle marchait cependant en se tenant à une corde tendue au travers de la chambre, mais les mouvements des jambes étaient toujours très ir réguliers, la parole toujours saccadée, un peu hésitante et bredouillée; il est bon de dire que ses muscles au repos ne sont pas agités de secousses involontaires ; c'est seulement dans les mouvements actifs que V agitation choréiforme apparaît. »

Vous avez reconnu dans ces lignes la description très précise et très transparente de l'embarras particulier de la parole et du tremblement intentionnel. Rien, pas même le moindre détail, n'a échappé à la finesse de l'observateur qui a, pour ainsi dire, touché le diagnostic du doigt.

Le passage suivant est bien fait, il me semble, pour donner une haute idée de la justesse de vue et de la perspicacité du clinicien. « Par malheur, poursuit M. Féréol, la guérison n'a pas été aussi complète que nous l'aurions désiré ; la persistance de cette singulière chorée fait craindre qu'il ny ait là dans Vaxe cérébro-spinal quelques lésions inflammatoires persistantes du genre des scléroses ; cependant le sujet est jeune et il n'est pas impossible qu'avec le temps les traces de l'inflammation se résorbent, au moins en grande partie. C'est déjà quelque chose d'avoir la vie sauve. »

J'ai tenu à vous donner lecture de tous ces détails ; ils ont été écrits par un des observateurs les plus fins et les plus distingués parmi nos collègues des hôpitaux. Tout y est, peut-on dire, et avec toute la précision désirable. Un pas de plus et le diagnostic était formulé.

La malade, âgée de 41 ans, que vous avez aujourd'hui sous les yeux, c'est, vieillie de quinze ans, celle qui fait le sujet de cette remarquable observation. Ainsi donc, sa maladie s'est développée dans le cours d'un rhumatisme articulaire aigu ; elle a progressé insensiblement et a fini par atteindre la forme complète Charcot. 27

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