ÉVOLUTION ULTÉRIEURE DU CAS
différents de ceux qui ont été énumérés plus haut, une nouvelle preuve de Tenregistrement inconscient, dans la mémoire de la malade, de tous les faits qu'elle paraissait oublier aulfur et à mesure de leur production. Ce n'est plus dans l'état de sommeil nature], dans les rêves, ni dans l'hypnotisme, mais pendant la veille la plus normale que ce résultat fut obtenu. Cette reproduction des souvenirs d'une manière subconsciente, dans Tétat de veille, s'effectuait par l'intermédiaire, soit des actes, soit de l'écriture ou même de la parole automaticiues. Je n'insisterai pas sur ce sujet que M. Janet a traité d'une façon spéciale dans une leçon faite à la Salpétrière, avec quelques mots en particulier sur le cas de M"' D... (Voir Archives de Neurologie, juillet, 1892,41.)
Nous n'entrerons pas dans les détails du traitement psychique institué pour détruire cette amnésie de nature purement fonctionnelle, renvoyant pour cela à une communication de M. Pierre Janet, qui paraîtra prochainement dans la Revue générale des Sciences. Voici quels sont, au 20 octobre 1892, les résultats de ce traitement :
10 Les souvenirs du passé sont redevenus conscients à peu près tous, et avec une précision étonnante. Aujourd'hui (20 octobre 1892) M"« D... peut raconter tout ce qui s'est passé jusqu'à la fin de septembre. Elle n'a donc plus qu'une lacune d'une quinzaine de jours;
2^ La mémoire présente s'est beaucoup élargie : au lieu de garder les souvenirs une minute ou deux, comme elle faisait autrefois, elle les garde 24 heures ;
3« Il reste beaucoup de troubles de l'attention, du jugement, de l'ntelligence, moins forts cependant qu'autrefois, mais suffisants pour l'empêcher de comprendre ce qu'elle lit, ou d'écrire une lettre.
11 persiste encore beaucoup de phénomènes d'aboulie. Ces résultats favorables, qui peuvent se résumer en ces
mots : disparition de Tamnesie rétrograde, amélioration considérable do la mémoire présente, font espérer que la guérison pourra être obtenue dans un délai plus ou moins rapproche, suivant le pronostic qui avait été porté dès le début par M. le professeur Charcot. (G. G.) .
Association du Tabès avec le Diabète sucré ^
Depuis une dizaine d'années', Tattention des cliniciens a été attirée d'une part sur l'existence dans le diabète de quelques symptômes nerveux analogues à ceux que l'on rencontre dans Tataxie locomotrice progressive et d'autre part sur la présence du sucre dans l'urine de certains tabétiques. Dans le premier cas, les troubles nerveux ont été mis sur le compte du diabète sous le nom assez impropre de pseudo-tabes diabétique. Dans le second on a pareillement établi
(1) Par MM. Georges Guinon et A. Souques. Travail de la Clinique de M. le professeur Chargot, publié dans les numéros 66 et 67 des Archives de Neurologie,
(2) Au début de ce travail, il nous semble indispensable de soulever une question préjudicielle de terminologie. On trouve, à chaque pas, dans la littérature médicale, le mot glycosurie employé comme synonyme de diabète sucré et inversement le terme de diabète appliqué à diverses glycosuries symptomatiques. C'est là, à notre avis, un très regrettable abus de langage qui entraîne une confusion nuisible à la clarté du sujet et à rinterprétation des phénomènes morbides.
Sans doute des travaux ont surgi qui portent atteinte à l'ancienne conception de Tunité du diabète sucré. Mais le dernier mot n'est pas dit à cet égard. Dans tous les cas, il existe toujours jusqu'ici un diabète, maladie constitutionnelle ou diabète arthritique qui diffère des glycosuries cliniquement et anatomiquement. Entre celles-ci et celui-là, il y a la difTérence du symptôme à Tentité morbide. Et, pour notre compte, c'est exclusivement dans ce sens que nous emploierons les deux termes : diabète et glycosurie.
Chaecot, t. II. 19
290 RBFLBXBS ROTÙLIBNS DANS LB DIABÉTZ.
une relation de cause à effet entre le tabès et la présence du sucre et décrit celle-ci sous le nom de glycosurie d'origine tabétique.
Ce sont là des formes cliniques du tabès et du diabète indiscutables^ parfaitement authentiques. La notion du pseudo-tabes diabétique date du jour où M. le professeur Bouchard' signala l'absence fréquente des réflexes rotuliens dans le diabète sucré.
Cette découverte fut conGrmée par les recherches ultérieures de MM. Landouzy [Leçons cliniques de la Charité^ 1882), Rosenstein^, P. Marie et Georges Guinon' ainsi que les divers auteurs qui se sont depuis lors occupés de ce sujet. Il est certain que la perte des réflexes rotuliensjoiute, chez un diabétique, à l'existence de troubles de la sensibilité tels, par exemple, que les douleurs fulgurantes mentionnées par notre maître, M. le professeur Charcot, et par MM. Raymond et Oulmonl*, était bien de nature à faire songer à un cas de tabès vrai. En réalité la méprise a été commise et plus d'une fois la découverte du sucre dans l'urine est venue réformer le diagnostic.
Mais il ne faudrait pas croire que la présence du sucre dans les urines puisse toujours lever la difficulté et décider qu'il s'agit du diabète et non du tabès. En
(1) Rouclianl. — De la perle des réflexes rotuliens dans le diabète sucré. (Association française pour l'avancement des sciences. Congrès de Blois, 1884.)
(2) Rosenstein. — Ueber das Verhallen des Kniephœnomens bei Diabètes mellitus, {Berl. Klin. IVoch., 1885, n^* 8.)
(3) P. Marie et Geoi-ges Guinon. — De la perte du réflexe rotulien dans le diabète sucré, [Rev, deméd,^ 1886.)
(4) Raymond et Oulmont. — Douleurs fulgurantes dans le diabète, {Gaz. méd. de Paris, 1881, p. 627.)
OLYCOSURIB TABBTIQUB. 291
effet, M. Oppeuheim, le 21 mai 1885, présentait à la Société médicale de Berlin un;e tabétique atteinte de glycosurie et déclarait qu'il s'agissait là de glycosurie d'origine tabétique due à la propagation du processus scléreux au plancher du quatrième ventricule. Il est vrai de dire que le fait avait déjà été signalé par d'autres auteurs. Smith ^ avait noté la glycosurie comme complication du tabès; il en avait indiqué la rareté et l'attribuait à la propagation du processus tabétique au quatrième ventricule. Althaus' l'avait relatée en ces termes : < L'urine au début de la deuxième période du tabès peut avoir une composition normale... Dans plusieurs cas, nous avons observé la présence du sucre. Généralement la présence du sucre était accompagnée d'un excès d'urée et le poids spécifique de l'urine variait entre 1,030 et 1,037. Le sucre montait quelquefois jusqu'à 1 1 grammes par litre. Nous avons connu des malades qui éliminaient saus interruption du sucre pendant deux ou trois ans, lorsque tout à coup l'élimination cessa de se présenter. Ce dernier symptôme confirme plutôt l'existence d'une glycosurie que d'un diabète sucré. » De son côté. Eulenburg' relève (d*' 12 de ses 125 tabétiques) le cas d'un malade atteint de tabès vrai dont l'urine avait renfermé du sucre d'une manière temporaire.
On avait donc, avant Oppenheim, signalé la glyco* surie au cours du tabès. Mais il est juste de recon-
(1) Smilh. — (Brit. med.Joum., 7 avril 1883.)
(2) Althaus. — Maladies de la moelle épinière^ traduction française J. Moiin, 1885, p. 125.
. (3) Eulenburg.— Tabès mil Glycosurie, {Virchow's Arch,^ Bd. XXIX,
29â RARBTÉ DE LA GLYCOSURIB TABBTIQUB.
nattre que c'est à cet auteur que revient le mérite d'avoir spécialement attiré l'attention sur ce sujet en rapportant une très remarquable observation. Ce fait parut si nouveau que dans la discussion qui suivit, Sénator affirma qu'il ne connaissait aucun cas de ce genre.
L'année suivante, Reumont* publiait un cas analogue à celui d'Oppenheim, et Fischer* à sou tour citait un fait du même ordre. Ce sont là, incontestablement, trois exemples de glycosurie tabétique. Nous n'en connaissons aucun autre bien authentique. Et en vérité, la glycosurie d'origine tabétique est excessivement rare. Cette rareté, qui n'avait pas échappé à Smith, a été constatée par divers auteurs. Eulenburg ne l'a vue qu'une fois sur 125 cas de tabès. Un de nous, dans l'urine de 50 tabétiques, n'a jamais constaté la pré* sence du sucre. Plus récemment, M. Gilles de la Tourette a examinée la SalpAlrière 100 malades atteints d'ataxie locomotrice progressive et n'a trouvé que trois fois du sucre dans les urines. Et encore n'est-il nullement démontré qu'il se soit agi vraiment dans tous ces cas de glycosurie tabétique.
Quelque rare qu'elle soit, cette glycosurie existe incontestablement, au même titre que celle de la sclérose en plaques, signalée par Weichselbaum , Bl. Edwards, Ricbardière... Mais s'ensuit- il d'une part que la présence du sucre dans les urines d'un tabétique signifie toujours glycosurie symptomatiquedu tabcs et
(1) Reumont. -- Ein Fall von Tabès dorsalis complicirt mit Diabètes mellilus, (Berl. Klin. Woch.y 1886, p. 207.)
(2) Fischer. — Ueber Beziehungen zwischen Tabès und Diabètes melli" tus. (Cenlralb, filr Nervenkeilk, 1886, n« 18, p. 545.)
DIABETE BT TABES, 29â
que d'autre part l'apparitioD de troubles nerveux, au cours d'un diabète avéré, veuille toujours dire pseudotabes d'origiûe diabétique? Nous ne le croyons pas. Nous pensons que, dans certains cas, Tinterprétatioa doit être toute différente. Il faut, à notre avis, envisager les rapports du tabès avec le diabète à un autre point de vue. La présence du sucre dans lés urines d'un tabétique avéré ne signifie point toujours glycosurie d'ordre tabétique; l'existence de certaines manifestations nerveuses, au cours d'un diabète, ne veut point toujours dire pseudo-tabes diabétique. Il est, en. d'autres termes, des cas où le tabès vrai et le diabète sucré coexistent chez un même individu, et évoluent séparément, côte à côte, chacun pour leur propre compte. Il s'agit, dans ce cas, de deux entités distinctes, indépendantes, simplement unies par des liens de parenté, comme nous le montrerons tout à rbeure; il s'agit d'une concomitance du tabès vrai avec le véritable diabète sucré constitutionnel.
A priori rien ne s'oppose à cette juxtaposition. Bien plus, de fortes raisons militent en faveur d'une semblable manière de voir, et nous pourrons du reste les appuyer sur une série d'observations cliniques.
Dans une leçon récente ', notre mattre, M. le professeur Charcot, parlant des rapports du diabète avec le tabès, s'exprimait en ces termes : « A côté de ce premier groupe (glycosurie tabétique) il convient d'eu placer un second. Dans celui-ci il s'agit encore du
(1) Voyez t. I, p. 257, n*" XIII, Sur un cas de paraplégie diabétique. (Leçon de M. le professeur Charcot publiée antérieurement dans : Arch. de NeuroL, t. XIX, p. 305, i89Q.)
294 TABBS ET DIABÈTE.
tàbes vrai, mais avec cette maladie coexiste le diabète vrai qui la suit ou la précède. Il y a là une simple coïncidence, mais non pas, tant s'en faut, une coïncidence tout à fait fortuite, ainsi que vous le remarquerez, si vous voulez bien vous rappeler ce que je vous disais, il n'y a qu'un instant, au sujet des liens de parenté étroite qui relient les familles arthritique et névropathique. Gela pourrait se représenter par un fort simple tableau généalogique. Un individu, né d'un père goutteux et d'une mère aliénée, présente un beau jour, par suite d'une double hérédité de transformation, tous les signes du diabète et de l'ataxie locomotrice progressive. Les deux familles sont dans ce cas représentées chez le même sujet, sans qu'il y ait combinaison véritable. Les deux maladies restent distinctes, autonomes, chez cet individu, rappelant au point de vue pathologique sa double origine. Je crois çtie des cas semblables doivent exister; reste à savoir si . des recherches dirigées en ce tiens dans l'avenir viendront me donner raison. »
Eh bien I ce sont des cas de ce genre que nous apportons ici pour essayer de combler ce desideratum.
Tout d'abord, la combinaison du tabès et du diabète n'est point un pur effet du hasard, une coïncidence tout à fait fortuite. Il faut certainement y voir l'intervention des liens de parenté qui unissent les deux familles arthritique et' névropathique, dont le diabète et le tabès sont les enfants légitimes. Du reste, les observa-
DIABÉTB XT NBVROPATUIB. 395
lions ne manquent pas pour démontrer jusqu'à Tévidence la parenté qui relie le diabète aux névropathies et le tabès à Tarthritisme. C'est: là un point sur lequel insiste depuis de longues années notre maître, M. Gharcot, et d'autres auteurs parmi lesquels nous citerons MM. Axenfeld et Huchard.
Les rapports étroits du diabète avec l'aliénation mentale, l'épilepsie, Thystérie, le goitre exophthalroique ont été signalés par de nombreux auteurs, qui les ont étudiés soit dans les divers membres d'une même famille, soit chez un même individu.
Quant aux relations du diabète avec les vésanies et l'épilepsie, elles ont été indiquées par Seegen, Zimmer, Langiewicz, Schmidtz, Westphal, Griesinger , Lockart-Clarke , Durand-Fardel , Mouneret et Fleury, Savage, de los Santos, Leroux, etc., etc.. Jordao ' a vu un père épileptique engendrer un fils épileptique et diabétique. Marchai (de Caivi) * a vu le fils d'un père diabétique présenter un tremblemenl des mains, entre autres accidents nerveux. Il a vu chez les descendants des diabétiques des attaques de nerfs, des frayeurs maniaques, etc.. Niepce signale de même un état morbide nerveux chez le fils d'un diabétique. Zimmer rapporte le cas d'un jeune diabétique dont le père était névropathe ; une de ses sœurs et son grand -oncle étaient morts du diabète sucré. Seegen a observé que chez les ascendants de diabétiques un assez grand nombre étaient morts d'affec-
(1) Jordao.— Considér. sur un cas de diabète sucré. Th. de Paris, 1857. — Esiudos sobre à diabète, Lisboa, 1864.
(2) Marchai (de Calvi). — Recherches sur les accidents inflammatoires et gangreneux des diabétiques, Paris, 1864.
296 DXABÂTB ET NÊVROPATHIS.
lions cérébrales, d autres d'aliénation mentale. Il relève dans l'hérédité d'un jeune diabétique de onze ans le tableau suivant :