‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 116 sur 177 · TABLEAU XIV · texte numérisé non relu

TABLEAU XIV

Père.

Diabétique.

Fils, 17 ans.

Epileptique.

Les exemples de cette hérédité de transformation dans une môme famille, de ces associations du diabète avec les vcsanies ou Tépilepsie, fourmillent dans la littérature sans que les auteurs aient toujours attaché une importance suffisante à ces alternances morbides L'interprétation en est fort simple. Legrand du Saulle^ a signalé chez certains diabétiques des idées de ruine, une impulsiou au suicide et du délire hypochoudriaque. Il se demande si ces diabétiques ne sont point des descendants de névropathes et il incline à l'admettre sans l'affirmer catégoriquement : si le traitement approprié produit une amélioration portante la fois sur l'état physique et sur l'état mental, il faut, penset-il , admettre une relation causale entre les deux ordres de troubles. Dans le cas contraire, il s'agirait de coexistence d'affections indépendantes.

Dans une étude intéressante % M. Lecorché relève trois cas de diabète sucré avec hérédité névropathique. Une de ses malades avait un père epileptique ; ellemême avait été atteinte d'épilepsie dans son enfance. Une autre était tante de deux aliénés ; elle avait été elle-même frappée d aliénation mentale quelques

(1) Legrand du Saillie. — L'état mental de certains diabétiquei (Gaz, des Hôp., 4877, p. 1177), el Les troubles inlellectueU des diabétiques» (Gaz. des Hôp., 1884.)

(2) Lecorché. — Troubles nerveux dans le diabète chez la femme, (A}^ chiv, de A'tfuro/., 1885, t. X, p. 395.) >

DIABÂTB ET NBVROPATHIB. 301

années avant l'apparition de son diabète et Ton avait été obligé de l'enfermer dans une maison de santé. La troisième enfin avait un père aliéné. « La fréquence, dit-il, des troubles intellectuels et cérébraux trouve son explication dans les antécédents héréditaires nerveux qu'on relève habituellement chez les diabétiques.^

Il nous semble inutile d'insister davantage sur les rapports qui unissent le diabète aux vésanies et à Fépilepsie^ sur la fréquence, chez un seul individu et dans une même famille, des successions et des transformations morbides que nous venons de signaler et qui ne sont point livrées au hasard, mais relèvent de la parenté étroite qui existe entre les membres des deux familles arthritique et névropathique.

Pareils rapports de parenté doivent être établis entre le diabète et le goitre exophthalmique (Dumontpallier*, Panas", Pavy, etc.), sans oublier que la glycosurie peut être symptomatique de la maladie de Basedow (Ballet), entre le diabète et la paralysie agitante (Topinard), entre le diabète et Thystérie « dont dit M. Bouchard, on constate fréquemment l'existence chez les ascendants des diabétiques' ». Ce n'est pas seulement chez les ascendants, c'est aussi bien chez leurs descendants (tableau V), qu'on la constate fréquemment. C'est encore chez un même individu qu'on trouve la coexistence de l'hystérie et du diabète, ainsi que Ta démontré M. Grenier*. Nous pouvons du

(1) Dumontpallier. — Goitre exophthalmique et glycosurie. (Soc, de BioL, 1867.)

(2) Panas. — Archiv. cTophlhalm.y 1881.

(3) Bouchard. — Maladies par ralentissement de la nutrition. Paris, 1882, p. 182.

(4) Grenier. — Diabète et hystérie. {Archiv. gén. de méd., 1888.)

reste fournir ici un exemple de cette association; la malade qui en est l'objet a été examinée par M. le professeur Charcot tout récemment.

Observation I (personnelle).

M">« B..., quarante ans, nie formeilement toute hérédité autre qu'un père migraineux. Dès avant vingt ans elle a eu des migraines, puis des névralgies de la face qui ont été traitées par la morphine. Dès Tâge de dix à douze ans, elle était énorme et elle est encore assez obèse.

Depuis quatre à cinq ans, elle boit beaucoup, urioe de môme et est obligée de se lever plusieurs fois la nuit pour uriner«

Il y a deux ans (8 février 1889), elle eut une attaque qu'on qualifia dit-elle, de congestion cérébrale, suivie de parésie pa.ssagère du bras et de la langue pendant laquelle on s'aperçut du diabète. Elle pissait alors 300 grammes de sucre dans les vingt-quatre heures. La congestion ^^uérit en un jour et, sous l'influence du régime le diabète s'améliora (153 grammes par jour).

Un mois plus tard, début des attaques d'hystérie précédées de prodromes céphaliques, caractérisées par des grincements de dents sans grands inconvénients, le tout durant de trois à six minutes. Ces attaques étaient quotidiennes. Plus tard, elles se sont accentuées et aujourd'hui elle grince des' dents, se débat beaucoup, fait l'arc de cercle, déchire ses vêlements, etc. L'altaque dure un quart d'heure environ et se termine par une crise de larmes.

Etat actuel (11 mars <891). — M"« B... est mariée depuis dixhuit ans, n'a pas d'enfants. Oa ne trouve ni anesthésie cutanée, ni perte du réflexe pharyngé, ni rétrécissement du champ visuel, ni dyschromatopsie , ni polyopie monoculaire, ni raicromégalopsie. Pas de zones hystérogènes vraies, mais il existe deux points douloureux à la pression dans les deux fosses iliaques, sans caractère hystérogène véritable. L'odorat est très diminué du côté droit et le goût à peu près perdu du même côté. Les réflexes roluliens sont absents. Les urines sont examinées très régulièrement; le sucre y a toujours été trouvé avec des oscillations assez notables Le bulletin d'analyse du 18 février 1891 est ainsi conçu : quantité 3000 centimètres cubes, densité 1,035, sucre 51 gr. 70 par litre, soit 155 grammes environ par vingt-quatre heures.

Il est un membre de la grande famille névropathique sur lequel on n'a pas, à notre connaissance, explicitement appelé l'attention et qui nous semble

DIABÈTE RT TABE8. 303

affecter des rapports de même ordre avec le diabète^ c'est le tabès*. Pour mettre ces rapports en évidence, il suffit de suivre révolution des phénomènes morbides à travers les générations successives dans une famille. On y voit alterner le tabès et le diabète, de telle manière que ces deux affections semblent se rattacher à une cause commune qui leur servirait de lien, cause commune sur la nature de laquelle nous nous expliquerons plus loin. Voici quelques exemples que nous devons encore à M. le professeur Charcot* :

Page 1