‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 63 sur 177 · CAS DE JBANNB FÉRY · texte numérisé non relu

CAS DE JBANNB FÉRY

des créatures : ne pouvant prononcer autres parolles, que, Père Jean, et belle Marie... »

Dans cet état elle se rendit à la chapellepour y entendre la messe et sitôt qu'elle y fut entrée, elle a s'admiroit grandement (à la guise des enfants) de voir tant de beaux tableaux et images... Tout au long de la messe, l'ayant assise, demeura coye, comme un petit enfant, qui n'a aucune cognoissance. » Sortie de cet endroit elle demanda qu'on lui apporte une statuette de sainte Marîe-Magdeleine qu'elle avait vue dans la chapelle et, l'ayant entre les mains, elle (( donna grand signe de liesse. Et commença (comme les enfants jouent avec leurs poupées) à l'habiller et vestir de petits drappeaux, la joignant à son sein, comme si elle luy eust voulu donner le tettin. »

Pour la rendre à elle-môme, sœurs et prêtres exorcistes imaginent de la plonger dans un bain d'eau bénite, en lui maintenant la tète sous l'eau « si longtemps que naturellement elle y pouvait estre. » Mais cela n'y fait rien et la malheureuse sort de son bain «r avec tel entendement et maintien qu'un enfant de quatre ans, du tout ignorante et idiote. I) Il fallut alors tout lui apprendre de nouveau et le seigneur archevêque « lui feit pour la première instruction apprendre à se sio^ner du signe de la croix, et dire, innomine Patris, etFilij, et Spiritus Sancti, Amen. Et luy convint employer trois jours pour l'apprendre parfaictement... Et ains, petit à petit, tous les premiers rudiments de la piété Chrestienne furent enseignés. Voire mesme fut besoing recommencer dès son ABC pour la r'apprendre à lire. Et prononçait du commencement le tout avec langue espesse, et fort difficilement, à la guise d'enfant. » Cet état dura du 10 au 19 novembre de Tannée 1584 et disparut subitement à la suite de la bénédiction par l'archevêque de sa tête, de sa langue et de toutes les parties de son corps.

Bien que les historiens de Jeanne Féry n'aient pas été, tant s'en faut, de grands clercs en matière de pathologie nerveuse, cependant il nous est facile de retrouver dans leur récit un certain nombre de caractères qui suffisent à distinguer le dédoublement de la personnalité, et qui se trouvent également indiqués dans quelques-unes des obser-

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