G0 ÉXAT SECOND ET SOMNAMBULISME
il, dérivent tous, à notre avis tout au moins, du somnambulisme hystérique. En un mot, ce sont de véritables accès de somnambulisme hystérique prolongé... L'état anormal dans lequel l'individu va être plongé survient assez souvent sans secousse apparente, pour un observateur non éclairé (tout au moins dans les cas très caractérisés)... Que Ls phénomènes convulsifs «'apaisent, et, sans que le somnambulisme hystérique perde ses droits, l'état second se trouvera constitué (1). » C'était un premier acheminement vers ridée actuellement soutenue par notre maître, à savoir que l'état second n'est qu'une forme particulière de l'attaque avec prédominance de la phase des altitudes passionnelles, modlGée elle-même dans quelques-uns de ses caractères.
Il est facile de justifier cette manière de voir en examinant chacun des divers cas dont nous avons rapporté l'histoire. Commençons par les deux qui nous sont personnels et sur lesquels nous pouvons argumenter sans faire d'hypothèses et sans risques d être accusé de torturer des textes pour les faire servir à la défense de nos idées. Nous avons à dessein^ dans l'observation de l'une et de l'autre, insisté avec soin, dans un paragraphe spécial, sur les phénomènes qui marquent la transition d'un état dans l'autre.
Chez Marguerite D..., le passage provoqué se fait par l'intermédiaire* de petites convulsions d'assez longue durée pour qu'on ne puisse les laisser passer inaperçues. D'autre part, j'ai raconté que plusieurs fois on avait constaté dans la journée, à la suite d'une grande attaque convulsive parfaitement caractérisée, le retour inopiné de l'état normal. Donc passage à l'état second, retour à l'état prime se font par l'intermédiaire de convulsions manifestement hystériques.
En d'autres termes : on est en présence d'une attaque mar* quéeà son début et à sa terminaison par des convulsions.
(1) Gilles de la Tourette. — L'hypnotisme et les états analogues au point de vue médico-légal. 1'° édition, p. 245 et suivantes.
VIGILAMBULISMB BT ATTAQUE HYSTÉRIQUE. 261
séparées par une période d'attitudes passionnelles modifiée BOUS forme de vigilambulisme.
Il en est absolument de même chez Marie H..., avec cette différence que cela est peut-être encore plus caractéristique. On se souvient que j'ai observé chez elle pour la première fois le retour de Tétat normal à la suite d'une attaque convulsive violente qu'elle avait eue en ma présence. Plus tard il ne fut point difficile de constater régulièrement que toujours grande attaque convulsive, arcs de cercle ou attaques à forme épileptoîde marquent la fin et le commencement de rétat vigilambulique, en d'autres termes le passage à Tétat normal 'transitoire et le retour à l'état second de durée plus prolongée. Le vigilambulisme interposé entre les deux n'est autre chose que le représentant de la phase des attitudes passionnelles.
Peut-on retrouver des caractères analogues dans les autres faits que nous avons rapportés ? Cela, il me semble, ne fait pas l'ombre d'un doute. Chez la dame Américaine de Mac Nish nous sommes au début en présence d'une attaque de sommeil. Le malade de Bonamaison entre dans l'état B par une crise convulsive ou une attaque de sommeil ; son retour à l'état normal est marqué par des aboiements qui ne sont autre chose que de véritables convulsions.
Le sujet de M. Vizioli tombe dans l'état vigilambulique à la faveur d*une grande attaque caractéristique d'hystérie, mêlée de phénomènes hypnotiques, que nous avons décrite avec détails au cours de l'observation. Chez la jeune fille de M. Ladame, c'est une attaque de sommeil qui marque le début de l'état second.
Ce n'est pas moins caractéristique dans le cas de M. Verriest. Au début une attaque franche marquait le passage à l'état B et le retour à l'état A. Plus tard Télément convulsif s'efface peu à peu et n'est plus représenté que par quelques secousses des membres supérieurs.
Quant aux malades de M. Camuset et de M. Azam, il ne peut y avoir aucun doute au point de vue qui nous occupe ici. Le premier entre dans ses divers états par des attaques plus ou moins franches et on en provoque le retour par des procédés éminemment hystérogèneSf Taimant par exemple.
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De son o6t6, M. Azam note avec soin lesphénomàaes marquant le passage d'un état dans l'autre, et au débat de Télat second il nous déorit bien nettement Taura céphalique hystérique, tandis qu'à sa terminaison il constate la présence d'une petite attaque de nerfs qu'il compare, dans une certaine mesure, au petit mal comitial. L'attaque marque également le début des phénomènes de dédoublement dans son autre cas (Albert X...).
J'insisterai principalement sur la malade de M. Dufay, parce qu'elle présente, au point de vue spécial des idées de M. Gharcot^ que je soutiens ici, un intérêt tout particulier. En effet, tout d'abord elle tombe dans Tétat second par l'intermédiaire d'une petite perte de connaissance qui en marque le début. De plus, et c'est surtout ce point qui est important à constater, parceque nous Je trouvons seulement dans ce cas, l'état vigilambulique peut cesser à la volonté de l'observateur. Il suffit d'exciter des zones douloureuses (côtés du cou, pharynx) pour provoquer instantanément le retour à l'état normal. Ce sont là, en réalité, . de véritables zones hystéro-frénatrices, et je n'ai pas besoin d'insister plus longuement sur l'importance de ce phénomène qui assimile de tous points la crise de vigtlambulisme à une crise d'hystérie vulgaire, qu'on arrête en pressant sur les points ovariens, sous-mammaires ou autres.
Mais, dira-t-on, si Ton peut admetti-e à la rigueur l'assimilation avec la période des attitudes passionnelles dans les cas où la crise vigilambulique ne dure que quelques heures^ une pareille hypothèse est bien difficile à accepter pour ceux où l'état second dure depuis des mois et des années, interrompu seulement de temps à autre par do courtes périodes d'état normal» A cette objection la réponse me paraît facile, en ayant recours aux faits et rien qu'aux faits.
Prenons par exemple le cas de Bonamaîson. On ne fera pas difficulté d'admettre que, chez cette jeune fille, les crises vigilambuliques survenant tous les soirs régulièrement, avec une périodicité bien hystérique, ne sont autre chose que des attaques d'hystérie avec modlQcation particulière de la phase des attitudes passionnelles. Maiq
l'attaque de vigilambuusicb. 263
au début de la maladie il s'était produit une période d'état second de trois mois de durée. Ce eigiiambulisme de trois mois ne différait en rien de celui qui se manifesta plus tard pendant quelques heures tous les soirs. Pourquoi vouloir faire de deux manifestations identiques des accidents mor* bides différents, sous prétexte que l'une ne dure que quelques heures, tandis que Tautre se maintient pendant des mois? Cette façon de considérer les choses me semblerait absolument contraire à toute raison. Surtout quand tant d'autres arguments plaident en faveur de l'hypothèse que nous soutenons ici, à savoir que le vigilambulisme n'est qu'une modification de la période passionnelle de l'attaque. On connaît dos cas de délire hystérique ayant duré plusieurs semaines et qui cependant ne représente point autre chose qu'une autre sorte de modification de cette même phase des attitudes passionnelles de l'attaque (1). On peut constater pour le somnambulisme, comme pour le vigilambulisme. toutes les transitions entre le dédoublement complet et presque permanent de la personnalité et la courte attaque d'état second. Les observations que j*ai relatées au cours de ce travail contiennent plusieurs exemples de ce genre, et viennent à l'appui de ce que j'avance. Une pareille objection ne saurait donc nous arrêter.
Dans cette hypothèse — et c'est là une des conclusions que l'on peut tirer tant de ce travail que de mon précédent mémoire — il y aurait donc deux modifications spéciales de la phase passionnelle dQ l'attaque hystérique : le somnambulisme et le vigilambulisme hystériques. Dans les cas les plus accentués et les plus typiques, ils diffèrent
(i) A ce pr jpos je ne saurais mieux faire que de renvoyer le lecteur à mon précédent travail sur le somnambulisme hystérique, dans lequel je développe des arguments répondant à une objection analogue en ce qui concerne ce dernier. Ce qui est vrai pour le somnambulisme Test aussi pour le vigilambulisme, et l'objection de la durée des manifestations ne peut venir à rencontre de l'hypothèse soutenue dans l'un et l'autre cas. (G. Q.).