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ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE L'ATHREPSIE

LÉSIONS DE LA PEAU ET DE LA BOUCHE. — MUGUET DE LA BOUCHE, DU PHARYNX ET DE L’ŒSOPHAGE.

Messieurs,

Vous n’auriez de l’Athrepsie qu’une idée très-incomplète, si vous ne connaissiez les altérations de tissus et d’organes qui s’y rattachent. Elles sont nombreuses, variées et de gravité très-inégale. Les unes sont apparentes sur le malade vivant, les autres ne sont révélées que par l’autopsie.

Parmi les premières, celles de la peau se présentent tout Lésions de u.

peau.

d’abord ; c’est donc par elles qu’il est naturel d’inaugurer cette étude.

Je commence par Yérythème. Il affecte, vous le savez, é ry thème,

deux Tonnes. Dans l’une, très-fréquente chez le nouveau-né, l’éruption est primitivement vésiculeuse. L’autre, consiste en des papules lenticulaires.

Sans revenir sur les' particularités que l’examen, à l’œil nu, permet de constater, et sur lesquelles j’ai suffisamment insisté dans la symptomatologie, je vais m’occuper seulement

Ërythèmo vésiculenx.

des lésions histologiques. Je les ai étudiées sur des tranches minces colorées et conservées dans la glycérine (1 ').

•L’érythème vésiculeux (*) est caractérisé par une voussure que fait à peu près exclusivement l’épiderme. Au début, la couche cornée est épaissie par la tuméfaction de ses lamelles, qu’infiltre une matière granuleuse. Puis elle se soulève, se ramollit, et se rompt, précisément dans le point le plus altéré.

C’est le corps muqueux de Malpighi qui est le véritable siège de la lésion, surtout au niveau des cellules plates, d’où elle s’étend de proche en proche, vers la profondeur. Assez fréquemment, les cellules les plus superfi cielles ont déjà subi un degré d’altération très-prononcé, alors que les autres paraissent encore intactes.

Le volume du corps muqueux s’est considérablement accru. Les éléments altérés sont plus gros que normalement, et la plupart ont conservé leurs dentelures périphériques. Ils sont moins tassés les uns contre les autres et ont pris une remarquable transparence. Leur noyau s’est également hypertrophié en prenant la forme d’une sphère ou d’un ellipsoïde, et en devenant transparent. Le nucléole plus volumineux, n’est segmenté qu’exceptionnellement,

(l)Je crois devoir indiquer ici brièvement le mode de préparation quej’ai mis en usage pour l’étude microscopique des altérations organiques de l’Athrepsie. C’est celui qui est actuellement le plus employé et qui donne les meilleurs résultats.

Il consiste à placer les fragments que l’on veut examiner dans de l’alcool, pendant vingt-quatre heures; puis dans une solution de gomme ara-

bique, pendant un temps égal ou double ; enfin dans de l’alcool.

De la sorte on obtient un durcissement qui permet de faire avec le rasoir des tranches très-minces. On les plonge d’abord dans de l’eau pour les débarrasser de leur gomme, puis après les avoir colorées à l’aide du carmin ou du picro-carminate neutre d’ammoniaque, on les conserve dans delà glycérine.

(‘) Voy. planche XK, lig. 1.

LÉSIONS IJE LA PEAU, mois il est entouré de granulations plus nombreuses et plus réfringentes.

Peu à peu, cette fonte des cellules s’accentue; elles deviennent surtout plus claires, et l’on a de la peine à discerner leur contour, leur noyau et leurs granulations.

Lorsqu’on fait usage d’un faible objectif, on pourrait croire qu’à leur niveau, il existe un vide. Cela tient à ce qu’elles se sont remplies de liquide. Les réactifs colorants restent sans action sur ces cellules hydropiques. Dans les points les plus malades, elles se rompent, communiquent les unes avec les autres, et disparaissent complètement. C’est alors que la lame cornée, séparée du corps muqueux, se brise, et découvrant la région des cellules, malades, laisse suinter à la surface du tégument le liquide qu’elles contiennent. La voussure primitive se trouve ainsi convertie en une perte de substance, en une véritable crevasse de la couche la plus superficielle de la peau (a) .

A cette altération de l’épiderme, il faut en ajouter deux autres. L’une, qui est habituelle, consiste dans une congestion très-marquée du réseau veineux du derme, non-seulement au niveau du point malade, mais dans le voisinage ; l’autre, non constante et peu étendue, est une prolifération nucléaire de la couche dermique la plus rapprochée de la surface.

Dans l’érythème papuleux (*) , on trouve connue dans le précédent, l’épiderme et le derme altérés; mais ces lésions sont Érythème pilpUentre elles dans un rapport inverse, relativement à celles de l’érythème vésiculeux, le travail morbide s’étant accompli surtout dans le derme.

(a) Voy. sur l’histologie des vésicules et des phlyctènes : Vulpian, Bull, de l'Acad. de med , 1870 et 1871. — Neumann, Handbuch fur Uautkranlcheiten, 1868 — Besiadecki, Sitzungsberichle der k. Akacl. Wien., 1867. - J. Renaut, in Manuel d'histologie pathologique de Cornil et Ranvier, 3° partie, 1876.

(*) Voy. planche XII, fig. 2.

La couche cornée est peu épaisse, tandis que le corps muqueux est assez notablement modifié. Ses colonnes intradermiques sont plus allongées et plus larges ; leur contour est . en outre beaucoup moins net et l’on dirait qu’elles sont boursouflées. Cela est dû à la tuméfaction des cellules, surtout près de la lame cornée. Pour la plupart elles ont conservé leurs dentelures. Plusieurs sont devenues vésiculeuses ; leur centre est clair, transparent, et leur noyau est refoulé à la périphérie, où il semble comprimé.

Le derme, dans la couche sous-jacente aux papilles et parfois jusqu’aux glandes de la sueur, est le siège d’une multiplication nucléaire qui a pour point de départ les vaisseaux. Les corpuscules de nouvelle formation d’abord disséminés, forment peu à peu des groupes, dont la compacité croit avec ■ ■ le développement de la papille, et au milieu desquels l’on ne distingue plus les canaux sanguins. Les vaisseaux des | glandes sudoripares voisines du corps papillaire, subissent cette altération, mais à un faible degré.

; I^a lésion change assez notablement d’aspect, quand on l’examine au voisinage d’un point ulcéré. A un faible grossissement on reconnaît que la lame cornée s’est épaissie et

que le corps muqueux a subi une sorte de dissociation. Ses éléments occupent une hauteur qui est au moins double de là normale. A la place de ses colonnes, on voit soit des ilôts,

soit des' travées, qui circonscrivent des espaces irrégulièrement arrondis ou polygonaux, d’une transparence relative et où la coloration est peu régulière. — Le derme, dont le volume s’est également accru, ne s’est pas moins profondément modifié.

A l’aide d’une lentille plus puissante, on voit que 1 épais-

sissement de la couche cornée, est dû a 1 augmentation de volume de ses cellules, infiltrées par une matière gianu-

LÉSIONS DE LA PEAU, leuse ; et qu’au niveau des îlots et des trabécules du corps muqueux, les cellules épithéliales ont des formes et des dimensions très-variables. Sur les bords, elles sont tout à la fois aplaties et allongées; et dans les parties centrales, beaucoup plus larges. Leur accroissement est surtout trèsaccentué près du derme, où elles ont une netteté remarquable et des dentelures très-appréciables.

Dans les espaces que circonscrivent les trabécules, on voit des vaisseaux complètement exsangues et comme aplatis, des noyaux assez fortement colorés et quelques cellules épidermiques pour la plupart altérées, granuleuses et claires. Çà et là même, il y a de petits espaces vides comme si elles avaient été détruites. — Dans le derme, les noyaux embryonnaires sont par places si abondants et forment des groupes si compacts, que l’on ne distingue plus les éléments constitutifs de son tissu.

Le travail de prolifération s’est donc ici très-accentué en se modifiant. Remarquez d’abord l’hypertrophie de la couche épidermique ; non-seulement elle a empiété sur la région papillaire, dont elle a en quelque sorte engainé les vaisseaux; mais ses cellules ont subi sur le plus grand nombre des points une augmentation de volume considérable ; sur d’autres une

[ véritable atrophie. Notez ensuite la destruction du derme,

par l’exubérance même des noyaux qui s’y sonL développés.

L’ulcération est le résultat de la prolifération excessive des éléments cellulaires de l’épiderme et du derme, de 1’étoulïcment vasculaire qui en résulte, enfin de la nécrobiose consécutive des nouveaux produits. Le ramollissement semble débuter par les parties profondes, d’où il atteint peu à peu les couches superficielles ; et finalement, c’est par une rupture de la lame cornée, que le foyer s’ouvre à l’extérieur.

Pomphipus.

Amaigrisse-

ment.

Le pemphigus qui se développe chez les nouveau-nés atteints d’Athrepsie ne présente rien de particulier, au point de vue anatomo-pathologique. Les bulles résultent du soulèvement de l’épiderme au niveau de la couche intermédiaire à la lame cornée et au corps muqueux de Malpighi (zone des cellules granuleuses); elles contiennent de la sérosité fibrineuse, à réaction alcaline, dans laquelle se trouvent en suspension quelques globules blancs; on voit quelques-uns! de ces corps cà et là dans le derme.

11 me reste à vous parler des lésions de la peau et du tissu sous-cutané produits par Y amaigrissement et Y endurcissement.

Chez les enfants que l’Athrepsie chronique a privés del la couche adipeuse qui double le tégument, au lieu de celle-ci, on ne trouve plus au moment de l’autopsie, qu’un ■' tissu à mailles lâches, parsemé çà et là de petits grains! jaunâtres.

Sur des coupes de cette peau, l’examen microscopique : montre des modifications importantes. Les anciens ilols : adipeux ont complètement changé d’aspect, et sur un certain nombre d’entre eux, ou peut suivre en quelque sorte pas à pas la transformation.

A l’état normal, comme vous le savez, les cellules adipeuses-sont tellement remplies par la graisse, que l’on distingue difficilement leur noyau aplati contre la paroi. Dans le premier degré de l’amaigrissement, l’enveloppe cellulaire et son noyau deviennent apparents; puis, avec les progrès du mal, le protoplasme s’accroît, et en s’avançant vers le centre de la cellule, repousse la graisse qui, au lieu de former une masse unique, se divise en un certain nombre de granulations. Pendant que ce travail s’accomplit, le

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