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XI. — LES ENTOZOAIRES, LE TÉNIA, LES HYDA.TIDES

LES GYSTIGERQUES.

Depuis que je m'occupe de sciences médicales, les entozoaires ont lixé fréquemment mon attention. Les comptes rendus des Sociétés de Biologie, les Bulletins de la Société anatomique de Paris, les Archives de médecine, renferment plusieurs de mes publications ayant trait aux

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cyslicerques du cœur, du cerveau^ des muscles, et aux hydatides du foie. J'ai iuséré, en 1862, dans les Actes du Muséum d'histoire naturelle de Rouen ^ un travail qui porte le titre suivant : De la fréquence relative des diverses espèces d'entozoaires observés chez l'homme, à Rouen ; déductions de cette étude et applications à la théorie de la migration des vers.

Mes publications antérieures ont donc eu pour objet les premières, d'élucider par des observations cliniques, quelques questions de pathologie ; ce sont celles sur les cysticerques du cœur, du cerveau et des muscles, sur les hydatides du bassin (1) ; une autre d'apporter de nouvelles preuves des avantages de la méthode de Récamier, dans la cure radicale des kystes hydatiques du foie ; enfin la dernière de prouver que jusqu'ici l'observation clinique n'a guère plaidé en faveur de la vérité de la théorie de la migration des vers, défendue par Siebold, Yan Beneden, Leuckart et Kuechenmeister.

Le travail que j'entreprends aujourd'hui, réunira les résultats des travaux antérieurs, et y ajoutera ceux de mes recherchés ultérieures .

Les matériaux que j'ai utilisés sont quelques faits recueillis dans les hôpitaux de Paris, et près de quinze mille observations toutes consignées par écrit, depuis 18S4, dans la division de clinique médicale dont je suis chargé, à l'flôtel-Dieu de Rouen. Depuis juillet 1867, j'ai noté avec grand soin les faits d'entozoaires observés dans ma clientèle civile et dans ma consultation privée ; ces derniers portent sur plus de 5,300 malades. Tous ces faits n'ont pas été étudiés avec le même soin, ainsi, ce n'est que depuis 1869, qu'à la consultation mon attention fut fixée sur cette question des entozaires ; à l'hôpi-

(1) Charcot, Comple-rendu de la soc. de Biologie. Paris,

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tal, j'ai souvent omis d'examiner anatomîquement les centres nerveux chez les sujets morts d'affections qui n'avaient présenté aucun symptôme du côté du cerveau ; les muscles n'ont pas été disséqués, ce que l'on comprendra facilement, en songeant que les cadavres des individus morts dans ma division étaient, ou réclamés par les familles, ou réservés pour les études anatomiques des élèves de notre école ; tous ces cadavres ont été autopsiés.

Dans les conditions que je viens d'indiquer, les faits d'entozoaires que j'ai recueillis, se répartissent ainsi :

Ténia armata, 38 cas, dont 35 dans la pratique civile.

Cysticerques du cerveau, 5 cas.

Cysticerques du cœur, 1 cas.

Cysticerques des muscles, S cas.

Hydatides du cerveau, 3 cas.

Hydatides du bassin et du ligament large, 2 cas.

Hydatides du foie, 24 cas.

Hydatides des poumons, 3 cas.

L'ensemble de ces faits, presque tous recueillis à Rouen, est assez considérable pour me permettre d'affirmer que les entozoaires ne sont pas rares dans notre localité.

Du Ténia.

Dans mon mémoire publié dans les Actes du Muséum d'histoire naturelle de Rouen, en 1862, j'écrivais : « Le ténia armata est la seule variété que j'aie rencontrée à Rouen, et encore y est-elle assez rare, car n'en ayant observé qu'un seul cas à l'Hôtel-Dieu, en près de huit années, je n'en ai vu que cinq cas dans ma clientèle particulière. » Depuis que ces lignes ont été écrites, j'ai

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recueilli un nombre de faits de ténia plus considérable. De 1869 à 1873, c'est-à-dire en quatre ans, dans la clientèle civile j j'en ai recueilli 35 faits ; cela n'implique point que les quatre années ultérieures me permettraient de doubler le cbiffre de ces cas observés, car parmi mes 35 malades atteints de ténia armata, un certain nombre avaient l'entozoaire depuis nombre d'années, de plus mes analyses n'ont porté que sur des malades. J'ai dit dans quelles conditions j'ai observé, et je m'abstiens de tirer des conclusions sur la fréquence du ténia, relativement au cbiffre de la population. Comme tout médecin babitué à la pratique, il me suffirait d'ailleurs, pour jeter du doute sur la valeur absolue des résultats numériques de rappeler combien il est fréquent de méconnaître le ténia; en effet, quoique mon attention fut fixée depuis longtemps sur ce sujet, je n'ai pas diagnostiqué d'après l'analyse des symptômes, l'existence de l'entozoaire, les malades m'ont apporté eux-mêmes les preuves de la nature réelle de l'affection, une partie de l'animal. C'est, 1^ du reste, le seul critérium certain de diagnostic, comme le disent la plupart des auteurs .

Les deux sexes paraissent en être affectés avec un égal degré de fréquence; ainsi, sur 35 cas analysés, j'ai constaté le ténia cbez dix-buit bommes et cbez dix-sept femmes.

Sous le rapport de l'âge, on peut classer mes 35 observations de la manière suivante, en notant l'âge de l'individu au moment où il commença à rendre des anneaux. Cette époque de la vie n'est donc pas celle où l'entozoaire se développe réellement; ce moment ne peut être déterminé.

Le ténia fut remarqué chez 1 individu âgé de 5 ans.

— K — 10 ans.

— 4 — 44 à 20 ans.

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— 45 - 21 à 30 ans.

— 40 — 31 à 40 ans.

— 2 - 41 à 50 ans,

— 2 — 51 à 60 ans.

Ce tableau fournit des résultats identiques aux statistiques publiées antérieurement. L'existence du cestoïde, chez un enfant de cinq ans, n'est pas très-rare, nous rappellerons que Hufeland l'a signalé chez un enfant de six mois,. et que F.-L, Legendre (1) a relevé dans divers auteurs 27 cas de ténia chez des enfants âgés de moins de quinze ans. Sans être absolument exceptionnel, ce cestoïde ne se rencontre pas fréquemment chez l'enfant, et, sous ce rapport, les faits que j'ai recueillis prouvent que dans notre localité le ténia se rencontre à tous les âges, mais surtout dans la période moyenne de la vie.

L'existence du ténia chez plusieurs membres d'une même famille a été déjà signalée par plusieurs auteurs. Les uns ont voulu voir dans cette coïncidence la preuve d'une influence héréditaire, d'autres la démonstration d'une contagion, le scolex du ténia pouvant être transporté d'un individu à l'autre. Davaine (2) émet une opinion beaucoup plus probable, t D'après ce que nous pouvons présumer, dit-il, du mode de transmission du ténia solium, il paraîtra tout naturel que plusieurs membres d'une même famille, soumis au même régime, contractent ce ver^ sans qu'on doive invoquer une cause d'hérédité. » Les faits de mon expérience sont à l'appui de l'opinion de mon savant ami.

Le ténia existait chez l'oncle et le neveu.

— le père et le fils.

~ la belle-mère et la belle-fille.

— la bel le- mère et le gendre.

(1) F. L. Legendre, Arehiv. gén. de méd., 1854, vol. IV, p. 642.

(2) Davaine, Traité des Entozoaires, 1860, p. 99.

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^ Ces diverses personnes vivaient habituellement ensemble.

Cette proportion de 4 cas sur 35 est assez forte pour mériter d'être sigaalée. L'hérédité n'y figure que pour 2 cas.

L'usage de la viande crue a été considéré comme la cause du ténia. En Abyssinie, on a rapporté à l'usage de la viande crue la fréquence extrême de ce cestoïde chez les Abyssins. Davaine a donné un exposé complet de cette question. Son excellent ouvrage renferme une lettre de M. Weiss, l'éminent médecin russe qui, le premier, a conseillé l'usage de la viande crue, après le sevrage, contre la diarrhée des enfants, et constaté la production du ténia dans ces conditions. Dernièrement, un de mes anciens élèves, le D' G. Dubreuil, a pris pour sujet de sa thèse inaugurale, soutenue devant la Faculté de Paris, l'influence de l'alimentation par la viande crue, comme cause pathogénique du ténia solium (1). Parmi les 35 cas analysés ici, cinq individus avaient constaté le développement du ténia après l'usage de la viande crue de bœuf ou de mouton. Chez tous ces individus, le développement du cestoïde s'est opéré sans symptômes généraux, et l'expulsion spontanée de quelques anneaux a été le seul signe de la maladie. Le ténia a été guéri chez ces mdividus après une seule dose d'un des anthelmentiques prescrits habituellement; cette guérison rapide est cependant loin d'être la règle dans les cas où le ténia se développe en dehors de cet antécédent, l'alimentation par la viande crue. Je n'ai pas besoin d'insister aujourd'hui sur cette particularité que la viande consommée

(1) G Dubreuil, Du Ténia ait point de vue de ses cames et particulièrernrnl l'usage alimentaire de viande de bœuf crue. (Thèse de doctorat), Paris,

1 oOt/ •

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par ces individus était bien plus souvent la viande de bœuf ou de mouton que celle de porc. Prétendant que le bœuf et le mouton étaient rarement infectés de ladrerie, on a affirmé que la relation de cause à effet, entre la genèse du cestoïdo chez l'homme et l'alimentation par la chair crue du bœuf ou du mouton était loin d'être positive. Déjà Charles de Siebold prétendait que les animaux de boucherie consommés à Saint-Pétersbourg étaient souvent bourgeonnés. Dans une séance de l'Académie de médecine, Lancereaux a montré que des cysticerques nombreux se rencontraient assez fréquemment dans les muscles du bœuf, et que la ladrerie existait égament, quoique à un degré de fréquence beaucoup moindre, chez cet animal que chez le porc (t). Je n'ai pas eu personnellement l'occasion d'étudier ce sujet, cependant l'élucidation de cette question aurait un intérêt d'application pratique pour la médecine comme pour la police sanitaire.

Dans notre ville, la population pauvre fait un usage considérable de poisson salé ou fumé ; ce poisson peut-il provoquer le développement du ténia? Quelques médecins ont répondu affirmativement. D'après les recherches de Huss et de Yon Doeveren, ce serait surtout le ténia lata (bothriocéphale) que l'on rencontrerait fréquemment dans les parties de la Suède et de la Norvège, où l'on consomme une grande quantité de saumon ou de poisson. Ici je n'ai pas rencontré un seul bothriocéphale; le seul bocal qui portât l'étiquette de ce cesloïde, il y a quelques années encore, au muséum de Rouen, était un ténia armata dont le pore génital latéral démontrait la nature ; il avait été adressé sans examen au directeur du musée, F. Pouchet, qui reconnut l'erreur de son préparateur.

(1) Lancereaux, Bulletin de V Académie de médecine.

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L'usage do la charcuterie est très-habituel, surtout dans la classe ouvrière de notre population, mais cette charcuterie est presque touj ours cuite ; cette circonstance explique peut-être l'absence de trichines dans notre population.

Les symptômes du ténia ne m'ont présenté rien de spécial. De même que tous les praticiens, j'ai constaté l'innocuité parfaite des cestoïdes chez un certain nombre d'individus; chez d'autres il exist;iit un ensemble de troubles fonctionnels des plus bizarres. J'ai pu me convaincre, comme tous mes confrères, que la susceptibilité morale innée de quelques individus, et surtout des femmes, augmentait considérablement l'intensité des sensations morbides, ou même en ajoutait aux réelles, ou d'imaginaires, ou d'autres provenant d'un état d'hystéricisme concomitant. Il est cependant certain que le ténia provoque des troubles généraux de la sensation de la digestion, et plus souvent encore du système nerveux. On peut souvent par la mobilité des accidents, par leur intensité, et surtout par l'impossibilié de les rapporter à aucune autre lésion déterminée, supposer l'existence du ver solitaire. Les perversions du système nerveux sont des plus curieuses. Burke Ryan, Winslov^, Davey, rapportaient, il y a quelques années, une série de cas d'aliénation mentale^ à forme maniaque, provoquée par le ténia, et guéris après son expulsion.

F. Legendre a trouvé que les désordres du système nerveux cérébrospinal viennent en première ligne, sous le rapport delà fréquence (20 fois sur 33); il y eut 12 fois des attaques convulsives, hystériformes 8 fois, épileptiforraes 8 fois. Les autres symptômes étaient des vertiges, delà céphalalgie, des lipothymies complètes ou incomplètes, des troubles de la vision, des bourdonnements d'oreilles, des sensations de morsure ou de piqûre à l'épigastre. L'appétit perverti ou insatiable, l'abattement,

radynamie générale sont souvent, chez l'adulte surtout, les seuls symptômes apparents.

Je dois exprimer une certaine réserve pour admettre la relation absolue et exacte des troubles psychiques avec le ver solitaire. J'ai vu plusieurs fois des malades chez lesquels l'expulsion du parasite n^avait pas modifié la perversion de l'état mental, j'ai aujourd'hui même, dans ma clientèle^ une dame qui se trouve absolument dans ces conditions.

La question du pronostic est facile à traiter d'une manière absolue. Il est incontestable que le ténia ne provoque pas d'accidents graves, qu'il ne détermine pas la mort ; mais d'une autre part, sa curabilité est loin d'être absolue, a La durée du ténia, dit Davaine (1), est quelquefois très-longue, les observations des malades qui en ont évacué des fragments^ pendant dix ou douze ans^ ne sont pas rares... Souvent le ténia reparaît plusieurs mois, ou même plusieurs années, après que l'on s'est cru délivré. L'ignorance où l'on est de la durée de la vie du ténia, et la certitude qu'il peut en exister plusieurs autres ensemble, ou successivement dans le tube digestif de l'homme, autorisent à penser que dans le cas de longue durée, ou de réapparition tardive de cet entozoaire, plusieurs vers se sont succédé. » Ainsi ces paroles du savant académicien prouvent que le ténia peut persister longtemps, qu'il peut reparaître, après avoir cessé pendant quelque temps d'être expulsé.

La résistance du ténia aux anthelmentiques est curieuse surtoutchez certains individus. Il y a quelques mois, mon savant et excellent ami Notta me citait un certain nombre de malades de sa clientèle, chez lesquels toutes les médications échouaient; après une expulsion d'un bout de ver

(1) Davaine, Entozoaires, p. lOi.

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assez long, d'autres anneaux reparaissaient. Les traitements les plus divers, dirigés par différents médecins, avaient tous les mêmes insuccès. Je citerai une dame de ma clientèle, M""" L. D., âgée de 52 ans, qui rend des anneaux de ténia depuis l'âge de 21 ans. J'en ai constaté la réalité, il y a peu de temps. Cette dame souffre d'une dyspepsie intense avec état anémique des plus marqués. Tous les remèdes ont échoué. Une autre dame, âgée de 46 ans, rend également des fragments de ver depuis l'âge de 23 ans. Je pourrais citer d'autres faits semblables. La communication de Notta me prouve que cette résistance du ver solitaire aux agents thérapeutiques est plus commune qu'on ne le dit vulgairement.

DES HYDATIDES.

La classe des cestoïdes de Rudolphi comprend parmi les vers vésiculaires, les hydatides, animal simple à l'état de larve, et dont l'animalité, même sans la présence d'échinocoques, n'est plus contestée, et l'hydatide parfaite dont i'échinocoque forme le principal caractère. Je ne m'occuperai pas ici de rechercher si ces vers vésiculaires ou cystiques sont réellement des téniadés à l'état de larve ; je rechercherai en terminant ce travail, si la clinique démontre la réalité de la théorie de Yan Beneden; je commencerai par exposer le résultat de mon expérience.

J'ai rencontré /e5 kystes hydatiques du foie chez vingtdeux malades. Vingt de ces observations ont été recueillies à l'Hôtel-Dieu de Rouen de 1855 à 1873 ; plusieurs d'entre elles ont déjà été publiées dans mon mémoire sur le traitement des kystes hydatiques du foie (1). Sur vingt de ces cas, dix ont été rencontrés à l'ouverture des

(I) Leudel, Mémoire sur h traitement des kystes hydatiques du foie, {Archives générales de médecine, janvier et février 1860. t. XV.)

cadavres criiidividus morts d'une maladie étrangère à la glande hépatique. Quelques-uns de ces parasites avaient cependant acquis un volume assez considérable, pour devenir dans un avenir prochain, la cause d'accidents sérieux. Deux kystes offraient les caractères d'une évolution rétrograde : le liquide inlrakystique était résorbé, les membranes hydatiques plissées étaient d'une couleur jaune verdâtre, due à une infiltration de graisse, surtout de cholestérine et de matière colorante de la bile. La proportion de cas de guérison spontanée à la totalité des faits est un peu supérieure à celle de Frerichs (1). Le professeur de Berlin dit en effet : « Sur vingt-trois cas observés par moi-même, onze n'avaient amené aucun accident pendant la vie, et dans neuf de ces onze cas, les échinocoques étaient morts, et en voie de transformation graisseuse. » La suppuration spontanée du kyste existait chez deux de mes malades, dont l'un mourut rapidement par suite d'une péritonite consécutive à l'ouverture du kyste dans la cavité péritonéale.

Sur les vingt-quatre malades que j'ai observés à l'Hôtel-Dieu de Rouen, huit ont été opérés au moyen du caustique par la méthode de Récamier ou par l'incision, cinq ont guéri et trois sont morts. Dans ces huit cas, la tumeur parasitaire constituait la principale lésion. Je reviendrai plus loin sur les circonstances qui ont facilité la guérison ou provoqué la mort. J'ai voulu indiquer ici, la proportion des cas d'hydatides du foie qui m'ont paru devoir être soumis à la cure radicale.

Sur dix-neuf sujets chez lesquels la maladie s'est terminée par la mort, j'ai pu déterminer si la glande hépathique était le seul siège des hydatides. Chez un malade,

(i) Frerichs, Maladies du Foie, trad. française, par Louis Duménil et J. Pellagot, 1866, p. 385.

LES IIYDATIDES, LES CYSTICERQUES 409 le poumon contenait également un kyste hydatique ; chez une femme, dont l'ouverture du kyste hydatique du foie amena la cure radicale, je vis, pendant que la tumeur du foie était encore ouverte, se manifester les signes d'une pneumonie limitée à la base du poumon droit. Cette phlegmasie du parenchyme pulmonaire ne provoqua que peu de réaction générale, et au bout de peu detemps, la malade expectora des fragments pellucides de poches hydatiques, complètement différentes des fragments de poche sortant depuis quelque temps déjàde la tumeur du foie, et qui toutes avaient subi l'action prolongée de la teinture alcoolique d'iode, injectée dans son intérieur.

Il est peut-être difficile d'affirmer, dans ce cas, s'il y a eu deux kystes, l'un dans le foie, l'autre dans le poumon, ou si c'est un deuxième kyste du parenchyme hépatique qui a perforé le diaphragme et s'est frayé une issue dans les bronches à travers le poumon. Ce fait est la cinquième observation de mon mémoire publié en 1860 dans les Archives. L'inflammation artificielle provoquée dans le foie a-t-elle pu avoir quelque action sur la tumeur du poumon? Je le crois, Frerichs a montré d'une manière évidente (1) le mécanisme de cette communication. « Lorsque la base du poumon droit, dit-il, a contracté des adhérences avec le diaphragme, il se forme une large caverne dans le lobe inférieur, et cette caverne peut rester isolée, ou communiquer avec les bronches. Chez une malade, atteinte d'un kyste hydatique du foie, dont l'inflammation débutait, il se manifesta une pleurésie purulente qui provoqua la mort. Ce ne fut qu'à l'autopsie, ([ueje reconnus la cause de la phlegmasie de la plèvre ; il n'existait aucune communication entre la tumeur du foie et la cavité de la plèvre.

(1) Frerichs, Trai. franç,, p. 58b.

Chez un malade, observé dans le service de Cruveilhior à l'hôpital de la Charité de Paris, je rencontrai, outre la tumeur hydatique du foie, un kyste d'apparence hydatique du cerveau, sans échinocoque, des cysticerques des méninges et du tissu cellulaire sous-cutané des muscles. Cette observation est la deuxième de mon mémoire publié dans les Archives . J'y reviendrai plus loin à propos de la théorie de Van Beneden et de Kuechenmeister.

La tumeur hydatique du foie, comme je l'ai montré plus haut, peut devenir la cause d'une inflammation grave de la séreuse pleurale; j'ai vu la propagation de la phlegmasie s'opérer dans une autre direction, du côté du péritoine et cela sans aucune ouverture du kyste. Je reproduis cette observation.

Observation I. — Kijste hydatique du foie suppuré; péritonite par propagation. Mort. — Un homme de 69 ans^ amaigri, entre le 3 septembre 1851, à la Pitié, service de Gendrin, salle Saint-Joseph, n° 9. Il accusait une diarrhée presque continue depuis près de deux ans ; depuis cinq mois, la diarrhée était devenue incessante, s'accompagnant de frissons erratiques et de douleurs gravatives dans l'hypochondre droit ; jamais il n'y avait eu ni vomissements, ni toux. On'constatait une augmentation du volume du foie, de la douleur vive dans le ventre, avec liquide dans la cavité péritonéal. Mort le 26 septembre 1851.

A l'autopsie, intégrité des organes intrathoraciques, épanchement d'un liquide citrin, sans flocons fibrineux dans la cavité péritonéale ; péritonite avec pus, localisée entre le bord inférieur du foie et l'arc transverse du colon ; cette collection purulente était limitée par des adhérences. Dans le lobe droit du foie, tumeur du volume d'une tête de fœtus à terme, contenant un liquide purulent jaunâtre, mêlé à des débris de poches hydatiques

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plus OU moins altérées. Les parois du kyste étaient minces en avant, sans aucune rupture. Aucun entozoaire dans

les autres organes.

La deuxième observation du mémoire des Archives est un exemple d'ouverture de la tumeur hydatique dans la cavité du péritoine. Je la reproduis plus loin. Je disais, à propos de ce fait : < La rupture du kyste hydatique dans le péritoine est le mode de rupture le plus fréquent, comme aussi le plus grave. Telle est l'opinion de M. Fauconneau-Dufresne (1); nous citerons, à l'appui de cette opinion, les cas publiés par Andral (2), Lassus, Cadet de Gassicourt (3). J'ai donné cette opinion comme appartenant à Fauconneau-Dufresne, aujourd'hui j'hésite plus que jamais à la partager, et peut-être Frerichs a-til raison quand il écrit : « que les kystes hydatiques du foie s'ouvrent moins souvent dans la cavité péritonéale ou gastrointestinale que dans le poumon, n

Je n'ai recueilli aucun exemple d'ouverture de la tumeur parasitaire du foie au dehors, à travers la paroi abdominale. Ces cas sont encore rares ; on connaît ceux de Lecat, Devilliers, Plater, Guattani, R. Bright, Budd, Becquerel, Bertholle, Fergusson et Frerichs. Il faut ranger dans le même ordre de faits rares, les cas d'ouverture de la tumeur dans le péricarde, et ceux de Piorry, Luschka et Lhonneur, où le kyste communiquait avec la veine cave inférieure.

D'autres fois, la tumeur hydatique se rompt dans le foie ou dans les canaux biliaires. Dans une autre partie de ce travail {voir pyléphlébite interstitielle, p. 15), j'ai montré que la tumeur hydatique pouvait défoncer une

(1) Fauconneau Uufresne, Précis des maladies du Foie, p. 138, 1856.

(2) Andral, Clin, méd., vol. II, p. 513, 4» édit.

(3) Cadet de Gassicouri, Thèse imug., p. 15.

(4) Voir Pyléphlébite intersUtielle, p. 15.

412 LES ENTOZOAJRES; LR TÉNIA

branche de la veine-porte contigue à sa paroi et provoquer une inflammation de ce canal vasculaire. On sait d'autre part, que les tumeurs parasitaires peuvent s'ouvrir dans le foie et provoquer la formation d'un abcès. Dans d'autres cas, assez rares, que Frerichs énumère, le kyste s'ouvre dans les veines sus-hépatiques.

Chez un malade, j'ai constaté l'ouverture du kyste hydatique dans les voies biliaires. Je transcris ici avec détails, cette observation inédite.

Observation IL -- Kystes hydatiques du foie et de la rate, d'un volume médiocre^ se développant d'une manière latente. Ictère suivi au bout de deux semaines de vomissements, de prostration, de frissons répétés. Mort un mois et demi après l'invasion de V ictère. Communication d'un kyste du foie contenant des hydatides flétries avec le canal hépatique. Pus dans les divisions intrahépatiques des canaux biliaires.

Caron (Marie-Héloïse), âgée de 22 ans, domestique, entre le 15 octobre 1868, à l'Hôtel-Dieu, salle ii, n° 17.

D'une bonne santé antérieure, C. a été sujette à des maux de gorge sans gravité, à des migraines; jamais elle n'a éprouvé de symptômes de maladies du foie^ de douleurs dans les hypochondres, d'ictère. Le début de la maladie actuelle ne remonte qu'à quatre semaines ; avant l'adinission à l'Hôtel-Dieu, il a été marqué par un ictère atteignant rapidement une grande intensité. A cette coloration morbide de la peau, se joignit un malaise général, une diminution de l'appétit. C. continua son travail; à la suite de plusieurs purgatifs, il se manifesta une diarrhée peu intense ; la malade ressentit par moments quelques frissons peu violents. Le 14 octobre 1868, dans la matinée,, apparition d'une céphalalgie plus intense que d'habitude, vomissements ; le 15, dans la mati^née^ récidive des vomissements, adynamie ; don-

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leurs vives éprouvées dans le ventre, surtout dans Thypocliondre droit.

^ Le 16 octobre, je trouvai la malade dans l'état ^ suivant : Prostration, intelligence parfaite, coloration ictérique de la peau et des conjonctives. Anorexie. Développement considérable du foie, dont le bord inférieur 1^ atteint presque l'ombilic. La surface de la glande bépa- ■ tique est lisse, son bord mousse, son extrémité gaucbe semble se continuer, avec la rate qui est également augmentée de volume et dépasse de plusieurs travers de doigt le rebord des fausses côtes. Aucune saillie des veines sous cutanées abdominales. Pas d'épancbement dans le ventre. Urines d'une couleur acajou, avec reflet verdâtre, sans aucun sédiment. Rien d'anormal au cœur. Le murmure respiratoire est vésiculaire ; en arrière, le foie et la rate remontent plus baut que dans Tétat normal et semblent refouler en baut le diapbragme. Pas de vomissements depuis l'entrée ; un peu d'appétit, pas de fièvre. (Tis. amère. Bain alcalin, 2 bouil., 2 pot.)

Le 17 et le 18 octobre, C. accuse une recrudescence ► des douleurs dans l'bypocbondre droit. Le volume du foie augmente presque cbaque jour; cependant sa surface demeure lisse et je ne parviens à y découvrir aucune tumeur partielle. Dans l'après-midi du 18, apparaît un frisson violent, un claquement de dents, non suivi de sueurs. Ce frisson dure près de trois heures. Il se renouvelle le 19, presque à la même heure ; il offre moins d'intensité. Les douleurs dans l'bypochondre droit reparaissent aussi par accès, elles sont décrites comme lancinantes, mais n'atteignent pas le degré des coliques hépatiques intenses. Dans les trois derniers jours, l'augmentation du volume du foie a été considérable ; son bord inférieur dépasse de trois travers de doigt la cicatrice ombilicale. La surface surtout au niveau du bord

414 LES ENTOZOAIRËS; LE TÉIflA

gauche semble inégale et dure ; la coloration ictérique a graduellement augmenté ; la peau a revêtu une teinte verdâtre. Fièvre, pouls à 112, chaleur de la peau. Prurit général. Anorexie, pas de vomissements ; sept à huit selles diarrhéiques dans les vingt- quatre heures. (Seltz, Julep diacodé, bouillon.)

Du 20 au 22 octobre 1868, les frissons ne reparaissent plus; les douleurs persistent dans l'hypochondre droit. Le volume du foie augmente graduellement.

24 octobre. Àdynamie plus intense. Pouls à 120, altération de la face, qui prend un aspect grippé ; météorisme, vomissements aqueux et bilieux. Cet état s'aggrave graduellement; C... demeure dans une prostration intense. Météorisme croissant; ictère, langue sèche et rugueuse. Un peu de délire calme surtout la nuit. Dans les trois derniers jours de la vie, les selles diarrhéiques deviennent beaucoup plus nombreuses, involontaires; les fécès étaient grisâtres, dit la religieuse, mais cette dame n'y a remarqué rien de spécial; je ne les ai pas examinées. Mort le 27 octobre 1868, à sept heures du matin.

Examen du cadavre le 28 octobre 1868, à neuf heures du matin. Temps humide et froid. Coloration ictérique marquée de la peau de tout le corps ; aucun œdème.

Cerveau et moelle non examinés.

Aucun épanchement dans les plèvres, libres d'adhérences. Les deux poumons, d'un bleu un peu jaunâtre, sont partout crépitants, sans aucune trace de pneumonie, de tuberculisation; ils sont crépitants et sains.

Péricarde sain; absence d'adhérences ou de plaques laiteuses sur les feuillets de cette séreuse. Le cœur, d'un volume normal, ne présentait aucune trace de lésion des muscles ou des valvules.

Epanchement dans la cavité du péritoine d'une quantité modérée de pus jaunâtre, mêlée de fausses mem-

LES HYDATJDES, LES CYSTICERQUES 445

branes, avec injection abondante de réseaux vasculaires sous séreux. Les racines intestinales de la veine -porte, comme de la veine splénique, sont perméables^ sans thrombus ni suppuration.

Coloration jaunâtre de la membrane muqueuse stomacale qui est ramollie cadavériquement, et ne présente aucune cicatrice d'ulcères , pas d'bémorrbagie sous-muqueuse. La tunique interne du duodénum offre le même aspect sans aucune trace de lésion. Le reste de l'intestin n'a pas été examiné à l'intérieur.

Le foie était presque doublé de volume, son lobe droit descendait jusque dans la fosse iliaque. Sa surface, d'une couleur rouge un peu jaunâtre, était parsemée, surtout sur sa face et au niveau du bord convexe, par de petites tacbes jaunâtres fluctuantes, qui, ouvertes avec le scalpel, laissaient écouler une petite quantité de pus jaune, verdâtre, contenu dans une cavité que l'on reconnaissait facilement pour la terminaison dilatée d'un canalicule biliaire. La surface du foie, autant à la partie inférieure du lobe droit qu'au niveau du lobe gaucbe, était inégale. Ces inégalités semblaient causées par le développement d'un tissu morbide à l'intérieur du foie. A la face convexe, les lésions étaient plus nombreuses. La face inférieure de l'extrémité inférieure du lobe droit était le siège d'une tumeur du volume d'un gros œuf, entourée de substance bépatique, très-mince à sa surface. Cette tumeur incisée était formée par un kyste fibrocalcaire, contenant beaucoup de matière grasse et cbolestérique, et par un kyste hydatique atrophié, plissé, sans aucun liquide contenu. En déplissant cette membrane, on reconstituait une poche hydatique mère, sans acéphalocystes inclus. Au niveau du bile du foie, le lobe de Spiegel, plus que triplé de volume, contenait un kyste fibrocalcaire avec des membranes hydatiques plissées

également, d'une couleur verdâtre, mêlées à la matière grasse, et communiquant par un orifice presque circulaire d'un diamètre de 0,00S avec le canal hépatique dilaté, au point de pouvoir admettre deux sondes de femme, de calibre de trousse. Dans Forifice se trouvait engagé un de ces kystes hydatiques. Un troisième kyste, du volume d'une petite noix, fibrocalcaire, existait dans la partie moyenne et au milieu du lobe gauche du foie. Les pellicules hydatiques roulées en fragments ne pouvaient être reconstituées en un kyste ou une vésicule; elles étaient séparées dans leurs circonvolutions par de la matière blanche, d'apparence crayeuse. Uu peu plus en dedans de ce dernier kyste, on en trouvait un autre absolument semblable.

Le canal cholédoque était considérablement dilaté depuis le pore biliaire jusqu'à la terminaison des canaux hépatique et cystique. Le canal hépatique était relativement plus dilaté, et communiquait, comme je l'ai indiqué plus haut, avec un des kystes hydatiques flétris et anciens. Dans la partie située au-dessus de cette communication, le canal hépatique était relativement moins développé, il contenait un peu de pus. Les extrémités des canalicules biliaires, beaucoup plus distendues, contiennent du pus. Le tissu du foie, qui entourait ces dilatations des canaux biliaires, était ramolli, mais nullement suppuré. La paroi interne de ces canaux biliaires était épaissie, jaune, sans aucune altération.

Le tronc de la veine-porte était sain ; ses parois transparentes, sans aucun épaississement, de même que ses deux principales branches de division, à l'entrée dans le foie. Les divisions plus fines de la veine-porte dans l'intérieur de la glande hépatique étaient toutes libres, ne renfermaient aucune trace de thrombus ou de caillot embolique.

LES HtDATiDES, LES CYSTICERQUES 4l7

La veine cave inférieure était saine, dans toute son étendue.

Les veines sushépatiques étaient perméables et sans traces de pus.

Le canal cystique n'était pas dilaté. Aucun calcul dans son intérieur. La vésicule biliaire, très-dilatée, contenait une assez grande quantité de bile brunâtre, claire. Aucune altération de la membrane muqueuse de la vésicule.

Au niveau du bile du foie beaucoup de ganglions lymphatiques étaient hypertrophiés ; quelques-uns avaient le volume d'un pois, d'autres atteignaient celui d'une amande. D'une couleur un peu brunâtre au dehors, ils offraient à l'intérieur une coloration d'un rouge brunâtre, sans aucune trace de suppuration.

La rate était plus que doublée de volume; elle présentait à l'extrémité supérieure de son grand axe une décoloration jaune, formée par une tumeur du volume d'une grosse noix ; cette tumeur était un kyste fibrocalcaire identique à celles qui ont été décrites dans le foie; elle contenait des débris de poches hydatiques revenues sur elles-mêmes^ et mêlées à de la matière d'un blanc nacré, d'apparence crétacée. Le reste de la rate était parfaitement sain.

Les reins, d'un volume normal, n'offraient aucune apparence de lésions.

L'utérus, libre d'adhérences, était sain, de même que ses annexes.

Cette observation présente un exemple curieux de l'ouverture du kyste hydatique dans le canal hépatique. Ce mode de communication est assez rare. Davaine en a trouvé 8 cas publiés. Comme le dit Frerichs, les hydatides peuvent être évacuées par cette dernière voie, et le kyste guérir. Perrin a rapporté (1) le fait d'un malade qui

(1) Perrin, Union médicale, 20 février 1847.

LEDDET. — Clin. môd. 97

418 Les li.NTOZOAiKKS; LE TÉNIa

Fendit simultanément par l'anus des calculs biliaires et des hydatides. La maladie se termina par la guérison. Frerichs cite les observations de Charcellay, Cbarcot, Cadet de Gassicourt, j'y ajouterai l'observation de Peter (1), dans laquelle le kyste bydatique s'ouvrait simultanément dans le canal cholédoque et dans la plèvre, à travers le diaphragme perforé; enfin une observation d'ouverture d'une tumeur bydatique du foie, dans les voies biliaires^ par Font-Reaulx (2). Dans le fait de Charcellay, la communication de la tumeur intrahépatique avait lieu simultanément avec les voies biliaires et les veines sushépatiques enflammées ; dans celui de Cbarcot, le canal cholédoque, distendu par des hydatides, s'était rompu, et par cet orifice la bile s'était épanchée dans la cavité du péritoine. Dans celui de Cadet de Gassicourt, la pénétration des hydatides avait provoqué un ictère mortel par accidents de diathèse hémorrhagique. Enfin, dans mon observation, les voies biliaires étaient enflammées et le malade avait succombé aux suites d'un ictère grave, avec inflammation du parenchyme du foie et de ses canaux excréteurs interstitiels.

Cette énumération des diverses lésions anatomiques secondaires que provoque la pénétration des hydatides dans les voies biliaires, montre quelle doit être la variété extrême des accidents observés pendant la vie, aussi le cUnicien en méconnaît-il le plus souvent l'origine.

Comme je n'ai observé aucun cas de ce genre, je mentionne sans y insister, les communications des kystes acephalocystiques du foie avec la vésicule biliaire, l'estomac et l'intestin.

(1) Peter, Soc. méd. des liôpit. 23 septembre i863.

(2) Font-Reaulx. Bull, delà soc. anat., sér. ii, vo!. X, p. 646, 186 j.

Les hydatides, les cysticerquës uq

Les symptômes des acephalocystes du foie , ne m'ont rien offert de spécial. J'ai constaté, comme la plupart des cliniciens, que le frémissement hydatique manquait le plus souvent, je ne l'ai reconnu nettement que chez un malade dont la tumeur était tellement superficielle, qu'elle fut ouverte par une seule application de potasse.

Le traitement ne m'a offert à étudier qu'un détail que je crois avoir une certaine importance pratique.

Dans mon Mémoire sur le traitement des kystes hydatiques du foie (!), j'écrivais les lignes suivantes sur la difficulté qu'éprouve souvent l'opérateur pour maintenir dilaté l'orifice artificiel du kyste après son ouverture par le procédé de Récamier : « l'orifice de la fistule ne tend pas à se rétrécir dans les premiers temps de l'opération^ mais il n'en est pas de même lorsque l'eschare est tombé, alors la plaie revient facilement sur ellemême, et, graduellement;, on est forcé de diminuer le volume de la sonde ; bientôt même cette rétraction est telle, qu'il faut dilater forcément le diamètre du canal. Pour cela nous avons eu recours à l'introduction de cylindres d'éponge préparée, dont on accommodait le volume au diamètre du canal rétréci. C'est là, du reste, une pratique délicate ; si l'extrémité inférieure du cylindre dépasse l'orifice interne de la fistule, l'extrémité libre du cylindre située dans le kyste se dilate plus que celle qui est renfermée dans le canal, et ressemble à un clou dont la tête serait tournée en dedans ; aussi est-on exposé à éprouver une grande résistance dans l'extraction du cylindre d'éponge. Jamais nous n'avons vu l'extrémité de l'éponge se détacher dans le kyste. Je suis assez porté à attribuer à cette dilatation artificielle,

(i) Archiv. gén. de méd., sér. v, vol. XV, p. 203, 1860,

420 LES ÈNT020AIRKS; LE TÉNIA

l'insuccès de l'opération chez un de mes malades. (Obs. 6) . Dans ce cas, après l'extraction du cylindre d'éponge préparée, j'ai vu une certaine quantité de sang s'écouler au dehors, et à partir de ce jour, apparurent les accidents de péritonite qui emportèrent le malade. »

L'entretien ou la dilatation de la fistule artificielle constitue un des temps les plus utiles de l'opération.

Un moyen de dilatation graduelle comme celui que j'indique peut remplacer utilement l'incision à laquelle on a parfois recours pour élargir l'orifice artificiel créé par la potasse ; en effet, dans l'opération par le procédé de Récamier, après un nombre plus ou moins considérable d'applications du caustique, un point de l'eschare se détache, et du liquide intrakystique s'écoule par un orifice d'un diamètre exigu ; dans ce cas, l'opérateur élargit fréquemment l'orifice en introduisant un bistouri, et pratiquant une ou plusieurs incisions latérales. J'ai suivi moi-même ce procédé, tout en redoutant de dépasser les adhérences artificielles entre la seréuse péritonéale et la surface du kyste. Dans ce cas, un cylindre mince de racine de guimauve est susceptible d'élargir l'orifice en refoulant les tissus, par une dilatation lente, sans aucun danger de provoquer l'épanchement du liquide dans la cavité péritonéale.

Le même procédé pourrait servir à dilater le trajet créé par l'introduction faite d'emblée, sans application antérieure de caustiques, d'un trocart de volume moyen. Je n'ignore pas que quelques observateurs se sont montrés partisans de l'ouverture du kyste avec un trocart de gros volume. Malgré les heureux résultats obtenus par ce procédé, il n'en reste pas moins établi, qu'il compte de nombreux insuccès, et ne présente pas des conditions rationnelles d'innocuité assez manifestes, pour devenir en faveur auprès des praticiens, toujours

LES HYDATIDES, LES CYSTIÇERQUES 42i

plus timides, qui n'ont pas l'habitude des grandes opérations. La méthode des ponctions capillaires et répétées, est peut-être née de cette opinion du danger des ouvertures du kyste au moyen du gros trocart.

La dilatation au moyen du cylindre de guimauve me semble permettre d'établir un moyen terme entre ces deux méthodes des ponctions avec le gros trocart et avec le trocart capillaire ; cette dernière méthode a un inconvénient, celle de permettre l'introduction de l'air dans la poche hydatique, défavoriser la suppuration du liquide contenu et de provoquer des accidents redoutables d'infection putride.

G^estpour obvier à cette évacuation lente et difficile du liquide, que Demarquay insiste sur l'usage des grosses sondes (1), et que Boinet a préconisé son procédé d'ouverture double du kyste, et l'introduction d'un drain (2).

Obtenir rapidement et maintenir constamment un trajet fistuleux d'un diamètre considérable, cela me paraît une des indications les plus urgentes de l'opération. Les sondes élastiques ordinaires, maintenues en place, n'empêchent pas la rétraction du trajet et surtout de son orifice cutané ; il faut donc employer des sondes d'un calibre de plus en plus petit, et recourir, de temps à autre, à une dilatation si Torifice est rétréci, avant que le kyste soit revenu sur lui-même.

Ces rétrécissements du trajet fistuleux ne se produisent pas peu de temps après le détachement de l'eschare; ils ont lieu au bout d'une ou deux semaines, c'est-à-dire à une époque où les vésicules hydatiques, et surtout les lambeaux de la poche-mère se détachent et emprison-

(1) Bull, de l'Académie de méd., 1860, vol. XXVL

(2) Boinet, Note sur le traitement des Kystes hydatiques du Foie, par la ponction, capillaire. {Gazette médicale de Paris, 1860. n" 45.)

ya LES ENTOZOAIIUÎS; LE TÉNLV

lient entre elles des couches de pus, sorte de clapiers purulents dont la rétention expose le malade aux dangers de l'infection putride.

Ces circonstances prouvent que l'opérateur doit chercher, après Touverture du kyste, à dilater chaque jour davantage l'orifice du kyste, de manière à l'amener à un diamètre considérable, au moment de l'élimination des poches.

Pour remplir ce but, on a conseillé d'introduire chaque jour une sonde d'un calibre plus considérable. Le conseil est souvent impossible à suivre et n'est pas sans danger. On peut décoller les adhérences et provoquer l'écoulement du liquide dans le péritoine.

L'éponge préparée à laquelle j'ai eu recours dans l'observation de mon premier travail, cité plus haut," est un agent dilatateur infidèle et dangereux. Pour obtenir avec ce corps dilatant un agrandissement régulier de la fistule, il faudrait que la longueur du cylindre d'éponge fut exactement celle de la fistule. Si le cylindre d'éponge est plus court, l'orifice interne ne sera pas dilaté ; si le cylindre d'éponge est plus long que la fistule, sa partie qui dépassera la fistule libre dans le kyste se dilatera plus que la partie contenue dans la fistule, alors l'éponge représentera un clou, dont la tête serait renfermée dans la poche. L'opérateur éprouvera alors une résistance marquée pour extraire l'éponge; il pourra en détacher une partie qui tombera dans la poche.

J'ai renoncé, pour ces raisons, à l'emploi de l'éponge préparée par le traitement des kystes hydaliques du foie.

Les inconvénients que je viens de citer, ne sont pas cependant les seuls que provoquent ce moyen de traitement. Souvent l'éponge adhère au trajet du kyste, et son extraction est suivie d'un écoulement de sang plus ou moins douloureux.

LES IIYDATIDES, LES CYSTIGERQUES 423

La dilatation produite par ce moyen est fréquemment douloureuse.

Le moyen de dilatation que je préconise^ n'offre pas le plus grand nombre de ces inconvénients. Voici comment je l'emploie :

Je choisis une racine de guimauve assez longue, je la taille en un cône lisse, aussi droit que possible ; la grosse extrémité représente une tête de clou, cette tige préalablement enduite de cérat ou d'un corps gras quelconque, est introduite dans le kyste. La tête de la tige empêche qu'elle ne tombe dans le kyste, et je me contente de recouvrir le tout d'un gâteau assez épais de charpie, de quelques compresses, enfin d'un bandage de corps. Le cylindre permet au liquide contenu dans le kyste, de s'écouler lentement au dehors. La dilatation du trajet de la fistule s'effectue sans douleur. L'extraction n'est jamais difficile^ le corps dilatant ayant pris un volume trois ou quatre fois plus grand que celui qu'il présentait avant Fintroduction. Je n'ai jamais vu la racine de guimauve laisser se détacher des fragments après un séjour de vingt-quatre heures dans la fistule, le corps dilatant avait encore beaucoup de cohésion.

Les parois du canal fistuleux après la dilatation sont lisses, les granulations ne sont jamais saignantes.

Pour pratiquer les lavages du kyste, on retire le cylindre de guimauve, et on le remplace par une sonde d'un gros calibre.

L'observation suivante peut montrer les avantages de cette dilatation pour ainsi dire incessante, du trajet fistuleux.

Observation IIL ^ Mercier (Eugène), âgé de 15 ans, détenu à la colonie pénitentiaire du Petit-QueviUy, près Rouen, entré le 16 mars 18G4 à l'Hôtel-Dieu de Rouen salle XIX, n" 2. D'une santé délicate dans l'enfance. M...,

est détenu à la colonie pénitentiaire depuis l'âge de 9 ans, sa nourriture est habituellement végétale, il ne mange de viande qu'une fois la semaine. 11 y a 2 ans, M. remarqua que l'épigastre était le siège d'une grosseur qui ne causait aucune douleur ni spontanément, ni à la pression; depuis peu de mois seulement, elle est le siège d'une douleur gravative. Jamais aucun trouble des digestions.

Au moment de l'admission à l'hospice, M. présentait à l'épigastre, à moitié environ de la distance qui sépare l'ombilic de l'appendice xiphoïde, une tumeur ressemblant au tiers d'une sphère, lisse, mate à la percussion, élastique, sans aucune adhérence de la peau, cette tumeur se continue immédiatement sur le lobe droit du foie, qui est peu augmenté de volume, le lobe gauche l'est relativement plus. Vers le sommet de la tumeur je crois percevoir un peu d'élasticité, mais aucune sensation du frémissement hydatique. (Badigeonnage de teinture d'iode ; potion avec 4 grammes de chlorure de sodium). Ce traitement ne provoquant aucun changement dans le volume de la tumeur, j'applique le 7 avril, au niveau du point le plus saillant de la tumeur, un fragment de potasse caustique du volume d'un pois. Le caustique produit un eschare de la grandeur d'une pièce de 50 centimes. Deuxième application de potasse sur le fond de l'eschare préalablement raclé, le 11 avril; une troisième application a lieu le 14 avril. Le 13, le fond de l'eschare donne l'écoulement à un liquide transparent et en petite quantité. Le 16 avril, cet orifice est élargi au moyen d'un bistouri droit, pointu. Ecoulement immédiat d'une grande quantité de liquide, un peu moins transparent, que celui du jour précédent. Une sonde munie d'un petit bouchon est introduite dans la fistule et laissée à demeure.

LES HYDATIDES, LES CYSTIGERQUES 428

Le 17 avrils fièvre malaise (injection aqueuse). La sonde est laissée à demeure ; un petit fragment de poche hydatique sort par la plaie. Du 20 au 23 avril, oppression épigastrique, un peu de diarrhée se calmant après l'administration de 2 grammes de sous-nitrate de bismuth. Le 25, l'orifice externe de la fistule se rétrécissant considérablement, j'introduis dans la fistule un cylindre de racine de guimauve, du diamètre du quart du petit doigt. Il est laissé en place 24 heures ; le 2S le matin, au moment de son extraction, le cylindre de guimauve avait au moins le volume du petit doigt. Une injection aqueuse, pratiquée avec une sonde, provoque l'expulsion de nombreuses hydatides, et d'un liquide purulent fétide. Introduction d'un cylindre de racine de guimauve ayant à peu près le volume du petit doigt. Dans la journée de ce jour, M. qui se sent beaucoup mieux, quitte son lit pendant quelques heures ; il mange une côtelette de mouton le matin, et du poulet rôti dans la journée; aucune sensibilité abdominale à la pression. 1^ Les jours suivants, je continue l'introduction de cylindres de guimauve ; le même cylindre a été laissé en B place 30 jours consécutifs. Le 28 avril, injection de ■k teinture alcoolique d'iode, à 1/6*. L'injection est prati- H quée deux fois dans les vingt-quatre heures. Après chaque "injection, le cylindre de guimauve est réintroduit dans la plaie. Le liquide qui s'écoule du kyste avant l'injection offre l'aspect de pus jaunâtre, inodore.

19 mai : diminution du volume du foie et de la profondeur du trajet fistuleux; les débris d'hydatides qui s'écoulent du kyste sont bruns, durs. (Injections avec teint, d'iode à 1^4). Les injections iodées sont supprimées le 2 juin ; il ne sort plus depuis quelques jours de lambeaux de poches hydatiques. Le 11 juin, je supprime tout corps étranger dans la fistule ; celle-ci était bouchée

426 LES ENTOZOAiRES; LE TÉNIA

le 19 juin. La guérison ne s'est pas démentie jusqu'au 22 septembre, époque où M. quitta l'Hôtel-Dieu; ma demande en grâce, dont j'attendais la réponse (elle fut favorable), avait été la cause de cette prolongation de séjour.

Les hydatides du 'poumon ne s'observent pas fréquemment ; Trousseau qui, dans sa longue carrière médicale, n'en avait observé que deux exemples, rappelle que Monneret n'en avait vu qu'un seul cas, Andral cinq et Bricbeteau une seule observation. Moi-même, dans une pratique hospitalière de près de trente années, je n'en ai recueilli que deux exemples. Ce sont surtout ces deux faits que j'exposerai ici, en les commentant, sans essayer d'écrire un article dogmatique sur les acéphalocystes du poumon.

Comme l'indique Davaine, les kystes hydatiques se rencontrent rarement au sommet du poumon. J'ajouterai aux observations qu'il emprunte aux auteurs, celle d'Hérard (1) ; moi-même, je n'en ai jamais constaté au sommet de l'organe respiratoire.

Quelquefois les kystes siègent simultanément dans les deux poumons ; c'est ce qui avait lieu dans l'observation suivante, qui n'offre qu'un intérêt anatomopathologique.

Observation IV. — Kyste hydatique à la base des deux poumons ; suppuration commençante à la périphérie d'un des kystes ; mort d'une coarctation de l'orifice mitral. — Lebourg (Céleste), âgée de S9 ans, entre le 14 mars 1859 à l'Hôtel-Dieu de Rouen, salle xiv n° 5, dans ma division. D'une bonne santé antérieure, L. n'a eu qu'une fluxion de poitrine à l'âge de 17 ans ; jamais elle n'a eu de rhumatisme; palpitations depuis deux mois; depuis

(1) Hérard, BuU. de la soc. anal, 1853, p. 343.

LES HYDATIDES, LES CYSTIGERQUES 427

fleux ans, sa santé s'est notablement altérée, elle éprouve un affaiblissement marqué des forces. Anasarque débutant il y a deux mois aux membres inférieurs. Au moment de l'admission à l'hôpital, je constate outre un œdème marqué des membres inférieurs une étendu anormale de la matité précordiale, avec peu d'abaissement de la pointe du cœur, un souffle au premier temps du cœur, ayant son maximum au bord gauche de l'organe, et se propageant un peu dans Faisselle ; le premier bruit est un peu râpeux sur le trajet de l'aorte. Saillie marquée du foie au-dessous des fausses côtes droites ; aucune sensibilité de l'organe à la palpation. Matité légère en arrière dans le tiers inférieur de chaque côté du poumon, avec quelques râles sous-crépitants fins, épars de chaque côté ; la respiration est faible ; égophonie marquée. L'urine traitée par la chaleur et par l'acide nitrique contenait un dépôt léger d'albumine. Mort le 21 mars 18S9, à deux heures du matin.

Examen du cadavre le 2\ mars à 4 heures du soir. Cerveau sain; pas d'hydatides de la substance ou de ses enveloppes.

Saillie légère à la face antérieure et inférieure du lobe inférieur du poumon droit. Au-dessous d'une couche mince de parenchyme pulmonaire existait une poche hydatique, globuleuse, ayant O'" 05 de hauteur, sur une largeur à peu près égale ; elle contenait une hydatide solitaire, à poche gélatineuse, sans aucun kyste fibreux. Petites masses granuleuses formées par des échinocoques adhérentes à la partie interne de la poche-mère. Le liquide contenu dans la poche-mère était un peu plus opaque que dans les kystes ordinaires. Les parois de la cavité qui contenait la poche hydatique étaient formée par du tissu pulmonaire induré, brunâtre. A sa surface interne et entre elle et la poche-mère, on constatait

rexistence de petits dépôts purulents étendus en nappe.

Une autre poche du même volume existait à la partie postérieure de la base du poumon gauche ; on n'y retrouvait pas de traces d'hydatides ; la cavité était libre, formée par du tissu induré, sans aucun dépôt tuberculeux. Cette cavité renfermait un peu de liquide mucosopurulent. Je n'ai pu constater aucune communication de cette cavité, ni avec les bronches^ ni avec les veines pulmonaires.

Le cœur volumineux a O'^IS de hauteur externe; le ventricule droit est peu dilaté; ses cavités nullement augmentées d'épaisseur. Intégrité des orifices auriculoventriculaires droits et de l'artère pulmonaire. Dilatation considérable du ventricule gauche avec augmentation d'épaisseur des parois. L'orifice auriculoventriculaire gauche est rétréci au point de ne pouvoir livrer passage à l'indicateur ; épaississement de la valve postérieure de l'orifice mitral.

Epanchement dans la cavité du péritoine, d'une grande quantité de sérosité citrine. Tube digestif sain ; aucune trace d'entozoaire dans son intérieur.

Le foie volumineux offrait une hauteur de près de 0"" 17 de son lobe droit ; la partie antérosupérieure de ce lobe droit contenait une poche hydatique, du volume d'un œuf de pigeon; hydatide solitaire, avec un kyste gélatineux et une enveloppe fibreuse. Un autre kyste hydatique^ à peu près du même volume, existait dans le lobe droit, en arrière et en bas.

Rate, reins et utérus sains.

Deux kystes hydatiques du foie; un troisième kyste dans une cavité formée par le parenchyme induré du poumon droit avec suppuration commençante à la face interne de cette cavité ; enfin, dans le poumon gauche,

LES HYDATIDES, LES CYSTICERQUES 429

une cavité semblable à la précédente; telles sont les principales lésions qu on rencontre chez cette malade. Je n'ai pas à tenir compte des lésions du cœur, il est seulement bien établi que la mort a été causée par les lésions du centre circulatoire, nullement par les entozoaires.

Les entozoaires du poumon présentaient, à droite, un commencement d'inflammation de la surface interne de la caverne pulmonaire, et une altération du liquide hydatique. La cavité du poumon gauche était dépourvue d'entozoaires. En avait elle contenu? Sans pouvoir l'affirmer, il est probable que la cavité que j'ai trouvée, avait enfermé des acéphalocystes, mais à quelle époque? Est-ce à l'âge de 17 ans, époque à laquelle la femme L. fut atteinte de pneumonie? On sait que les tumeurs hydatiques du poumon ne se traduisent souvent pendant la vie, surtout au moment où elles s'enflamment, que par les symptômes de l'inflammation du poumon environnant. Si telle a été la marche de l'affection première, il est possible que la cause réelle de la pneumonie ait été méconnue, ou que la malade n'ait pas été informée, par le médecin traitant, de l'expulsion dans les crachats de fragments de poches hydatiques. Cette origine du kyste pulmonaire gauche est d'autant plus probable, que peu de lésions sont susceptibles de provoquer le développement d'une cavité semblable, et encore ces lésions, comme l'abcès ou le sphacèle limité du poumon, ne sont-ils jamais une affection latente, les accidents qu'ils occasionnent sont assez graves pour ne pas échapper à l'attention du malade.

L'état du poumon varie beaucoup dans ces cas d'altération phlegmasique des poches hydatiques. Le parenchyme peut s'enflammer d'une manière aiguë,, se sphaceler, ou comme dans un cas rapporté dans la

430 LÊS ENTOZAIUES; LE TÉNIA

science, la caverne contenait en même temps du pus et du sang. Chez ma malade, le poumon formant les parois de la caverne était enflammé chroniquement ; une couche de pus s'était développée entre la paroi de tissu pulmonaire condensé et la poche-mère de l'hydatide. Cette phlegmasie aurait donc pu être latente, ne pas s'étendre dans le parenchyme pulmonaire, amener l'ouverture d'une bronche, et le contenu être évacué au dehors, comme cela a probablement eu lieu pour la collection située dans le poumon gauche.

La tumeur hydatique était akystique, ainsi qu'on le voit le plus souvent dans les acéphalocystes du poumon.

L'autre observation que j'ai recueillie^ est un nouvel exemple de guérison à ajouter aux nombreux cas de ce genre connus dans la science. J'en donne ici une courte analyse :

Observation V. — Hydatides du poumon expectoriées. — Guérison. — Muyard (Pierre), âgé de 38 ans, homme de peine, est entré deux fois dans ma division, à l'nôtel- Dieu, le 13 février et le 2 août 1856. D'une bonne santé antérieure, M..., était malade depuis onze jours, il accusait une douleur dans la partie supérieure du côté gauche de la poitrine en avant, au niveau de la troisième côte ; dans ce point, on constatait une matité marquée avec respiration bronchique et râles crépitants. Augmentation de la force des battements du cœur^ frémissement cataire vers la pointe, avec souffle doux au premier temps (saignée du bras). Les jours suivants,, les râles souscrépitants gagnent en étendue, il s'y mêle des râles sonores et sibilants (vésicatoire volant en avant à gauche. Kermès et ultérieurement paquets de calomel et d'ipéca). Du 25 au 28 février, amélioration marquée, diminution des râles sonores et crépitants, ainsi que de la respiration bronchique. Même matité dans le 1/3 supérieur du

Les hydatîdes, les gysticërques 43i

poumon gauche, au-dessous de la clavicule. Le 3 mars, M. mangeait une portion. Dans le courant de mars, l'amélioration continue, aucun changement dans la matité de la partie supérieure et antérieure du poumon gauche. Douleurs au niveau de la fosse sous-épineuse gauche. Souffle au premier temps, et beaucoup plus marqué à la pointe du cœur. Dans les derniers jours de mars^ uu peu de frottement pleurétique est constaté en arrière, à la base du côté gauche du thorax. L'état général demeure parfait jusqu'au 28 juin^ époque de la sortie du malade. Pendant tout ce temps, on ne constate aucun changement dans les signes stéthoscopiques perçus au sommet du poumon gauche ; persistance de la douleur, en avant, et en arrière du côté gauche du thorax.

Après sa sortie, M. continue à tousser, à se plaindre de la douleur au côté gauche du thorax; il est admis de nouveau dans mes salles le 2 août 1856. Je constate, à cette époque, une matité marquée dans le 1/3 supérieur du poumon gauche, en avant et en arrière. A ce niveau respiration bronchique en arrière avec gargouillement marqué ; râles souscrépitants et crépitants assez fins, eu avant à gauche, dans presque toute la hauteur, beaucoup plus marqués en arrière. Pas de crachats sanglants; aucune expectoration ; elle a du reste manqué pendant tout le temps delà maladie. (Gom. sucrée ; frict. avec huile ess. de rhue; 1 portion). L'état demeure stationnaire jusqu'au 20 août; ce jour expectoration de fragments de poches hydatiques, l'une d'elles ayant au moins 0 m. 03 de long; ces fragments ofi'rent au microscope la structure des poches hydatiques. Je ne trouve sur leur surface, ni échinocoques ni crochets. De nouveaux fragments de poche hydatique sont expectorés le 26 et le 28. Les signes stéthoscopiques demeurent les mêmes au

432 LES ÊNTOZOAIRES; LE TÉNÎA

sommet du poumon gauche ; l'état général s'améliore tellement, que M. quitte l'hôpital le 17 septembre.

Le 25 novembre 1856, Muyard se présente chez moi, et m'apporte un fragment de poche mère hydatique, de la largeur de la paume de la main ; en sortant de ma porte, une quinte de toux provoque une nouvelle expectoration d'un grand lambeau de poche hydatique. Pendant ce temps, l'état général était assez bon pour permelti'e à M. de remplir les pénibles fonctions de débardeur sur le port. J'ai appris quelques mois plus tard, que M. continuait à travailler, et se portait bien.

Cette observation est remarquable par la marcbe de l'affection, la durée d'abord, les recrudescences aiguës avec extension, sans gravité, de la phlegmasie à la plus grande partie du poumon. On assiste pour ainsi dire, grâce à la percussion et à l'auscultation, au détachement du kyste bydatique.

L'inflammation éliminatrice semble avoir surtout frappé la périphérie du kyste. Les morceaux de la poche mère rejetés par l'expectoration avaient conservé leur transparence et leurs caractères normaux. Cette circonstance m'a paru digne d'être notée. N'y aurait-il pas une différence dans le travail d'élimination, suivant que la phlegmasie frappe d'abord l'acéphalocyste, ou ne commence qu'à sa périphérie. Dans le premier cas, la suppuration plus lente, provoquerait secondairement le travail ulcéreux des bronches, dans le deuxième, le travail de rupture de la bronche, permettrait l'expulsion d'un produit non inflammé, et éviterait au malade les dangers d'une suppuration lente dans le poumon. C'est là une supposition que j'énonce. Tels quels, ces deux faits me semblent démontrer quelques points nouveaux du mode d'élimination des kystes hydatiques du poumon.

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Les hydatides dn cerveau sont relativement beaucoup moins fréquentes que les acéphalocystes du poumon, et surtout du foie. Le relevé des faits de ce genre, connus dans la science, le prouve d'une manière évidente. Le volume de ces entozoaires rend compte de la fréquence des accidents qu'ils produisent. Le fait suivant que j'ai observé, en donne une preuve manifeste.

Observation VL — Kystes hydatiques des méninges cérébrales chez un sujet ayant eu un ténia. Accidents lents de compression. Mort. Autopsie.

Marie-Eugénie, âgée de 41 ans, entre le 6 février 1860 à l'Hôtel-Dieu, salle xix, n° 32. Jamais M. n'a eu de maladies graves dans sa jeunesse; les menstrues ont toujours été régulières jusqu'à il y a quatre mois, époque 011 elles ont cessé. Mariée à 16 ans, M. a eu quatorze enfants, dont six actuellement vivants. Ses père et mère, comme ses enfants, n'ont jamais eu d'affections verminèuses, excepté un enfant qui a rendu fréquemment des lombrics. M. a été atteinte, à l'âge de 13 ans, du ténia; elle s'aperçut de l'existence de cet entozoaire par l'expulsion d'anneaux dans les selles. Depuis lors, malgré Tadministration de nombreuses préparations antbelmintiques, M. a constaté souvent^ jusque dans ces derniers temps, la présence de fragments de ténia dan sles selles. Jamais elle n'a éprouvé de douleurs épigastriques, abdominales, de coliques, de prurit nasal, etc. A l'âge de 46 ans, M. remarqua un affaiblissement rapidement progressif de la vue, s'accompagnant au début de diplopie. A 47 ans, l'affaiblissement de la vision était tel que M. parvenait difficilement à se conduire dans les rues. Depuis, la vision est devenue un peu plus distincte. A l'âge de 39 ans, douleurs de tête très-incommodes, sans siège fixe; presque à la même époque, manifestation de convulsions débutant brusquement, et

LEUDET. — Clin. méd. 28

[provoquant la chute dans la rue. Ces convulsions ne s'accompagnaient pas de perte absolue de connaissance^ d écume à la bouche, de morsure de la langue. Six mois avant son admission à rHôtel-Dieu, M. remarqua un affaiblissement léger de l'ouïe de chaque côté. Quatre mois plus tard, développement graduel, rapidement progressif, d'un affaiblissement de la motililé du côté gauche du corps. La malade assure qu'elle se nourrit bien habituellement, ne mange pas ordinairement de charcuterie ; elle n'a dans son logement ni chien ni chat.

Au moment de l'admission à l'Hôtel-Dieu, je constate une intégrité marquée de l'intelligence, cependant M. assure que sa mémoire est parfois un peu confuse. Affaiblissement de la force motrice du côté gauche du corps, sans aucun trouble sensitif, céphalalgie gravative frontale, amblyopie marquée; dilatation considérable des deux pupilles, qui ont perdu leur contractiiité. Pas de trouble moteur des muscles de l'œil ou de la face. Aucune tumeur du ventre, pas de développement du foie ou de la rate; pas de tumeurs dans le tissu cellulaire souscutané. Rien d'anormal à l'auscultation du poumon ou du cœur. Rétention d'urine depuis quelques jours ; cathétérisme, peu de contractiiité de la vessie. (Tis. vineuse, huile de ricin 30 gram., deux portions d'aliments.)

Vers le milieu du mois de février, apparition d'un eschare brunâtre sur la peau du sacrum. L'administration plusieurs fois répétée de purgatifs n'a amené l'expulsion d'aucun fragment de ténia (sétouàia nuque). L'adynamie augmente progressivement : délire calme à partir du 19. Mort le 26 février 1860.

Examen du cadavre le 27 février, à neuf heures du matin. Pas de raideur cadavérique.

Aplatissement des circonvolutions de la surface con-

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vexe du cerveau; adhérences des deux lobes cérébraux aux parties correspondantes de la dure-mère ; épaississement avec dépôt ancien de fausses membranes cellulaires, en avant du bulbe ; soulèvement de la tige pituitaire par du liquide qui semble contenu dans le ventricule moyen. Immédiatement au-dessous de la tige pituitaire adhérant au cerveau, existait une poche acéphalocystique molle, sans kyste fibreux du volume d'une grosse aveline^ contenant des débris de poches bydatiques incluses; les unes sont encore pellucides, les autres un peu jaunâtres et plissées. Dans plusieurs endroits, on reconnaît facilement des crochets d'échinocoques. Sur la partie supérieure du cervelet, rapprochée de sa circonférence, existaient deux petites poches bydatiques, logées dans l'épaisseur de la pie-mère, et contenant des vésicules bydatiques plissées. Nulle part on ne trouvait de poches acéphalocystiques intactes. Ramollissement de peu d'étendue avec cavité cloisonnée par du tissu cellulaire, contenant un liquide dit lait de chaux, dans le noyau intraventriculaire du corps strié droit.

Intégrité de la moelle et de ses enveloppes.

Les nerfs de la base du crâne étaient sains, excepté les deux nerfs optiques qui, de même que le chiasma, offraient une couleur d'un gris cendré, et une diminution marquée de volume.

Aucune altération des deux poumons et du cœur. Le tube digestif était sain, ne contenant pas de fragment de ténia , il en était de même du foie et de la rate qui présentaient leurs caractères normaux, sans aucune trace d'entozoaire, Cystite chronique. Pyélite pseudomembraneuse et purulente du côté gauche. Intégrité de l'utérus.

L'observation que je viens de relater présente un ensemble qui aurait pu me permettre de diagnostiquer des

entozoaires du cerveau; j'y ai songé, il est vrai, mais^ comme dans la plupart des faits de ce genre, mon hypothèse était restée très-douteuse, jusqu'au moment de l'autopsie. L'existence antérieure du ténia, la marche lente d'une tumeur cérébrale^ sans accidents graves pendant plusieurs années, me permettait de diagnostiquer l'entozoaire. J'avais même soupçonné que les parties centrales du cerveau devaient contenir un entozoaire, puisque pendant les derniers mois de la vie du malade l'affection s'était accompagnée d'une hémiplégie à gauche. Il y a donc eu deux phases dans cette maladie. La première comprend les accidents de compression lente : l'amblyopie, la céphalalgie, les convulsions, accidents qui reconnaissent peut être pour cause la congestion lente et surtout l'accumulation d'une quantité anormale de sérosité dans les ventricules du cerveau. Je regrette de n'avoir pas examiné si la tumeur hydatique, située à la base du crâne, n'avait pas occasionné une thrombose d'an des vaisseaux de cette région, et provoqué consécutivement le ramollissement d'une partie du corps strié. Ce mécanisme de production est d'autant plus probable que les accidents hémiplégiques ont apparu à une époque avancée de la maladie. La mort paraît avoir été causée par l'exagération des phénomènes de compression; il faudrait peut être ajouter à ces lésions, qui ont provoqué la mort, la pyélite gauche et surtout l'eschare du sacrum.

Je reviendrai vers la fin de ce chapitre sur la signification de ces faits, dans lesquels on observe simultanément un ténia dans l'intestin, et d'autres entozoaires dans une région différente du corps. Je ferai remarquer ici que les kystes hydatiques étaient en voie de curation spontanée.

Le deuxième fait d'acéphalocystes des méninges céré braies que j'ai recueilli, offre de grandes analogies avec

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le précédent, malheureusement, l'afifaiblissement du malade au moment de son admission dans mes salles ne m'a pas permis de recueillir l'observation avec des détails suffisants. J'ignore donc le début et le mode de succession des symptômes.

Observation vu. Kystes hijdatiques des méninges cérébrales. Ancienne cavité apoplectique du corps strié gauche. Mort. — Pierdon, Remy-Michel, âgé de 57 ans, entre le 18 décembre 18S8 à l'HôteLDieu, salle V, n" 7. Je parvins à apprendre que P. était malade depuis près de quatre mois, mais qu'il n'avait suspendu son travail que depuis peu de jours. Entré dans un état d^hébétude complète, P. ne répondait à aucune question. Paralysie faciale droite ; occlusion marquée des paupières de chaque côté; pas de strabisme ni de dilatation des pupilles. Diminution de la motilité et de la sensibilité des membres inférieurs et supérieurs droits. Pouls faible et régulier. (Calomel et jalap.)

Depuis son entrée, jusqu'au 30 mars 1889, jour de la mort, l'état de P. a offert peu de variations ; alternatives pendant quelques jours d'une hébétude absolue avec côma. D'autres fois, paroles sans suite, délire calme. Quelques fois paralysie du côté droit ; d'autres fois contracture de ce même côté.

Examen du cadavre, 2S heures après la mort. Opacité des méninges molles de la base du cerveau. Un peu à gauche et en arrière du chiasma, kyste hydatique du volume d'une noix, creusé dans la substance cérébrale et adhérant à la pie-mère. Cette poche hydatique mère contenait plusieurs vésicules du volume d'un pois. Plusieurs de ces hydatides contenaient des débris de crochets. Le plexus choroïdien dans l'intérieur du ventricule gauche présentait un kyste du volume d'une petite noix, à parois pellucides, sans vésicules secondaires

incluses. Le corps strié gauche contenait une cavité ancienne apoplectique, avec matière colorante, d'un rouge ocracé, envahissant un peu la couche optique du même côté. Dilatation considérable du ventricule latéral de ce côté et du ventricule moyen. Aucune lésion du reste du cerveau. Epaississement athéromateux des artères de la base.

Congestion légère du tissu de la partie postérieure et inférieure de la base de chaque poumon.

Les autres organes étaient sains.

Les deux observations relatées dans ce chapitre ont, comme on le voit, de nombreuses analogies. Les acéphalocystes occupent, dans les deux cas, les enveloppes de la base du cerveau, provoquent une accumulation anormale de liquide dans les ventricules, et s'accompagnent l'une et l'autre d'une altération presque identique d'une des masses centrales du cerveau.

Les kystes hydatiques du bassin sont assez rares. Je n'en ai observé qu'un seul exemple ; comme dans la plupart des cas de ce genre, la tumeur acéphalocystique a été confondue avec un déplacement de l'utérus. Cette observation vient à l'appui de celle publiée par Charcot (1) ; je la transcrirai ici comme un nouveau fait d'entozoaire, recueilli dans ma pratique hospitalière.

Observation VIIL — Kyste hydatiqiie du bassin. — Une femme de 72 ans, entre à l'Hôtel-Dieu de Rouen, pour une rétention d'urine ; elle fut couchée dans la salle Sainte-Madeleine (clinique chirurgicale). Nous n'avons pas eu l'occasion d'examiner cette malade, nous avons seulement appris qu'elle avait présenté des symptômes,

(1) Charcot, Mémoire sur les kystes hydatiques du petit bassin. (Comptesrendus de la soc. de Biologie. Année 1852. Paris 18S3).

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que l'on pouvait rattacher à une rétroversion de l'utérus. Cette femme mourut clans l'adynamie.

Nous pratiquâmes l'autopsie le 23 juin 1855, Le cerveau etles poumons étaient sains. Le cœur, un peu volumineux, présentait un épaississement léger des parois du ventricule gauche, sans aucune altération des orifices. Absence complète de péritonite. Le foie était un peu volumineux; près du bord tranchant du lobe gauche du foie, existait un kyste du volume d'un œuf de pigeon à-parois jfibreuses blanchâtres, faisant saillie à la surface de l'organe; il était élastique et contenait des membranes d'un blanc verdâtre, infiltrées de matière grasse jaunâtre ; quelques-unes de ces membranes furent examinées au microscope; au milieu de la matière enlevée de la surface par le raclage, je reconnus distinctement des crochets d'échinocoques, sans rencontrer cependant aucun animal intact. Je pus distinguer l'enveloppe fibreuse du kyste, et la poche mère enveloppant les hydatides. Cette tumeur hydati que dufoie s'énucléait facilement; on ne pouvait tracer aucune continuité entre le kyste et les canaux biliaires ou vasculaires.

Le tube digestif ne présentait ri(m de morbide.

Le vagin très large, était allongé; l'urètre dévié suivait au lieu de sa direction rectiligne, une autre très oblique.

L'utérus était élevé; son fond, atteignant presque le niveau du détroit supérieur, était pressé entre la tumeur que nous décrivons plus loin et la vessie qui, elle-même, avait une capacité beaucoup plus considérable que d'habitude; ses parois étaient épaissies ; la muqueuse parsemées de fines ulcérations.

Derrière l'utérus, un peu à sa droite, appuyant à gauche sur le rectum, et placée au-dessous du péritoine, on trouvait une tumeur du volume de la tête d'un fœtus à

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terme, à paroi extérieure lisse et d'aspect fibreux. A son intérieur, cette tumeur offrait les caractères d'un kyste hydatique, poche mère enveloppante, transparente, contenant une grande quantité de liquide clair, comme de l'eau distillée, et sur ses parois un grand nombre de petits points blanchâtres, que l'examen microscopique montra être des échinocoques.

Les deux uretères sont dilatés ; à la surface des reins, il existe une foule de petites saillies formées par la dilatation des calices ; le tissu des reins est un peu atrophié.

Cysticerques.

Les cysticerques se rencontrent fréquemment dans le cerveau^ on peut même dire qu'ils y sont rencontrés plus souvent que dans tous les autres organes du corps. J'en ai recueilli personnellement plusieurs exemples, que j'étudierai, surtout au point de vue clinique.

Les cysticerques des méninges cérébrales et même du cerveau, peuvent ne provoquer aucun accident général ou local, ou être rencontrés à l'autopsie de malades qui ont succombé à des lésions absolument différentes. Témoin le fait suivant :

Observation IX. — Cysticerques des méninges et du cerveau chez un tuberculeux. — Gondouin (Victor), âgé de 42 ans, entre le 20 janvier 1858, à l'Hôtel-Dieu de Rouen, dans ma division, pour des accidents de tuberculose pulmonaire avec pleurésie gauche. Pendant toute la durée du séjour de G. dans mes salles, je n'observai aucun trouble du côté du système nerveux ; pas d'altération de la sensibilité ou de la motilité ; pas de céphalalgie; intelligence intacte. La mort fut provoquée par l'adynamie progressive. A l'examen du cadavre , je

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constatai, outre un épanchement avec pseudo membranes dans la plèvre gauche, une infiltration tuberculeuse de la partie supérieure des deux poumons. Dans le centre de cette infiltration tuberculeuse, existait une caverne à parois anfractueuses. La pie-mère qui recouvrait la convexité du cerveau présentait trois cysticerques parfaitement reconnaissables situés dans sa trame celluleuse. Un quatrième entozoaire de même nature existait dans le corps strié gauche et ne formait aucune saillie à sa surface. Les caractères histologiques de ces cysticerques ont été constatés à l'examen microscopique.

Dans ce fait, les symptômes font absolument défaut, il n'en était pas de même dans le fait suivant, où les accidents furent confondus avec ceux de la méningite tuberculeuse. Ce fait étant plus exceptionnel, je le relaterai en détail.

Observation X. — Symptômes d'hydrocéphale aigu survenant plusieurs années après d'autres accidents graves. Mort. Dilatation des ventricules cérébraux par de la sérosité. Cysticerque situé près de la surface ventriculaire de la couche optique gauche. Ascarides dans l'estomac. Maigre, Alphonse, âgé de sept ans, entre le 29 janvier 1856 à rHôtel-Dieu de Rouen, et est couché au lit n" 4, de la salle Y, dans ma division.

Nous apprenons qu'il y a quatre à cinq ans, M. aurait été déjà atteint de symptômes convulsifs suivis d'un état comateux qui aurait fait craindre pour sa vie ; ces accidents, n'auraient été suivis d'aucun phénomène de paralysie, et M. fut admis dans une maison d'éducation pour les enfants pauvres, où il tomba malade.

Entré le 29, à l'Hôtel-Dieu, M. accusait une douleur de tête vive, principalement frontale ; sa timidité l'empêchait de fournir aucun renseignement sur sa santé actuelle;, pas de strabisme ou de délire pendant la nuit; ano-

rcxie^ pas de vomissements, aucun changement dans la forme du ventre, qui n'est ni ballonné ni retracté.

Dans la nuit du 29 au 30, M. rendit sans grands efforts, en vomissant, un ascaride lombricoïde.

Le 30, même céphalalgie; aucune spontanéité. M. demeure couché sans aucun mouvement, répondant lentement, mais exactement aux questions adressées. Pas de toux ; Tauscultation et la percussion ne font découvrir aucune lésion dans le thorax.

Calomel 0^40 en 3 paquets, donnés dans la matinée et occasionnant une selle, deux vomissements aqueux de liquide ingéré dans la journée. Pas de fièvre ni de chaleur de la peau. Douleur de tête gravative accusée principalement au niveau du pariétal gauche. Pupilles non dilatées, égales.

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